le Canard de l’Etang

17 mars 2011

A l’assemblée nationale, une règle du jeu

Il était une fois une Assemblée nationale. Dans l’hémicycle, des groupes parlementaires. Des députés, tantôt assidus, tantôt cancres et maîtres de l’école buissonnière. Leur jeu préféré ? Se chamailler en séance plénière, en commission. Ou face aux ministres, parfois sur place pour répondre aux questions des élus du peuple.

Aux acides interrogations visant la majorité, voire le chef de l’Etat, les membres du gouvernement répliquent sans broncher. De temps en temps, le verbe piquant. En ligne de mire : l’opposition, forcément coupable d’un quelconque délit médiatisé… Le (timide) Premier ministre profite parfois de ses (délicieux) moments au sein du Palais Bourbon pour lancer certaines piques à la gauche. François Fillon, comme ses collègues, ne s’en lasse pas. Ce qui provoque, (presque) à chaque fois, huées chez les uns, applaudissements chez les autres… Un brouhaha qui oblige le maître des lieux (pas toujours Bernard Accoyer) à calmer ses parlementaires par ce timide « Je vous en prie ».

Mais, on le sait, cela ne calme pas les travées… Cris, pantalonnades, gestes de mauvaise humeur restent la règle du jeu… Or, nous ne sommes pas à l’abri d’une lueur d’espoir,  d’un « moment de grâce », comme le dit un éditorialiste

Quand un député, atteint d’un cancer du pancréas, revient à l’Assemblée nationale suite à quelques mois d’absence, c’est toute une Assemblée, membres du gouvernement compris, qui se lève pour le féliciter du combat contre la mort qu’il mène. Emu, touché, Patrick Roy, apparenté PS, a remercié, le 15 mars, ses amis politiques, ainsi que ses opposants de droite, de leur soutien. Avant de clore son discours par un « la vie est belle »… Le président de l’Assemblée, Bernard Accoyer – celui-ci l’a beaucoup soutenu -, a même versé une larme à la fin de sa prise de parole.

Vingt-quatre heures avant d’annoncer sa volonté de porter plainte contre… un un autre collègue, cette fois communiste, Maxime Gremetz. Un véritable comédien qui, visiblement, préfère le cinéma à la politique. Quoiqu’entre ces deux termes, la frontière demeure poreuse… Le député s’offusque que deux voitures ne soient pas bien garé à l’extérieur de l’enceinte. Plutôt que d’écouter NKM évoquer la « catastrophe » japonaise… Les bonnes habitudes ne disparaissent jamais.

P.L

3 mars 2011

La Dame du PS cherche idées concrètes

Rattraper le temps perdu. Reprendre l’ascendant médiatique sur son concurrent socialiste. Qui a pris un tour d’avance sur le terrain des caméras et de la presse. Sans pour autant évoquer celui des idées, faute de pouvoir le faire, mandat à Washington oblige. Aubry veut dépasser DSK, ancré en pôle position des sondages depuis des lustres.

La Première secrétaire a donc accéléré le tempo. Et va présenter le programme du PS, plus tôt que prévu. Avant les cantonales, comme expliqué au Monde, daté du 3 mars. Quelques propositions plutôt vagues sur l’emploi des jeunes ou sur la construction de logements sociaux. Quelques piques adressées au chef de l’Etat. En matière de sécurité, dont le bilan de Sarkozy est « terrible ». Sur la réforme des collectivités territoriales, que la maire de Lille veut « abroger ». Et, bien sûr, sur la façon de gouverner du président de la République. Sa manière « d’opposer les Français », l’instauration d’une « concurrence » entre les gens à tous les étages, sa vision dichotomique des jeunes : soit « paresseux », soit « délinquant ».

