le Canard de l’Etang

23 février 2012

« Marine Le Pen stigmatise les musulmans »

Publié par canarddeletang dans culture, partis de droite, politique francaise, Societe

Interview initialement publiée sur L’Express.fr

Marine Le Pen a-t-elle déclenché la polémique sur la viande halal à des fins politiques? Selon le politologue Dominique Reynié, le FN cherche avant tout à se radicaliser. 

Marine Le Pen a affirmé, ce samedi, que toute la viande distribuée en Ile-de-France serait, à l’insu des consommateurs, « exclusivement » de la viande halal. Ce mardi matin, elle a confirmé ses propos sur France Inter. Le politologue Dominique Reynié, président du think-tank Fondapol, proche de l’UMP et auteur de l’ouvrage Populisme, la pente fatale (Plon, 2011), réagit à cette polémique.
Pourquoi Marine Le Pen s’attaque à la viande halal?

C’est tactique, elle cherche à cliver: Marine Le Pen veut retrouver un certain radicalisme. Ses propos sont moins saillants, moins contrastés que lorsque son père s’exprimait quand il était patron du FN. Elle a modéré son propos depuis le début de sa présidence. Or, la société s’est durcie. Celle-ci a modifié son point de vue sur l’immigration, son rapport avec les juges, le rapport hommes-femmes.  

Je prends un exemple qui me semble parlant: François Berléand avait dit qu’Eva Joly ne devrait pas être candidate à la présidentielle car elle avait un accent et qu’elle n’était pas vraiment française. Personne n’avait repris ses propos, passés comme une lettre à la poste. Il y a dix ans, ils auraient été vivement fustigés.  

Avant, on ne parlait pas assez des problèmes interculturels, de l’immigration. Ces sujets n’étaient abordés que par les partis de protestations, ils en avaient le monopole. Or, petit à petit, les partis de gouvernement ont commencé à aborder ces thèmes. Et ils ont eu raison: il faut aborder, discuter, et régler les problèmes de manière sereine.  

Il s’agit d’évoquer les règles de la diversité dans nos sociétés multiculturelles. On peut discuter de l’alimentation dans les cantines, du ramadan d’une personne en plein procès (est-il plus faible à cette période et faut-il en prendre considération?). Mais pas comme le FN le fait. Ce parti aborde ces questions dans des termes non constructifs, de manière outrancière. Marine Le Pen joue sur les peurs.  

Il y a donc une volonté affichée de stigmatiser les musulmans?

Bien sûr. Elle manipule les données en cherchant à stigmatiser les musulmans. Peu importe l’exactitude de ses propos. Ce n’est pas grave. Jouer sur la métaphore de l’invasion, de l’acculturation, de l’occupation suffit. Les partis d’extrême droite ont toujours été perçus comme étant collaborateurs, mais là, le FN se prend pour un résistant.  

Sur la viande halal, cela renvoie à l’idée que des cultures exogènes sont importées avant d’être déployées dans la société d’accueil. Si on écoute Marine Le Pen, on pourrait penser que cette culture externe parvient à se développer et menacer la culture d’accueil. La viande halal touche aussi au repas, à la famille, donc cela peut toucher tout le monde.  

Pourtant, Marine Le Pen a entrepris depuis des mois une stratégie de dédiabolisation du FN. Cela est contradictoire de sa part?

Non, je ne crois pas. Elle n’a pas dit, comme un parti d’extrême droite aurait pu dire autrefois, que le musulman est inférieur. Elle dit: nous sommes accueillants, ils sont envahissants. Elle se présente comme un défenseur de la culture française. Toutefois, sa stratégie est limite car la frontière avec l’islamophobie n’est pas loin. Avec ce débat, elle se situe sur le fil du rasoir.  

Cela dit, tout le monde lui tombe dessus mais c’est à son avantage. Autant, son voyage à Vienne, où elle a côtoyé des racistes, était une erreur politique en contradiction avec sa stratégie de dédiabolisation. Autant avec ce débat, elle parvient à ses fins. 

