le Canard de l’Etang

27 juin 2011

Pays basque : Batasuna, adios la frontière franco-espagnole ?

Interview publiée sur Atlantico

Propos recueillis par P.L

 

Aurore Martin, la militante basque, visée par un mandat d’arrêt européen émis par l’Espagne, a failli être arrêtée, mardi 21 juin. Plusieurs activistes basques ont repoussé les policiers français venus l’interpeler. Elle risque jusqu’à douze ans de prison pour « participation à une organisation terroriste ». Membre de Batasuna, parti interdit en Espagne pour ses liens supposés avec l’ETA, mais autorisé en France, elle venait de sortir de six mois de clandestinité. Mais qui se cache derrière cette formation politique ?

Aurore Martin, la militante basque, visée par un mandat d’arrêt européen émis par l’Espagne, a failli être arrêtée, mardi 21 juin.

Aurore Martin, la militante basque, visée par un mandat d’arrêt européen émis par l’Espagne, a failli être arrêtée, mardi 21 juin.  Crédit Reuters

Atlantico : Comment qualifier la formation basque « Batasuna » (dont le nom est revendiqué par ses membres mais n’est plus autorisé depuis 2003) ? Y a-t-il une différence entre la partie espagnole et la branche française du parti ?

Barbara Loyer : Batasuna est un parti indépendantiste basque. Il veut fonder un nouvel État souverain qui ferait disparaître à cet endroit la frontière franco-espagnole en rassemblant des territoires de France et d’Espagne. La nouvelle  frontière devrait passer au milieu du département des Pyrénées-Atlantiques. Elle inclurait, théoriquement, Bayonne mais pas la partie de son agglomération qui se trouve dans le département des Landes.

Cet Etat devrait être bascophone. Batasuna se déclare socialiste. Les militants tiennent des discours politiques avec un vocabulaire utilisé à l’ordinaire par la gauche, notamment les mots « répressions », « peuple », « torture », etc. C’est important pour comprendre que les déclarations de solidarité viennent plutôt de partis de gauche.

Théoriquement, Batasuna est en France l’expression du même projet politique que le parti du même nom interdit en Espagne mais doit s’adapter au contexte légal des élections françaises.

Quels sont les combats que porte ce parti indépendantiste ?

Ce sont ceux de l’extrême gauche, d’une contestation des systèmes politiques actuels.  Le vocabulaire qu’ils emploient leur permet de converger avec les mouvements des Indignés dans de nombreux pays d’Europe, mais, à la différence des Indignés, l’idéologie nationaliste inscrit les actions de Batasuna dans des tactiques  à court et moyen terme beaucoup plus réfléchies, pour une stratégie à long terme.

Cette stratégie est explicitement celle de former un mouvement politique commun en France et en Espagne. Le fait que la coalition indépendantiste basque Bildu ait eu un tel succès en Espagne et que l’ETA poursuive sa lente évolution vers la disparition (bien qu’on trouve encore ses caches d’explosifs) change la donne, côté français. En effet, les indépendantistes basques en France ont été soucieux, jusqu’à maintenant, de ne pas se laisser dépasser par les partisans de la lutte armée.

Ils ont déjà bien du mal à s’implanter électoralement, et le développement du terrorisme en France leur porterait préjudice. Si l’ETA disparaît, cette inhibition est levée et une lutte interne entre nationalistes basques, en France comme en Espagne, va se développer, pour occuper le devant de la scène et gagner des parts de l’électorat.  Le fait d’apparaître comme victime est utile pour atteindre cet objectif.

Il faut écouter les discours comme des éléments de stratégies politiques mises en œuvre à des moments réfléchis. Il est utile aujourd’hui en France de commencer à faire bouger les associations et les partis sur un agenda politique que l’on maîtrise. Il faut inscrire le peuple basque dans les priorités du Pays basque, maintenant, après le succès de Bildu en Espagne et à la faveur du mouvement des indignés qui crée un élan dont il faut utiliser l’énergie. C’est de la politique, pas de l’idéalisme.

La question du mandat d’arrêt européen visant la militante basque Aurore Martin peut être traitée sur le plan juridique des libertés publiques en Europe. Le problème ici est le lien implicite fait entre la liberté des individus et celle d’un ‘peuple basque » que représenterait la militante concernée. Ce lien est trompeur.  Pour l’instant, en France, Batasuna ne représente rien sur le plan électoral. Il n’est pas plus le peuple basque que les électeurs de l’UMP qui portent des noms basque et parlent la langue basque.