Mais quand il s’agit de détailler certaines mesures, là, Martine Aubry se la joue absente. Les journalistes du journal vespéral posent une question, et hop, une pirouette pour ne pas y répondre. Trop tôt ? Faut préparer une fiche. Le temps presse. Exemple : la Première secrétaire va-t-elle ramener le déficit à 3% ? Aucune idée, Aubry n’apporte aucune piste. Elle préfère évoquer l’Europe puis contrer le pacte de stabilité de Sarkozy et de Merkel : « Il faut remettre en ordre les finances publiques, mais avec un autre chemin, compatible avec la croissance, en France comme en Europe », explique-t-elle.

Et ce projet dont elle vient de présenter les grandes lignes, est-ce le sien ou celui du PS? « C’est le projet pour faire gagner notre candidat, mais surtout le projet que la France et les Français attendent », assure la Dame du Nord.

Les yeux visiblement rivés sur son autre concurrent. Pas celui de Washington. Mais celui à sa gauche, l’ancien sénateur Mélenchon, camarade ex-socialiste qui veut mener le pays sous l’étiquette Front de gauche avec la Gauche unitaire – à fond derrière lui – et en compagnie des communistes – encore méfiants. Car le candidat avance, pas à pas. Il court les plateaux télé pour débattre avec ses opposants comme Le Pen ou encore Daubresse et Jacob (pour ne citer qu’eux). Et histoire de détailler son programme, mesure après mesure (plus ou moins) concrète. Au contraire, donc, d’Aubry…

P.L

3 mars 2011

Charlie hebdo boudé par ses confrères ?

 

 Publié sur Marianne 2

L’hebdo satirique se plaint, ce qu’il fait rarement, de voir ses derniers scoops ignorés par le Canard enchaîné et France Inter. Quitte à raviver une vieille querelle entre Charb et Philippe Val, l’actuel patron de France inter.



 

Une de Charlie Hebdo

Une de Charlie Hebdo

Charlie Hebdo n’est pas que le journal « bête et méchant », vilain rejeton d’Hara Kiri de feu le professeur Choron. Charlie sort aussi des infos, relaie la contestation du pouvoir en place et compte bien le faire savoir.

C’est, en tout cas, ce qui ressort du dernier numéro, paru ce mercredi 23 février, dans lequel le journal, sous la plume de Laurent Léger et de son directeur Charb, s’en prend plus ou moins méchamment à ses confrères, coupables de… ne pas avoir cité l’hebdo satirique.

L’origine de la première salve : le travail d’enquête de Charlie Hebdo sur l’IPEMED, un think tank réunissant un bon nombre de personnalités de la classe politique française, mais aussi… Aziz Miled, le fameux homme d’affaires tunisien qui a tant embarrassé Michèle Alliot-Marie. Des révélations sur les accointances entre ce club et les politiques provoquant la démission d’Élisabeth Guigou dudit think tank, le 17 février dernier, au lendemain de la parution de l’article du Canard enchaîné.

Sauf que voilà, Charlie Hebdo fait valoir que l’information, parue dans le journal du mercredi (dans un article non signé) et largement reprise par les médias, ne faisait pas référence à… l’enquête que le journal de Charb avait publiée, une semaine plus tôt, le 9 février.

Chaque titre de la presse veut en effet se tailler la part du lion dans les affaires qui embarrassent le pouvoir…

Pour Brigitte Rossigneux du Canard enchaîné, ce qu’insinue Charlie n’est « pas du genre du Canard ». Dès lors, l’omission de la référence au journal satirique concurrent est « tout à fait malencontreuse ». Omission que n’excluait pas Charlie, certes persifleur mais quand même prudent : « Loin de nous l’idée de dire que nous aurions été pillés. Peut-être que nos confrères ne nous ont pas lu. » Dont acte.