PL

14 juillet 2011

Le culot de Roselyne Bachelot

Seule au monde ? A contre-courant ? Roselyne Bachelot, ministre de la Solidarité et de la Cohésion sociale, ne cesse de cultiver sa différence au sein de l’exécutif. La solidarité gouvernementale, cette proche amie de François Fillon ne connaît pas. Ou fait mine de ne guère s’y intéresser. Peu lui importe de gêner ses collègues ministres.

Le mariage  gay ? La ministre n’est pas la seule à défendre l’union homosexuelle, mais elle pense que l’opinion publique l’acceptera un beau jour, ainsi que l’adoption des enfants pour un couple de même sexe.

Martine Aubry évoque devant la place publique les rumeurs qui courent sur sa vie privée et son mari – qui, selon elle, sont véhiculées par des membres de la majorité ? Roselyne Bachelot « comprend (son) indignation, sa révolte » alors que certains ministres dénoncent la méthode de la candidate à la primaire socialiste.

SOS Racisme organise un concert à Paris pour le 14 juillet. Roselyne Bachelot se pointe au rendez-vous et se présente aux côtés du… rebelle Jean-Louis Borloo, du socialiste François Lamy et de l’écologiste Eva Joly (entre autres).

Et cette manie de « déranger » ne date pas d’hier. En 1998, déjà, Roselyne Bachelot votait la loi socialiste instaurant le Pacs. Contre l’avis de ses amis politiques opposés au texte.

Osée, Roselyne !

7 février 2011

Web-séries :s’engager pour se faire connaître

Article publié dans Marianne

On ne compte plus les Web-séries sur la Toile, des productions souvent auto-financées avec de jeunes comédiens. L’idée ? Se faire connaître et partager sa passion. Mais pas seulement : il s’agit aussi de transmettre certains messages. Souvent d’ordre écologique.



Dessin - Louison

Dessin – Louison

Les séries ne se regardent plus qu’à la télévision. On peut les suivre sur le Net, où elles sont diffusées à outrance. Le nombre de visionnages et leur popularité grimpent en flèche. Parmi ces feuilletons, certaines surfent sur la vague écolo. Et traitent de développement durable, sujet à la mode par les temps qui courent.

Chacun son format (des épisodes de 2 à 10 minutes, en général), chacun son ton. Quelques séries défendent leurs idées par l’humour au premier degré, en particulier grâce à l’effet de blagues – pas toujours réussies – qui se succèdent. C’est le cas de Planète Bureau, une série qui vise à sensibiliser les entreprises aux éco-gestes. Elle est née d’une collaboration entre une agence de communication engagée, ICOM, et une troupe de théâtre, La compagnie du 4. Trois volets ont déjà été diffusés avec un thème par épisode.

D’abord, le covoiturage, décrit comme une manière « conviviale » de se déplacer qui permet une économie d’essence et d’accident de la route, rappelle l’une des personnages féminins. Peu dupe, toutefois. Ce mode de transports resterait peu populaire, regrette-t-elle, faussement affectée. Celle-ci n’arrive pas à « convaincre ses collègues ».

La série se penche aussi sur le gaspillage de papier et des bouteilles en plastique. Et là non plus, la protagoniste peine à responsabiliser les membres de sa boîte. Exemple, l’un des personnages, sceptique, ne veut pas changer ses habitudes et passer à l’eau du robinet… car il préfère l’eau gazeuse.

Pathétique ? Ridicule ? Un peu…   Bienvenue au pays des « Bisounours » !


Épisode 1 : « co-voiturage… ô désespoir »
envoyé par Planete-Bureau. – Gag, sketch et parodie humouristique en video.

 

De ce feuilleton au ton comique, un brin raté, un brin tordu, on passe au sombre univers de la Web-série The Coat, une fiction née en 2007 (9 épisodes diffusés), qui dresse le tableau d’un monde, ravagé par une explosion et sans humanité. Une vision d’un futur possible ? « Nous voulions montrer ce que pourrait devenir la terre si on ne fait rien aujourd’hui », explique l’un des trois créateurs, Mathieu Caillière. Le metteur en scène et acteur principal pointe les dangers « du réchauffement climatique, de la montée des eaux, de la fonte des glaciers ». A la naissance de ce projet, en 2007 – « à une époque où l’on ne parlait pas beaucoup d’écologie » -, il travaillait dans le domaine du développement durable.