Batasuna est interdit par la justice espagnole pour ses supposés liens avec l’ETA. Qu’en est-il exactement ?

Selon moi, les liens de Bastasuna avec l’ETA et l’idéologie totalitaire de cette organisation ne sont pas supposés mais réels. Il me semble que c »est un vrai problème que des militants de gauche ne soulèvent pas la contradiction qui existe, dans ce cas présent, entre le discours de gauche et la pensée totalitaire. Il ne faut pas seulement juger des discours mais des pratiques politiques.

27 juin 2011

10 ans après sa suppression, faut-il regretter le service militaire ?

Publié par canarddeletang dans Elections, medias, Societe

Publié sur Atlantico (question de société mais politique, tout de même)

Propos recueillis par P.L

Atlantico : Faut-il regretter le service militaire ?

Annie Crépin : On ne peut pas le regretter tel qu’il était devenu à la fin du XXe siècle. En raison de la diversification – louable –  de ses formes à la suite de sa transformation en service national en 1965, l’inégalité était réapparue. Par exemple, ceux qui avaient fait des études avaient tendance à partir en coopération, et ne risquaient plus de rencontrer d’autres jeunes moins diplômés qui, eux, se retrouvaient en caserne à réaliser des tâches répétitives. Et il devint de plus en plus difficile de demander à des conscrits et des conscrites de participer à des guerres hors du territoire. En outre, ces guerres, par exemple la première guerre du Golfe,  semblaient nécessiter le recours à un haut niveau de technicité et donc aux compétences de militaires professionnels.

Mais on peut regretter toutes les conséquences heureuses qu’était parvenu à atteindre le service personnel obligatoire de la IIIe République et de la IVe République quand il était véritablement universel  : cohésion et intégration sociales, apprentissage du civisme. Car presque tous les garçons d’une même génération et de classes sociales différentes étaient obligés de se mêler, de se côtoyer et de vivre ensemble. Bien sûr, il ne faut pas idéaliser le passé – voir ce qu’en disait Courteline déjà au temps de sa splendeur –  et le service comportait des zones d’ombre ; ne serait-ce que l’exclusion des femmes. Il est vrai que pendant longtemps les femmes ne furent pas considérées comme des citoyennes et que le service militaire était perçu comme l’expression par excellence de la citoyenneté.  

Le service militaire a disparu dans un silence général. Il aurait fallu le réformer profondément mais cette réforme aurait coûté cher. Il a été remplacé par une Journée d’appel de préparation à la défense (JAPD), devenue Journée de la Défense et de la citoyenneté (JDC). Une seule journée semble bien insuffisante ! C’est juste un premier contact avec les militaires et avec les questions de Défense.

Vous prônez un service civique obligatoire…

Oui, car le service militaire fut aussi une école du citoyen. Bien sûr, il ne s’agit absolument pas de revenir à une forme militaire du service mais de retrouver son équivalent en matière d’apprentissage de la citoyenneté, d’intégration sociale et de solidarité. Sans non plus en faire la solution exclusive qui se substituerait entre autres au rôle de l’école car le service civique ne peut pas devenir, à lui tout seul, le palliatif des manques de toutes les autres instances de socialisation et d’intégration citoyenne.


C’est ce qu’a créé l’Agence nationale du service civique sous l’égide de Martin Hirsch. Mais pour l’instant il ne s’adresse qu’à une minorité de volontaires. Et il est encore très mal connu, malheureusement, il est vrai qu’il ne date que de 2010. Je souhaite qu’il devienne, très progressivement, obligatoire. Cette obligation et cet universalisme permettraient de remplir véritablement les attentes sociales et civiques qu’on est en droit d’espérer de ce service des citoyens .


Parle-t-on de travaux d’intérêt général ?

Non, absolument pas, et il me semble qu’il y a une confusion regrettable entre des réalités toutes différentes. Je n’aime pas l’utilisation de ce mot à propos du service civique car il renvoie à l’idée de punition ou, au mieux, à l’idée d’une sorte de réhabilitation.


Je ne nie pas l’intérêt des travaux d’intérêt général pour des jeunes qui ont été délinquants. Mais le service civique, lui, devrait s’adresser à tout le monde. C’est, comme son nom l’indique, un service, non une sanction non plus que du bénévolat, aussi estimable soit celui-ci.