Charlie provoque

Deuxième sujet de mécontentement pour les journalistes du journal bête et méchant : France Inter n’a pas évoqué l’appel des 47 palmés de l’Éducation nationale dans sa revue de presse. Terrible erreur, d’après Charb, le directeur de la publication : leur info aurait été pourtant « publiée par toutes les télés, toutes les revues de presse (euh, au moins citée par France Info ), tous les journaux (…) » (L’Humanité, l’AFP , entre autres). Mais pas par la radio dirigée par l’ancien directeur de Charlie, Philippe Val. Or, cela ne daterait pas d’hier. Bien au contraire. France Inter ne citerait pas Charlie Hebdo « depuis que la revue de presse de la station publique est aux mains de sarkozystes pommadés », écrit Charb dans un – tout – petit encadré en bas de la page 3. Joint par Marianne 2, Charb persiste et signe : « Tout le monde, à ma connaissance en a parlé, sauf la revue de presse de France Inter. Alors soit le journaliste a des consignes, soit il prend lui-même les devants. » Lorsqu’on lui demande s’il visait Philippe Val à travers son texte, Charb répond : « Il n’était visé que dans le cas où il aurait donné des consignes contre Charlie Hebdo. » L’attaque contre Val est dans la continuité de ce qui s’est passé lors de son arrivée à la station, lorsque Philippe Val avait viré Frédéric Pommier, visiblement coupable d’avoir mentionné Siné Hebdo dans sa revue de presse, puis d’avoir limogé deux humoristes stars de la radio, Stéphane Guillon et Didier Porte en juin 2010.

Questionné par Marianne2, Bruno Duvic, en charge de la revue de presse depuis septembre 2009, relativise : « C’est juste une petite provocation. Je n’ai aucune consigne de ne pas citer Charlie Hebdo », se défend-il. Tous les matins, je lis des papiers chouettes que je ne cite pas et je reçois des mails d’éditorialistes qui râlent car je n’ai pas repris leur article. »

En fait, le conflit entre Charb et Val, son prédécesseur, ne date pas de la semaine dernière. Déjà, en 2008, Charb – il a pris les rênes du journal en mai 2009 – n’était pas tendre avec son ex-collègue : « Philippe Val est directeur mais c’est celui qui ressemble le moins bien au journal », avait-il grommelé à l’époque. Mais l’attaque plus frontale de Charlie s’explique peut-être par le fait que, depuis un mois, Philippe Val, qui n’a pas souhaité répondre aux questions de Marianne2, n’est plus actionnaire de l’hebdomadaire satirique.

 

P.L avec M.B

3 mars 2011

Sondages: gouvernement et sondeurs la main sur le frein

Article publié sur Marianne 2

Le Sénat a voté à l’unanimité une proposition de loi sur les sondages politiques. Mais le texte est à la fois peu apprécié par le gouvernement et par les sondeurs. L’Assemblée nationale va-t-elle s’emparer de cette proposition de loi et la porter jusqu’au bout ?

 



Hugues Portelli, sénateur UMP - capture d'écran- Dailymotion - UMP
Hugues Portelli, sénateur UMP – capture d’écran- Dailymotion – UMP

 

Rendre la production et la publication de sondages plus transparentes, une noble cause ? La proposition de loi, chère à Hugues Portelli (UMP) et Jean-pierre Sueur (PS), et votée, lundi 14 février, à l’unanimité au Sénat, pose des questions légitimes : « Elle part d’un bon sentiment », estime Stéphane Rozès – directeur de l’agence de conseil, CAP -, interrogé par Marianne 2. « Il fallait faire quelque chose » pour améliorer le texte datant de 1977 à propos de l’encadrement des sondages politiques.

Mais c’est quoi, un sondage ? Les sénateurs apportent dans leur proposition de loi une définition plus précise et Stéphane Rozès, ancien dirigeant de l’institut de sondage CSA, n’y voit aucun inconvénient. La presse publie souvent, en effet, le résultat de « consultations diverses non représentatives » (qui se distinguent, donc, des sondages).

Stéphane Rozès rejoint aussi les rédacteurs du texte qui proposent de réformer la commission des sondages et de renforcer ses prérogatives. Elle est actuellement composée de neuf magistrats et de deux « experts » en sciences politiques, en droit public et en mathématiques. Il s’agirait d’équilibrer la balance des deux « groupes » (6+5 au lieu de 9+2 à l’origine).