Et lui, aussi, a toujours voulu sensibiliser. « Éteindre la lumière, fermer le robinet », ça reste important, ce sont des gestes utiles. Mais, promis, pas d’approche moralisatrice dans la série. Vraiment ? Ne joue-t-elle pas sur nos peurs ? Sur un certain catastrophisme ambiant ?

Elle débute par le réveil du protagoniste. Seul, il découvre un monde… différent et décoiffant. Au départ, peu d’action et beaucoup de lenteur. Puis, au fil des épisodes, tout s’accélère. Le héros croise des survivants… craintifs, anxieux. Ce qui révèle « une insécurité, un retour au côté primitif de l’homme », comme l’explique Mathieu Caillière. Qui évoque ensuite la quête du personnage qu’il interprète : rejoindre une terre d’espoir, la seule poche d’humanité encore existante : Babylone. « C’est la cité du mystère, l’éden de l’espoir », sourit le metteur en scène.


The Coat – Bande-Annonce 01
envoyé par Seb-PJ. – Regardez des web séries et des films.

 


Le futur, d’autres web-séries en parlent aussi. Exemple : Le Visiteur du Futur, un feuilleton qui évoque le sauvetage de la planète (« sauver le monde ») sur un ton plus léger. Mais ce n’était guère l’idée de départ : « J’ai d’abord créer quelque chose qui n’existait pas à la télévision, une science-fiction humoristique », raconte le créateur et scénariste de la série, François Descraques. La première saison propose, au début, quelques épisodes à histoire bouclée : « Des sketchs » indépendants et « facile à réaliser ».



Le visiteur du futur EPISODE 1
envoyé par FrancoisDescraques. – Cliquez pour voir plus de vidéos marrantes.

 

Mais comme la série, qui « vise un public large », fonctionne bien, le créateur a « changé la formule » en cours de route. Et écrit une intrique sur du plus long cours. Les épisodes de la saison 2 (l’épisode 7 vient d’être diffusé) durent plus longtemps – dix minutes environ -, sont « plus pertinents » et reliés les uns aux autres. Il s’agissait dorénavant, pour le créateur, de « montrer ce que c’est de vouloir transformer le monde, ce que cela peut impliquer dans la vie de tout les jours. Les gens n’ont pas tous envie, y compris moi, confie François Descraques, de changer leurs habitudes et faire des sacrifices pour le bien de la planète. »

Et il s’emploie à illustrer son propos à l’écran par l’absurde. Le visiteur du futur recommande par exemple de ne pas manger de sandwichs, de ne proposer aucun rendez-vous galant à une fille, de n’acheter aucune bouteille de lait, mais encore de ne pas se rendre à une boulangerie. Des actions qui, selon le visiteur du futur, conduiraient à la catastrophe dans un temps éloigné du présent.

Mais on en a tous cure, croit savoir François Descraques : « Personne ne veut renoncer à son bonheur, à son plaisir, excepté, peut-être, des moines bouddhistes », sourit-il.

Tous égoïstes ?

03 Nicolas Sarkozy 1er : pour une nouvelle taxe carbonne !
envoyé par lesmiettesTV. – Cliquez pour voir plus de vidéos marrantes.


Cette série SF, un brin délirante, un brin philosophique, n’a, en fait, rien de politique. Au contraire de « La quête sans Fin », une production presque théâtrale qui met en scène une époque médiévale avec, entre autres, deux protagonistes, le preux chevalier Nicolas 1er et la fée Golène… Qui font référence, bien sûr, à l’actuel chef d’État et à la candidate socialiste à la présidentielle de 2007. Les deux créateurs – et acteurs, au passage  -, Jonathan et Isabelle Meli, ne veulent pas s’arrêter en si bon chemin : ils prévoient de créer un nouveau personnage pour une saison 2 : « Une femme qui vole aux étrangers pour rendre aux Français », allusion non masquée à Marine Le Pen, qui vient d’être « adoubée » présidente du FN.