Si je souhaite qu’on tende à un service civique obligatoire de façon pragmatique, c’est qu’il  faut tenir compte d’un certain nombre d’obstacles et qu’il faut procéder avec précaution. Par exemple, il faut faire attention à ne pas entrer en infraction avec le code du Travail. Les jeunes ne doivent pas faire des tâches que les salariés peuvent faire. Il faut aussi penser aux contraires budgétaires.


Donc il faudrait que ce soit court : deux mois, qui peuvent être fractionnés en plusieurs périodes de stages. Il seraient effectués en différents domaines : action humanitaire, protection civile, champ de l’environnement, apprentissage des premiers secours, formation à la prévention sous toutes ses formes etc. Il devrait y avoir, par ailleurs, une dimension européenne : par exemple, faute de créer dans l’immédiat un service civique européen, la possibilité pour les Français de faire des stages dans un pays de l’Union européenne.

Le service civique pourrait aussi avoir une dimension de prévention « militaire ». À côté des guerres de « professionnels », il peut y avoir aussi une guerre « urbaine » d’attentats , ce fut  le cas il y a une quinzaine d’années dans le métro et dans le RER parisiens. Éviter la panique qui conduit à s’en remettre au « tout sécuritaire », être formé/e à la maîtrise de soi et au sang-froid, fait partie de l’éducation du citoyen, de la citoyenne.


D’un strict point de vue comptable, la formation à la prévention, d’ailleurs, dispensée à un maximum de gens permettrait la réalisation d’économies en évitant parfois accidents et catastrophes. Le bénéfice social du service obligatoire – une plus grande cohésion sociale –  aurait aussi des retombées économiques positives !  Il doit y avoir un débat pour la campagne de 2012 : il faut que les candidates et les candidats en discutent.

 

22 juin 2011

Droite et centre en 2012 : Printemps des prétendants

On avance, on avance, on avance… La présidentielle de 2012 arrive vite et, forcément, petits et grands candidats s’agitent. Présentent candidature. S’excitent. S’envoient piques et fleurs. Le printemps des prétendants a démarré, c’est entendu.

Christine Boutin, la dernière à s’être déclarée, veut porter les couleurs de son mini-parti chrétien-démocrate. Cette ancienne ministre veut « apaiser la France ». Noble cause ? Certes. Est-elle la seule  ? Pas vraiment. Le gaulliste Galouzeau de Villepin, « déterminé », lui aussi, à se présenter en 2012, en a marre que « tout ce qui touche à la politique devienne scandale ». Aveu de candidature…

L’ex-ministre de l’Ecologie, l’assez populaire Jean-Louis Borloo aurait pu, lui aussi, raconter la même histoire. Celui qui se voyait déjà Premier ministre sous Sarkozy voilà quelques mois se prépare, selon ses proches, à « gagner la présidentielle ». Va et veut-il vraiment y aller ? Il ne cesse, il est vrai, de répéter que le chef de l’Etat dresse les Français les uns contre les autres. Surtout depuis que DSK est hors-jeu.

Une sortie de piste dont devrait aussi profiter le centriste indépendant (et solitaire) François Bayrou, censé pouvoir voler quelques voix au centre-gauche. Des sociaux-démocrates (issus de l’aile droite du PS) aux quelques radicaux de gauche, dont le parti (le PRG) a déclaré vouloir peut-être présenter quelqu’un en 2012Jean-Pierre Baylet, voire Bernard Tapie – avant d’envisager, finalement, de participer à la primaire PS.

Forcément, ils veulent tous porter la voix des plus faibles. Des oubliés du quinquennat, ceux à qui l’on pense avant une élection, comme le dit si bien le chasseur Frédéric Nihous, pourtant proche de l’UMP – puisque membre du « comité de liaison », le regroupement des partis amis de la majorité. Ce dernier, qu’on n’entend (presque) pas non plus depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, a décidé de (re)mettre son fusil sur ses épaules pour défendre « les ruraux et les agriculteurs ».

Un thème cher au chef de l’Etat… à l’approche de l’échéance de 2012. Le président de la République, impopulaire dans les sondages, ne s’est pas encore déclaré candidat à sa réélection. Mais les signes ne trompent plus. Il se déplace deux fois par semaine dans une région de France. Il propose un moratoire de la fermeture des classes du primaire… à l’orée de la rentrée de septembre 2012. Impose une prime pour certains salariés et prépare son futur staff de campagne – avec, entre autres, le retrait du gouvernement de son ami Hortefeux, voilà quelques mois déjà.

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