le Canard de l’Etang

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23 juillet 2011

Les gaullistes de gauche ? « Une expression qui n’a plus de sens »

Interview publiée sur Atlantico

Propos recueillis par P.L

Ségolène Royal veut rassembler de l’extrême gauche aux gaullistes. La déclaration de la semaine passée.

L’historienne Chantal Morelle fait le point sur l’invocation récurrente du Général de Gaulle dans le discours politique.

 

Atlantico : Comment peut-on définir le gaullisme ?

Chantal Morelle : Ségolène Royal a évoqué, lundi dernier, le Conseil national de la Résistance (CNR) qui mêlait tous les partis et les syndicats résistants et n’était pas exclusivement gaulliste. Du temps du RPF, Malraux disait à propos du RPF, le premier mouvement gaulliste : « c’est le métro à 6 h du soir », signifiant ainsi que les adhérents venaient de tous les horizons sociaux et politiques, c’était un mouvement de rassemblement. En 1958 a été créée l’UNR (Union pour la nouvelle République), qui est devenue le parti de la majorité présidentielle, mais de Gaulle n’en a pas été le chef comme il avait été le présidente du RPF.

Le gaullisme est un mouvement qui a forgé l’histoire politique de la France et des Français, avec le général de Gaulle qui a imposé et défendu certaines valeurs. Il s’agit d’une référence importante, certes, mais dorénavant historique ; il n’est plus ni un courant de droite, ni un courant de gauche ce qui permet à tout le monde de s’en réclamer. Pourtant, si l’on y réfléchit, le gaullisme a duré le temps de la présidence du général de Gaulle, jusqu’à sa démission en 1969, soit onze ans ! Certains gaullistes historiques estiment que Georges Pompidou ne pouvait se dire gaulliste. Il aurait été un traitre selon certains.

En tout cas, le RPR (Rassemblement pour la République) créé par Jacques Chirac en 1976, n’est pas un mouvement gaulliste, bien qu’il soit le mouvement le plus proche. Le facteur personnel, le contexte politique, les enjeux en font autre chose qu’un parti gaulliste.

 

Comment le gaullisme n’est-il devenu qu’une simple référence historique ?

Les choses ont changé, les gens ont évolué. Cela ne veut pas dire que les valeurs du gaullisme n’existent plus. Elles existent chez tout le monde. C’est un mouvement constitutif du visage politique des Français et c’est la raison pour laquelle toute la classe politique s’en réclame : les valeurs de grandeur de la France, de l’indépendance nationale, la puissance nucléaire sont des valeurs que tout le monde revendique… Et depuis longtemps. Elles ne sont la propriété de personne.

Pour montrer les changements, prenons l’exemple de l’avancée de la construction européenne : c’est une donnée qui dépasse totalement le gaullisme. La place de la France en Europe, et dans le monde, a évolué. Certains gaullistes historiques rejettent l’intégration européenne telle qu’elle se fait au nom de la fidélité au général de Gaulle.

Sur ce sujet, on peut se réclamer du gaullisme comme le faisait Philippe Séguin, ou, encore aujourd’hui, Jean-Pierre Chevènement. Celui-ci est soutenu par des gaullistes historiques alors qu’il est issu d’un courant de pensée, le Ceres, qui appartenait à l’aile gauche du PS. Quand on se réclame du gaullisme, on s’appuie sur certains de ses aspects et c’est la raison pour laquelle chacun s’y retrouve.


Peut-on affirmer que le gaullisme est né à droite ?

Le gaullisme est né en plusieurs étapes : il y a le “gaullisme de guerre” né dans des conditions bien spécifiques qui a rassemblé des gens de tous bords ; puis le gaullisme politique, plutôt inscrit à droite comme le RPF né en 1947, puis l’UNR en 1958.

Le général de Gaulle lui-même n’aimait pas que l’on donne son nom à un mouvement « fût-ce sous la forme d’un adjectif”, mais il a accepté qu’un mouvement politique se réclame de lui, comprenant qu’un chef de l’État ne pouvait pas être “au-dessus des partis”.

Son origine familiale, son éducation, sa culture faisait de lui un homme de droite, et même de la droite autoritaire, bonapartiste, favorable au régime présidentiel plutôt qu’au parlementarisme, tout en étant respectueux de la démocratie ; mais il était marqué par le christianisme social de la deuxième moitié du XIXe et du XXe siècle, d’où sa volonté de mener une politique plus sociale que beaucoup de gens de droite – “la seule querelle qui vaille est celle de l’homme” disait-il.