« Une taxe contre tout sujet qui salit la nature»

« Il est possible de dresser un parallèle entre l’époque actuelle et le Moyen-Âge », explique Jonathan Meli. Avec une préférence : l’utilisation d’un ton léger, comique, caricatural et démagogique pour traiter « de sujets marronniers qui reviennent à intervalle régulière dans les médias ». Y compris, donc, l’écologie, thème central du troisième épisode (sur 9 déjà en ligne) : « A l’époque, on parlait beaucoup de la taxe carbone. On s’en est servi pour l’histoire : Nicolas 1er décide d’instaurer un impôt pour tout sujet qui salit la nature. » Ou comment inventer une taxe populaire…

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que ce couple parle d’écologie. Dans une précédente Web-série, Un jour de plus, aujourd’hui défunte, les deux avaient évoqué, le temps d’un épisode, les animaux en voix de disparition et ces « hommes pollueurs et méchants ».

« Ce qu’on recherche, c’est de faire réfléchir les gens », conclut Jonathan Meli, apôtre d’une « éducation populaire ». Mais non prise de tête.

Décidément, la vague verte n’a pas fini de se déployer…

22 juillet 2009

quand le Canard de l’Etang n’écrit pas de si longs discours…

slam : Bernard-Henri Lévy compare le PS à un « grand corps malade » déjà  »mort« . Aurait t-il été inspiré par le chanteur français de slam, Fabien Marsaud, plus connu sous le pseudonyme Grand Corps Malade ? 

lumière socialiste : le plus sarkozyste des socialistes, Jack Lang éclaire la lanterne de quelques journalistes du Parisien. Sur la direction du PS, qu´il prend pour un « arbre sec« : « la rue de Solférino éteint ses lampions du jeudi au lundi soir ». Ecolo, ces socialistes? 

campagne à la Sarkozy : Roger Karoutchi sur les chances de l´UMP de reprendre la présidence de la région Ile-de-France au socialiste Huchon : Yes, we can, « si nous partons unis à la bataille » (Figaro.fr). Ensemble, tous devient possible !

en vacances  : Hadopi 2, la loi anti-pirates du Net n´est pas encore adoptée : le vote à l´Assemblée nationale est reporté à la mi-septembre, pour cause de débat interminable. Les socialistes ont déjà ´pondu´ 747 amendements mais pourraient en rédiger bien d´autres encore pendant la pause estivale. À vos plumes, les députés, l’outrance n´est pas une tare. 

décès de Maurice Grimaud, le PS publie un mot : Maurice Grimaud, l´ex-préfet de police parisien, notamment durant Mai 68 est mort le 16 juillet dernier. Sa mission d´autrefois : éviter que cette crise ne dérape en bain de sang. « Grâce à son action », souligne le PS, « nous pouvons retenir que cette période de notre histoire est synonyme de liberté, d’émancipation de la jeunesse et de conquêtes sociales ».

Dany le Rouge s´y met aussi  : l´enfant terrible de Mai 68 lui rend hommage sur France Info et salue tout de même la mémoire d´un « véritable républicain ». Cohn-Bendit, « touché par la Vierge » ?

Boire ou volant (Une brève écrite en octobre 2008 à la vieille du Oktoberfest, la fête de la bière, où les Bavarois ‘se lâchent’, y compris l’ancien chef CDU du Land, dont les propos ont surpris plus d’un) : 

Selon l´ex-Ministre-président bavarois, Günther Beckstein, « boire deux litres de bière » avant de conduire ne pose aucun problème. Imaginez donc un Allemand sur une autoroute française. Les gendarmes doivent-ils se montrer plus indulgents dans la lutte contre les ivrognes au volant ? Infliger des sanctions moins lourdes ? Mettre de l´eau dans leur vin ?

P.L

18 janvier 2009

Une soirée avec Milano Swingtet, au Caveau de la Huchette

Publié par canarddeletang dans culture

Une soirée avec Milano Swingtet, au Caveau de la Huchette dans culture

p1010002.jpg

 

Lorsque le premier couple, assis sur des canapés rouges, se lève pour rejoindre la piste de danse, Milano Swingtet joue seulement depuis quinze minutes. Sur un air peu rythmé, les deux danseurs, tentent au mieux d’accompagner la musique du quatuor milanais. Au centre de la pièce, ils se concentrent sur leurs mouvements, ne sourient guère. D’autres couples se mettent alors debout et se lancent, ravis, sur des pas de danse. Les danseurs se gênent par manque de place, s’échangent de partenaires. Il est 22h30. Un mercredi soir au Caveau de la Huchette.

