le Canard de l’Etang

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8 juillet 2008

Le football pourrait-il venir en aide au politique ?

Issu du Canard de 2006


Depuis l’entrée en lice de l’équipe de France, et notamment à la veille de la finale de la coupe du monde de football, dimanche 9 juillet 2006, opposant la France et l’Italie, toute la classe politique multiplie les gestes de soutien aux Bleus.

La façade de la mairie lilloise affiche une pancarte de remerciement et d’encouragement « Bravo Ribéry – qui est originaire de la ville du Nord – Allez les Bleus ! » ; tandis que Paris assure sur plusieurs affiches qu’elle « aime les Bleus ». D’autres enceintes politiques font de même, en accrochant des écharpes (comme le Palais Bourbon, face à la Concorde)

Chirac va recevoir quoi qu’il arrive les Bleus à l’Elysée lundi matin. Depuis le match contre le Togo, gagné sur le score de 2-0, le président de la République accumule les messages d’encouragements et de félicitations. Après ce succès précieux, qui qualifie la troupe à Domenech pour les huitièmes de finale, le 23 juin 2006, le président présentait « ses chaleureuses félicitations pour leur magnifique qualification ». Il a assisté au match, comptant pour les quarts de finale, contre le Brésil, et sera présent ce soir, à Berlin, pour peut être assister au couronnement final de Zidane et ses coéquipiers.

Le premier ministre, Dominique de Villepin n’a pas non plus manqué à son devoir. Présent à Munich pour la demi-finale, en la présence du ministre des sports Jean François Lamour (qui a assisté à tous les matchs des Bleus), il a reconnu le « formidable exploit » de cette équipe.

L’élan de solidarité derrière son équipe, visible un peu partout en France touche, de plus chaque groupe social. Ainsi, la classe politique, les cadres, les ouvriers, et « les exclus de l’économie » se retrouvent ensembles pour encourager les Bleus. Ce phénomène reflète-il la renaissance d’un patriotisme, certes limité ? Et de façon plus générale, que peut apporter le football au monde, au politique ?

Adefope, ancien ministre des affaires étrangères du Nigeria est de l’avis que « la philosophie qui veut que sport et politique ne se mélangent pas est spécieuse et hypocrite. Les exploits sportifs sont aujourd’hui utilisés comme étalon de la grandeur d’un pays. Les rencontres sportives seraient-elles par conséquent l’occasion de manifester la grandeur du pays ?

L’histoire montre que oui. Depuis les années folles (20’s), les grandes nations se rassemblent pour s’affronter, mais seules les équipes des pays vainqueurs de la première guerre mondiale ont le droit d’y participer. Ainsi, l’Allemagne et la Russie sont exclues de ce genre de rencontres. Les premières coupes du monde (les années 30) vont pourtant réunir toutes les nations de la planète (européennes, américaines, puis africaines et asiatiques).

La cérémonie de la présentation de la coupe du monde 2010 en Afrique, en la présence du secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, du président de la république d’Afrique du Sud, Thabo Mbéki, de Sepp Blatter, le patron de la Fifa, ainsi que de Franz Beckenbauer, président du comité de la coupe du monde en Allemagne avait pour but de transmettre un message, « pour un monde meilleur », en Afrique, où la popularité du football s’accompagne malheureusement d’un manque d’argent et de moyen.

Le célèbre joueur du Libéria, Georges Weah, ancien ballon d’Or 1995 avait été battu de justesse aux élections présidentielles. Il s’était présenté à la candidature de la présidentielle en « acceptant la requête du peuple ». « Mister Georges », l’idole du pays voulait se positionner en tant que « véritable patriote » pour « sauver le pays », plongé dans une guerre civile, affaibli par des dettes, des corruptions, donner du travail à ses pauvres compatriotes. Un footballeur, chef d’un Etat, est-ce réellement utopique ?

Tandis qu’au Libéria, ce scénario est quasiment devenu réalité, en France, cette idée circule depuis la victoire des Bleus il y a huit ans, où des slogans (« Zizou, président ! ») sont scandés sur les Champs Elysées, au soir du 12 juillet 1998. Aujourd’hui, depuis la victoire des Bleus en demi-finale contre le Brésil, certains supporters reprennent ce slogan, un an avant les présidentielles, en 2007, avant tout pour féliciter le maestro Zidane, tout proche du titre de champion du monde, à nouveau. Néanmoins, selon Claude Fitoussi, politologue, l’éventuelle candidature « apolitique » de Zinédine Zidane pourrait « changer la donne » en France et remettre en cause la traditionnelle séparation politique entre droite et gauche, de plus en plus superficielle, en raison d’une confusion des programmes des hommes politiques de droite ou de gauche.

Au cours des matchs de poule, où l’équipe de France n’arrivaient pas encore à se libérer totalement des souvenirs nauséabonds de la désastreuse coupe du monde en Asie, de 2002, le premier ministre avait répondu aux critiques des français et des médias, en demandant à la nation française de « soutenir les Bleus, tous ensembles, en se rassemblant ».

Difficile alors de ne pas faire une comparaison avec l’impopularité croissante du premier ministre, résultant des difficultés et des crises, qui secouaient alors son gouvernement : victoire du non au référendum du 29 mai 2005 pour la constitution européenne, prôné par quelques noms de la classe politique ; crise des banlieues, fin 2005, mobilisations importantes contre le CPE, il y a quelques mois ; ou encore l’affaire Clearstream. Indirectement, ne voulait-il pas appeler sa majorité à se rassembler derrière lui ?

Le football permet de véhiculer dans la société des valeurs comme le respect des règles, la mixité sociale (« Black blanc Beur »), la solidarité, le patriotisme, le soutien d’un peuple entier derrière une équipe de football.

Ce sport si populaire est-il en train de venir en aide au politique au moment où la classe dirigeante française aurait bien besoin d’un soutien de toute la France derrière elle, comme l’ont acquis les Bleus depuis la qualification aux dépens de l’Espagne ?

P.L

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