Le gaullisme a toujours été situé à droite dans le spectre politique, bien qu’il y ait eu des gaullistes de gauche, ils n’étaient à proprement parler de gauche.

 

Y a-t-il encore des gaullistes de gauche ?

« Gaulliste de gauche » est une expression qui n’a plus de sens. Cela en avait dans les années 1960. Certaines personnes étaient gaullistes mais provenaient de la gauche d’avant 1958. Ces derniers menaient ou voulaient mener une politique plus sociale, comme la participation aux bénéfices de l’entreprise. Les gaullistes de gauche étaient toutefois limités en nombre et Charles de Gaulle les aimait bien. Ce n’est pas le cas de Georges Pompidou, qui, sur le plan social était beaucoup plus conservateur.


Qui sont les héritiers du général de Gaulle ?

De Gaulle n’a pas un héritier, bien que certains se retrouvent davantage dans cette filiation que d’autres. Je pense à Dominique de Villepin et son mouvement République solidaire, lancé, non pas le 18, mais le 19 juin 2010 : c’est tout un symbole, mais ce n’est pas du gaullisme, puisque les temps ont changé : Villepin peut s’y référer, il ne peut avoir de projet gaulliste. On se réclame du  général de Gaulle, on peut le citer comme on peut citer Jean Jaurès – Nicolas Sarkozy l’a fait pendant sa campagne électorale sans être socialiste ! Et l’actuel chef de l’État n’est pas plus gaulliste que d’autres responsables politiques : il s’appuie sur le gaullisme comme sur d’autres sources qui ont permis à la France à se construire, comme tous les Français.

Nicolas Dupont-Aignan rejoint l’idée du général de Gaulle sur la construction européenne et l’indépendance nationale, il dit en effet qu’il est le seul vrai gaulliste. Mais ce n’est pas totalement vrai. La preuve ? Il a appelé à voter Nicolas Sarkozy pour le second tour de la présidentielle de 2007, alors que celui-ci défendait une autre politique européenne. Donc il accepte que d’autres politiques soient menées car le gaullisme n’est pas une donnée applicable comme le voulait ou comme l’aurait fait le Général il y a un demi-siècle ! Avoir des principes ne signifie pas qu’on les applique.

 

Pourquoi Ségolène Royal veut-elle rassembler jusqu’aux gaullistes ?

A l’occasion de la campagne électorale, elle se veut rassembleuse, elle veut réunir le plus largement possible, à l’exception de l’extrême-droite. Son problème : elle n’est pas bien vue, plutôt isolée au sein du Parti socialiste, et, il lui faut trouver des soutiens ailleurs. Mais finalement c’est normal : aucun candidat(e) qui pourrait devenir président(e) de la République ne peut dire : « Je ne représente qu’une partie des Français. »

Pendant la campagne, on peut tenir un certain type de propos, mais dans la pratique, cela n’a plus le même sens. On ne peut mener une politique cohérente avec un spectre politique aussi large : on ne voit pas Jean-Luc Mélenchon et Dominique de Villepin travailler au sein du même gouvernement et mener la même politique ! Sauf, peut-être, ponctuellement : car tout le monde peut être d’accord sur un point précis, à un moment donné, en temps de crise par exemple

 

Comment Ségolène Royal peut-elle se réclamer à la fois du général de Gaulle et du président Mitterrand ?

François Mitterrand a été un président tout à fait gaullien : la Constitution a été à peine modifiée, contrairement à ce qu’il a toujours dit qu’il ferait. C’était la même pratique monarchique républicaine que celle du général de Gaulle, en son temps. Donc, sur ce plan, le rapprochement entre les deux chefs de l’Etat n’est pas incohérent.

Leur politique étrangère a souvent eu des points communs, la politique économique et sociale aussi, dans une certaine mesure : pensons aux nationalisations de l’après-guerre et à celles de 1981, à la sécurité sociale, et ce qu’il y avait de véritablement idéologique dans le programme du candidat Mitterrand n’a pas résisté à la force des contingences nationales et internationales. Mais si les deux personnalités sont différentes, elles ont toutes deux marqué la Ve République.

Propos recueillis par Philippe Lesaffre

 

 

14 juillet 2011

Le culot de Roselyne Bachelot

Seule au monde ? A contre-courant ? Roselyne Bachelot, ministre de la Solidarité et de la Cohésion sociale, ne cesse de cultiver sa différence au sein de l’exécutif. La solidarité gouvernementale, cette proche amie de François Fillon ne connaît pas. Ou fait mine de ne guère s’y intéresser. Peu lui importe de gêner ses collègues ministres.