            Une ambiance agréable se dégage de ce lieu historique de Saint Michel. Le quatuor milanais joue ses morceaux de swing pendant de longues heures, au plus grand plaisir des amateurs de jazz.

            Ils sont quatre. Le plus âgé des musiciens, des cheveux blancs est à la guitare. Stan Caracciolo présente en français les autres membres du groupe, qui compte un batteur, un clarinettiste et un pianiste.

            Le groupe est venu tôt. Peu après l’heure du dîner, le quatuor répète déjà. Le guitariste demande à un jeune homme de les prendre en photo pendant le concert, si possible « avant que tout le monde commence à danser ». Il accepte volontiers, se déplace souvent devant la scène, durant le spectacle. Pour rendre service au groupe de jazz, réputé en Italie.

            Leur musique n’est jamais la même. Tantôt douce, tantôt rythmé, elle donne la possibilité aux danseurs de montrer leurs talents. Les différents morceaux commencent souvent sur une note de piano, qui précède le son de la batterie et de la clarinette. Le timbre de la guitare n’est pas dominant. Cela ne semble pas gêner les danseurs, qui pour la plupart d’entre eux ne s’offrent pas de répit. Un jeune homme, une casquette blanche sur son crâne rasé, enchaîne les chorégraphies, avec deux cavalières différentes. Il ne se repose plus. Elles sourient. Jusqu’au terme du concert, elles pourront s’amuser…

Milano Swingtet du 14/01 au 18/01

Caveau de la Huchette

5, rue de la Huchette 75005 Paris

M° Saint Michel ou Cité 01 43 26 65 05

 

13 décembre 2008

Citizen Kane, une leçon de cinéma

Publié par canarddeletang dans culture

Citizen Kane est devenu récemment le « plus beau film de tous les temps ». Pas vraiment une surprise : Orson Welles, décédé en 1985 nous a laissé un véritable chef-d’œuvre,  qui a servi de modèle pour de nombreux cinéastes.

[« Depuis 1949, tout ce qui compte dans le cinéma a été influencé par Citizen Kane ». Cet éloge émane de François Truffaut. C’est peut-être cela qui a inspiré un jury, composé de soixante-dix-huit spécialistes du septième art. Ces « professionnels de la profession », pour reprendre une expression de Jean-Luc Godard s’étaient réunis dans le but de classer les cent plus beaux films de tous les temps. Le premier film de l’Américain Orson Welles, réalisé en 1941 est arrivé en tête, avec  48 voix.

[Eric Neuhoff du Figaro n’est pas surpris. Bien au contraire. « Orson Welles a tout inventé », écrit-il, le 18/11/08. D’ailleurs, les membres du jury sont tous d’accord. Citizen Kane est un chef d’œuvre, « un film immense », le « plus grand et le plus intelligent » depuis l’invention du cinéma. Certains estiment que regarder ce film est toujours une partie de plaisir car à chaque fois, « quelque chose de nouveau est découvert ».

[Ce qui plaît ? Le film pose des questions d’actualité, comme la notoriété, la vie privée d’un homme public, le rapport entre la presse et le monde politique. Orson Welles nous offre d’ailleurs une réflexion sur le travail du journaliste.

Dire la vérité : un principe

[Le personnage principal, Charles Foster Kane, joué par le réalisateur américain, est un « magnat » de presse. Il possède une radio, trente-sept journaux, notamment the Inquirer, qu’il souhaite moderniser. Son principe ? Dire la vérité, toujours la vérité. Le personnage, visiblement passionné, s’installe même dans les bureaux du journal, pour y vivre, jour et nuit. Il voit peu sa première femme, la nièce du président.

[Kane fait aussi de la politique. Aimé ou détesté, on le dit parfois communiste,  parfois fasciste. Aucune importance, selon lui : il se considère d’abord comme un Américain. Le patriotisme, avant les couleurs politiques ? Ce discours est resté dans l’air du temps, de l’autre côté de l’Atlantique, jusqu’à aujourd’hui. Barack Obama ne disait pas autre chose, pendant sa campagne présidentielle.