La commission des sondages « n’est pas inerte », se plaint Jérôme Sainte-Marie, directeur général adjoint de CSA. « Elle vérifie que les sondeurs appliquent bien les règles mais ne vérifie pas la vérité publiée », tient-il à préciser.

« Je suis pour qu’il y ait, également, des représentants de la droite et de la gauche », avance Stéphane Rozès. Qui prône, au passage, pour que la commission des sondages recueille l’ensemble des questions posées par les instituts de sondage de telle manière à ce que le journal, client d’un sondage, ne puisse pas oublier de passer une interrogation dans ses colonnes ou procéder à un tri opportun. « Il serait bon, par ailleurs, que chacun puisse savoir pourquoi un commanditaire a choisi tel ou tel institut et pourquoi », recommande l’ancien sondeur.

Mais son accord s’arrête là. Car les sénateurs, des « non-spécialistes, mal conseillés », croit-il savoir, « n’apportent pas les bonnes réponses ». L’ancien patron de l’institut de sondage rejoint l’avis du… gouvernement, représenté, lors du vote à la chambre haute, par Patrick Ollier. Le ministre des Relations avec le parlement salue certes « le bon travail et les bonnes intentions » des sénateurs chargés d’élaborer le texte. En revanche, ce dernier trouve les solutions proposées « inapplicables ».

Stéphane Rozès botte en touche : « Je ne m’exprime qu’en tant qu’ancien dirigeant d’un institut de sondage ». Et c’est comme ex-patron du département politique – opinion de CSA, fonction qu’il a occupé pendant plus d’une décennie, qu’il tape sur la proposition de loi.

« Le législateur n’a pas à dire comment une profession doit travailler »

Stéphane Rozès - capture d'écran - Dailymotion - France Info

Stéphane Rozès – capture d’écran – Dailymotion – France Info

D’abord sur la publication des résultats. Les sénateurs souhaitent que les journaux puissent passer les résultats bruts avant redressement, question de transparence et « moralisation du débat public » – d’après les dires du rapporteur du texte, Jean-Pierre Sueur. Stéphane Rozès prend l’exemple des intentions de vote – minorées – du FN pour illustrer son opposition : « Quand les sondés répondent le FN à 5 %, au final, le chiffre peut monter à 12%. » Un écart facile à comprendre : les sympathisants du parti d’extrême-droite n’ont pas forcément envie de dire pour qui ils veulent voter. « C’est au sondeur, en fonction d’indicateurs variés – attitude lors des précédents scrutins, par exemple -, de se rapprocher au plus près de la réalité », explique-t-il. Le résultat brut « n’aurait donc aucun intérêt aux yeux des électeurs » selon Jérôme Sainte-Marie. Cela représente presque, glisse Stephane Rozès, une désinformation. Frédéric Dabi (Ifop) parle, lui, de « secrets de fabrication » que les instituts n’ont pas à dévoiler.

Second souci, pointé du doigt par Jérôme Sainte-Marie : les marges d’erreur que les instituts ne doivent guère publier : « Les sondages, imparfaits, ne sont pas une science exacte. Plutôt un outil performant, un miroir pour bien comprendre notre société », confie-t-il.

Autre problème – et non des moindres – aux yeux de Stéphane Rozès : l’origine du client. « L’organigramme de sondage doit préciser le nom et la qualité de l’acheteur s’il est différent du commanditaire », peut-on lire sur la proposition de loi. « Il s’agit d’un retour en arrière car le commanditaire est forcément le client, celui qui paie », s’exclame Stéphane Rozès. Et de toute manière, tacle Jérôme Sainte-Marie, « les instituts publient déjà le nom du commanditaire… »

« Le scientifique se doit de montrer comment il a travaillé, ça ne doit pas être tabou », réplique Jean-Pierre Sieur. Réponse du berger à la bergère, en signe de conclusion, du côté de l’ex-sondeur, Stéphane Rozès : « Le législateur n’a pas à dire comment une profession doit travailler. » Il souhaite que la loi ne passe pas.