Le mariage  gay ? La ministre n’est pas la seule à défendre l’union homosexuelle, mais elle pense que l’opinion publique l’acceptera un beau jour, ainsi que l’adoption des enfants pour un couple de même sexe.

Martine Aubry évoque devant la place publique les rumeurs qui courent sur sa vie privée et son mari – qui, selon elle, sont véhiculées par des membres de la majorité ? Roselyne Bachelot « comprend (son) indignation, sa révolte » alors que certains ministres dénoncent la méthode de la candidate à la primaire socialiste.

SOS Racisme organise un concert à Paris pour le 14 juillet. Roselyne Bachelot se pointe au rendez-vous et se présente aux côtés du… rebelle Jean-Louis Borloo, du socialiste François Lamy et de l’écologiste Eva Joly (entre autres).

Et cette manie de « déranger » ne date pas d’hier. En 1998, déjà, Roselyne Bachelot votait la loi socialiste instaurant le Pacs. Contre l’avis de ses amis politiques opposés au texte.

Osée, Roselyne !

9 juillet 2011

« Pourquoi je veux mettre fin au recrutement des enseignants par concours au niveau national »

 Interview du député (UMP) Grosperrin publiée par Atlantico

Propos recueillis par P.L

 

La commission des affaires culturelles et de l’éducation a rejeté, mercredi 6 juillet, le rapport d’information sur la formation des enseignants. En cause : la proposition controversée de mettre fin au concours national. Selon Jacques Grosperrin, le président de la mission d’information à l’initiative du rapport, ses collègues parlementaires, qui se sont opposés au texte, ont cru qu’il était instrumentalisé par Nicolas Sarkozy. A tort, insiste le député du Doubs.

Atlantico :  Quel est l’origine de votre rapport ?

Jacques Grosperrin : Il y a eu, entre septembre et octobre 2010, une grosse polémique sur la mise en place d’une « stagiarisation » des enseignants qui venaient d’obtenir le Capes. A ce moment-là, j’avais demandé à la présidente de la commission des Affaires culturelles et de l’éducation, Michèle Tabarot, qu’elle diligente une mission au sujet du recrutement et de la formation des enseignants. On s’était rendu compte que les résultats scolaires de nos collégiens et lycéens n’étaient pas très bons au niveau des pays de l’OCDE.

Cela a mis du temps et le président de la République, au moment de ses vœux au Grand Palais en 2011, a évoqué la formation des enseignants. Depuis, les choses ont évolué de manière naturelle à l’Assemblée nationale et j’ai été nommé president-rapporteur de la mission d’information. Ce qu’on voulait, c’est aussi dresser un premier bilan de la réforme dite de « masterisation »

Pourquoi vouloir supprimer le recrutement par concours ?

Nous voulons supprimer ces concours au niveau national, mais pas au niveau régional. Il convient, en effet, selon la vingtième proposition, de « remplacer le concours par le master et confier aux autorités académiques ou aux établissements le soin de recruter, sur la base d’un entretien professionnel, les enseignants. »

Nous voulons quelque chose de plus réaliste. En ce moment, il y a des masters, une formation en cinq ans. Et à la fin, l’enseignant doit être capable d’enseigner. Et de l’autre côté, il y a un concours qui évalue la même chose que le master, c’est-à-dire des conceptions académiques.

On veut dans un premier temps revoir la formation des enseignants dans son ensemble : à savoir, à la fin des trois ans de licence, organiser un concours pour l’entrée en Master 1. Ce serait un concours académique que l’on appellerait « admissibilité pour le Capes ». « L’admission pour le Capes », ce serait pour la fin du Master 2.

Durant ces deux années, l’étudiant sera de temps en temps dans un établissement scolaire : primaire, secondaire, etc. Ils seraient en situation pratique, de gestion d’une classe. Le jour où les masters seront bien organisés, le concours disparaîtra de fait. J’en suis certain, d’ici dix à quinze ans, quand l’opinion publique sera prête. La priorité sera de faire un recrutement au niveau local, voire régional, pour que nos professeurs arrêtent de partir dans des zones sensibles, difficiles, et afin qu’ils ne soient plus expatriés à plusieurs centaines de kilomètres de chez eux où on les dégoûte du métier. Je ne veux plus de déracinement des enseignants avec, à la clé, parfois, un abandon de certains par manque de motivation… Les académies prendraient alors les meilleurs étudiants, qui sortent d’un master, avec un concours régional. Et je voudrais aussi que les chefs d’établissement fassent partie des jurys de concours.  