[Une anecdote assez amusante montre combien la quête de la notoriété est omniprésente chez Charles Foster Kane. Sa deuxième femme est chanteuse. Lors d’un flash-back, le spectateur apprend qu’il l’obligeait à prendre des cours de chant, pour s’améliorer. Et afin qu’elle devienne une diva.  Depuis son canard, il ne cesse de l’encourager à poursuivre sa carrière de « star » dans les états d’Amérique.

[Le film commence par la mort de Charles Kane. La caméra s’est faufilée au sein de sa demeure, malgré le panneau qui interdit tout passage, sur la porte d’entrée. Ainsi, le spectateur assiste en direct au décès du vieil homme. Afin de « chercher l’information », la caméra du cinéaste franchit une barrière. Un exemple à suivre ? Orson Welles voulait-il nous montrer qu’un journaliste peut aller à l’encontre de la loi pour « la vérité » ?

Le flash-back, une première

[Avant de s’éteindre, Kane prononce étrangement le mot « Rosebud » (bouton de rose). Pourquoi ? Un journaliste, Thompson, enquête, tel un commissaire son crime, et  retrace la vie du défunt. Il rencontre quelques proches de Kane, cherche à le cerner depuis son plus jeune âge. Une première pour le grand écran, Orson Welles ajoute des flash-back, utiles à la compréhension de la vie du « héros ».

 [Est-ce à dire qu’Orson Welles a montré le chemin pour ses successeurs ? Depuis les années 40, on ne compte plus les metteurs en scènes qui ont retenu la leçon, utilisant ce procédé. Déterrer le passé pour analyser le présent : le but du jeu des historiens, des psychothérapeutes, et d’une certaine manière des journalistes.

[François Truffaut  ne s’était pas trompé. Le cinéma doit beaucoup à Citizen Kane.

29 novembre 2008

Suspens…

Publié par canarddeletang dans billet d'humeur, culture, international

Le Canard du 5 novembre 2008

Après la victoire « éclatante » de Barack Obama, le 4 novembre dernier, les relations entre la France et les USA vont-elles évoluer dans le domaine culturel ?

Il a toujours été difficile de concilier « exception française » et habitude régulière des Etats-Unis de vouloir exporter ses idéaux et ses produits artistiques comme s’ils étaient les meilleurs…

On parle souvent d’une domination historique du cinéma de l’Amérique, de Hollywood pour sa qualité et la célébrité de ses acteurs. Curieusement, la production de films indiens est plus importante. Par ailleurs, les acteurs français prennent de plus en plus le chemin de Los Angeles, afin de tourner avec leurs collègues américains. Marion Cotillard, qui a débuté sa carrière avec la série populaire des Taxi a même été récompensée par un Oscar, récemment. Pour une femme, qui parle anglais avec un accent « so frenchie », c’est fort…

Woody Allen faisait part de sa volonté de tourner en France, après son périple de Londres et Barcelone. Reviendra t-il dans son jardin de New York City ? Le cinéaste sera-t-il bientôt de retour aux Etats-Unis ?

Michael Moore estimait qu’un président « intelligent » à la Maison Blanche changerait beaucoup. L’élection va-t-elle modifier son style, et sa façon de faire du cinéma ? Restera t-il toujours aussi « mordant », comme à l’accoutumée ? 

En littérature, le « retour au pays » de l’écrivain Douglas Kennedy (aux USA) est-il programmé ? « J’ai désormais une maison dans le Maine et j’ai réinscrit l’Amérique dans ma vie », explique t-il, fier du résultat de la présidentielle.

L’auteur de l’Homme qui voulait vivre sa vie et la femme du Ve (l’histoire se déroule à Paris) va-t-il recommencer à écrire sur des villes américaines, comme il aimait le faire, jadis ?

Des questions qui restent sans réponses. Pour l’instant, en tout cas…

LIVRY SUR SEINE |
Le blog des idées non-reçue... |
MoDem de l'Ariège |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Bernard Ramond - Pour que v...
| la republique c'est l'arrac...
| UNI ...