Or, Jérôme Sainte-Marie est persuadé, lui, que « la loi passera ». Le sondeur de CSA réfléchit d’ailleurs aux raisons qui ont poussé les sénateurs à se prononcer en masse pour la proposition de loi : « Les sondeurs ont une mauvaise réputation, un côté manipulateur. » Chez les législateurs, on évoque les vertus de la transparence… ce qui fait bien rire le directeur général adjoint de CSA : « Et si on demandait aux journalistes de donner leurs sources ou aux médecins le nom de leurs patients… Trop de transparence, jure Jérôme Sainte-Marie, tue la transparence. »

Le gouvernement, lui, s’oppose aux propositions. Celui-ci fera tout pour retarder le passage du texte à l’Assemblée, au grand dam du sénateur Sueur, rapporteur du texte.

Alors à quand un débat et un vote à la Chambre basse ? « Le plus vite possible, espère le sénateur du Loiret. Avant la présidentielle, en juin prochain, suggère-t-il. Ce serait suspect et absurde que l’Assemblée nationale n’inscrive pas le texte à l’ordre du jour alors que les sénateurs, de toutes les obédiences, ont voté à l’unanimité. »

Mais le gouvernement freine des quatre fers à travers la voix de Patrick Ollier, qui a évoqué au Palais du Luxembourg, outre l’éventuelle inapplicabilité du texte, l’inconstitutionnalité de la proposition de loi. « Étonnant, répond Jean-Pierre Sueur, nous avions interrogé le ministère de la Justice qui n’a jamais relevé de risque d’inconstitutionnalité. » Le gouvernement propose une nouvelle phase de discussions avec les sénateurs ? « La proposition de loi est publique depuis le 25 octobre dernier », rappelle le sénateur. Visiblement en colère. Mais pas suivi par les principaux intéressés, les sondeurs…

 

P.L

3 mars 2011

La cour des comptes dénonce le musée «fantôme» des sports

Article publié sur Marianne 2

Mais quel est donc ce musée national du sport? La Cour des comptes fustige dans son dernier rapport public annuel l’établissement labellisé musée de France : pas de local, pas d’installation permanente, aucune priorité. En un mot, un musée virtuel si peu visité…



Musée national du sport - capture d'écran - Dailymotion - sport 365

Musée national du sport – capture d’écran – Dailymotion – sport 365


Le musée du sport national, vous connaissez ? Avec 600 000 objets et documents, il possède l’une des plus importantes collections au monde portant sur l’histoire des sports. Toujours pas ? Pourtant, né en 1963 (!), il vise, selon le ministère des Sports auquel il est rattaché, à « faire découvrir l’éthique du sport, à montrer comment il est le reflet de notre société d’un point de vue historique, sociologique et anthropologique ». En un mot, il se veut le « musée de l’identité sportive ». Noble cause, non ?

Mais il reste méconnu du grand public. La Cour des comptes, dans son rapport annuel, rendu public le 17 février, utilise d’ailleurs le terme de « musée imaginaire » pour qualifier l’établissement public administratif et « musée de France » depuis 2004.  Imaginaire… Ou, plutôt, sans véritable local, ni galerie permanente ni installation. Domicilié au Parc des Princes à partir de 1979, il bénéficie à l’intérieur du stade parisien, de deux étages. Mais sa collection n’a été présentée de manière continue qu’entre 1988 et 1997. L’organisation du Mondial en France a eu raison de ce musée si précaire : les salles ont fermé à ce moment-là, faute d’espace.