Certains syndicats vous accuse de vouloir « exploser la fonction publique »…

(soupir) Les syndicats ne jouent pas le rôle de syndicats. Ce que j’attends d’eux, c’est qu’ils s’interrogent sur les conditions de travail des élèves, des enseignants, sur la formation de ces derniers, sur le programme d’enseignement, sur ce qu’il se passe à l’école. Et non pas uniquement sur leur raison d’être : « plus de moyens, toujours, plus de profs » Ils sont sur des notions budgétaires. Ils sont en manque d’idées, manque de créativité… Ils sont déboussolés depuis Claude Allègre. Ils se cherchent… Peut-être pas tous les syndicats… Mais la plupart d’entre eux, en tout cas, ceux qui s’opposent à moi.

Pourquoi vos collègues, toutes tendances politiques confondues, ont-ils rejeté votre rapport ?

Ils ne devaient pas voter le contenu du rapport : celui-ci a été voté le 29 juin dernier à la majorité par les quinze membres de la mission d’information (composée de six députés socialistes et divers gauche et neuf membres de la majorité présidentielle, ndlr). Ce sont les seuls compétents à juger du contenu, autrement dit, des 20 propositions du rapport.

La mission d’information, d’ailleurs, n’était pas au complet. Le jour du vote, ce 29 juin, 4 socialistes étaient présents et ils ont préféré s’abstenir. Marie-Hélène Amiable, seule députée communiste de la mission d’information, a rejeté le contenu. Et il y avait six députés UMP et ils ont dit oui au contenu.

En revanche, mes collègues ont voté, mercredi 6 juillet, contre… la publication du rapport. Cela aurait été un acte démocratique de dire oui à ladite publication. C’est une première depuis vingt ans…

Les députés de la commission n’étaient pas nombreux lors du vote sur la publication du rapport. Seul un tiers de la commission… Sûrement en raison des vacances.

Pourquoi un tel rejet ? Ils étaient persuadés, y compris mes trois collègues de droite qui ont voté non avec les socialistes, que la vingtième proposition portant sur la fin du recrutement par concours national, m’avait été soufflé par le chef de l’Etat ou par le ministre de l’Education nationale. Selon eux, j’aurais été instrumentalisé. C’est archi-faux ! Une rumeur… Les deux ne m’ont jamais demandé des comptes… Je n’ai pas rencontré Nicolas Sarkozy… J’ai uniquement vu Luc Chatel et Valérie Pécresse, à l’époque ministre de l’Enseignement supérieur pour une audition commune.

Le PS fait souvent des coups tordus… On arrive à l’élection présidentielle. Ils sont à court d’idées. Ils sont dans une démarche anti-démocratique ! Les socialistes, je les sens crispés, perdus. Leur candidat fétiche n’est plus là. On aurait voté la deuxième année du second mandat, ce serait passé…

Et trois de mes « amis » politiques ont suivi l’opposition dans le vote. Parmi eux, il y avait Marc Bernier, un villepiniste, René Couanau, un député sans groupe parlementaire qui a quitté l’UMP, ainsi que Bernard Debré. J’ai eu, avec lui, une discussion franche. Il n’avait rien compris, d’autant plus qu’il n’avait pas participé au vote sur le contenu du rapport. Bon, il ne pouvait pas l’être car seuls les quinze parlementaires de la mission d’information – et il n’en faisait pas partie – ont voté sur ce contenu.

Le gros problème de mes collègues est le suivant : ils arrivent en commission au milieu d’un brouhaha, ils savent que les élections législatives arrivent vite… Des enseignants leur ont remonté les bretelles en leur disant : « Grosperrin veut supprimer le concours » alors que je pense qu’il sera supprimé dans une décennie.

Faire de la politique, c’est être courageux. C’est poser les vraies questions, les vrais problèmes. Avec Jean-François Copé et Christian Jacob, vous le voyez bien, on est dans le débat d’idées. On ne s’interdit rien. Aucun tabou ! A l’UMP, on veut améliorer le système…

Que va devenir le rapport provisoire ? Va-t-il garnir l’intérieur d’une armoire de l’Assemblée nationale ?

Non, il sera publié. Alain Boissinot, le recteur de l’académie de Versailles qui n’est pas de droite – je ne sais ce qu’il est, d’ailleurs –  pense que ces concours nationaux disparaîtront…

Je vais réunir les membres de la mission d’information : renégocier, rediscuter sur les propositions de la mission. Il y aura un nouveau vote, avant que le rapport ne repasse devant la commission fin septembre, début octobre prochain.

 

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