Une partie des pièces a déménagé en juin 2008 dans le XIIIe arrondissement de Paris, boulevard de France, dans les locaux de la secrétaire d’État au Sport (Chantal Jouanno actuellement). Une « vitrine » – nom du pseudo-musée – qui n’expose que… 350 objets : 1200 m2, trois salles contiguës au premier étage avec une boutique au rez-de-chaussée. La « vitrine »,  aura coûté la bagatelle de 4.4 millions d’euros. L’enveloppe initiale ne prévoyait pourtant que… 3.5 millions. Le chantier avait, de surcroît, pris « des retards en cascade » selon les dires de la Cour des comptes.

A l’intérieur, des objets nécessaires à la pratique sportive, comme le gant de boxe de Marcel Cerdan ; des objets témoignant de l’organisation d’une compétition (affiches par exemple), mais aussi des œuvres artistiques, notamment  la prestigieuse coupe dite « Gravelotte » des premiers jeux d’Athènes en 1896. La « vitrine » se compose d’une galerie permanente, « Le sport s’expose », et d’expositions temporaires.

Or, le succès, en revanche, s’est fait attendre. Entre juin 2008 et septembre 2009, seuls 11 173 visiteurs ont pris la peine de passer l’entrée, une moyenne de… 50 personnes par jour. Et cela malgré un ticket d’accès bon marché : 4 euros au tarif plein et gratuité pour les mineurs. Au total, le musée a gagné, durant cette période, seulement 23 000 euros.

C’est bien connu, la quantité ne fait pas la qualité… sauf quand celle-ci manque aussi à l’appel. La Cour des comptes souligne « le champ muséologique très vaste », et met en lumière « l’absence de définition des priorités ». La preuve ? Le musée a mis en place un conseil scientifique et culturel consultatif en novembre 1991 pour « définir la stratégie d’enrichissement de la collection ». Mais il ne s’est réuni qu’une fois l’an entre 1992 et 1995 et aucune trace d’un quelconque compte rendu ultérieur… jusqu’à la métamorphose du musée en un établissement public en 2006 qui prévoit en principe un conseil d’administration en compagnie d’une instance scientifique (selon la loi sur « les musées de France »), saisie avant toute acquisition d’objets.

La Cour des comptes précise que ce musée « n’est pas parvenu à formuler une stratégie précise en matière d’enrichissement de la collection, sinon en se contentant de souligner la complexité de cette entreprise ». Un projet culturel et scientifique a été redéfini en novembre 2010. Mais il reste encore au ministère de la Culture de soumettre l’approbation. Le musée évolue certes, mais au pas d’escargot…

Le rapport fustige, par ailleurs, le manque d’engagement (« une attention limitée », écrivent les magistrats) du ministère des Sports qui alloue au musée un budget de 0.9 millions d’euros. Pendant longtemps, sa tutelle était « éclatée entre deux services du ministère (…) la direction des sports devait définir les orientations générales du musée » sans avoir à s’occuper de l’administratif et des finances. Cette dichotomie a cessé en 2008… Mais les problèmes ne se sont pas arrêtés pour autant : l’actuel directeur général (nommé conjointement par les ministres du Sport et de la Culture) n’a reçu une lettre de mission qu’onze mois après sa nomination. A cause de grèves à la Poste ?

Mais pas de panique : l’optimisme est de mise, la ministre des Sports, dans un droit de réponse publié par le rapport, évoque, pour le musée, « un nouveau cap dans son développement ». Un protocole d’accord a même été signé en mai 2010 entre le ministère du Sport, le musée et le maire de Nice pour que l’établissement s’installe dans la ville dirigée par Christian Estrosi à l’intérieur du prochain « grand stade » : une mise à disposition d’une surface de plus de 5000 m2. Mais la galerie dans le XIIIe arrondissement ne disparaît pas tout de suite : le ministère des Sports a signé un bail courant jusqu’à fin 2012… 

 

P.L

LIVRY SUR SEINE |
Le blog des idées non-reçue... |
MoDem de l'Ariège |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Bernard Ramond - Pour que v...
| la republique c'est l'arrac...
| UNI ...