le Canard de l’Etang

3 mars 2011

Sondages: gouvernement et sondeurs la main sur le frein

Article publié sur Marianne 2

Le Sénat a voté à l’unanimité une proposition de loi sur les sondages politiques. Mais le texte est à la fois peu apprécié par le gouvernement et par les sondeurs. L’Assemblée nationale va-t-elle s’emparer de cette proposition de loi et la porter jusqu’au bout ?

 



Hugues Portelli, sénateur UMP - capture d'écran- Dailymotion - UMP
Hugues Portelli, sénateur UMP – capture d’écran- Dailymotion – UMP

 

Rendre la production et la publication de sondages plus transparentes, une noble cause ? La proposition de loi, chère à Hugues Portelli (UMP) et Jean-pierre Sueur (PS), et votée, lundi 14 février, à l’unanimité au Sénat, pose des questions légitimes : « Elle part d’un bon sentiment », estime Stéphane Rozès – directeur de l’agence de conseil, CAP -, interrogé par Marianne 2. « Il fallait faire quelque chose » pour améliorer le texte datant de 1977 à propos de l’encadrement des sondages politiques.

Mais c’est quoi, un sondage ? Les sénateurs apportent dans leur proposition de loi une définition plus précise et Stéphane Rozès, ancien dirigeant de l’institut de sondage CSA, n’y voit aucun inconvénient. La presse publie souvent, en effet, le résultat de « consultations diverses non représentatives » (qui se distinguent, donc, des sondages).

Stéphane Rozès rejoint aussi les rédacteurs du texte qui proposent de réformer la commission des sondages et de renforcer ses prérogatives. Elle est actuellement composée de neuf magistrats et de deux « experts » en sciences politiques, en droit public et en mathématiques. Il s’agirait d’équilibrer la balance des deux « groupes » (6+5 au lieu de 9+2 à l’origine).

La commission des sondages « n’est pas inerte », se plaint Jérôme Sainte-Marie, directeur général adjoint de CSA. « Elle vérifie que les sondeurs appliquent bien les règles mais ne vérifie pas la vérité publiée », tient-il à préciser.

« Je suis pour qu’il y ait, également, des représentants de la droite et de la gauche », avance Stéphane Rozès. Qui prône, au passage, pour que la commission des sondages recueille l’ensemble des questions posées par les instituts de sondage de telle manière à ce que le journal, client d’un sondage, ne puisse pas oublier de passer une interrogation dans ses colonnes ou procéder à un tri opportun. « Il serait bon, par ailleurs, que chacun puisse savoir pourquoi un commanditaire a choisi tel ou tel institut et pourquoi », recommande l’ancien sondeur.

Mais son accord s’arrête là. Car les sénateurs, des « non-spécialistes, mal conseillés », croit-il savoir, « n’apportent pas les bonnes réponses ». L’ancien patron de l’institut de sondage rejoint l’avis du… gouvernement, représenté, lors du vote à la chambre haute, par Patrick Ollier. Le ministre des Relations avec le parlement salue certes « le bon travail et les bonnes intentions » des sénateurs chargés d’élaborer le texte. En revanche, ce dernier trouve les solutions proposées « inapplicables ».

Stéphane Rozès botte en touche : « Je ne m’exprime qu’en tant qu’ancien dirigeant d’un institut de sondage ». Et c’est comme ex-patron du département politique – opinion de CSA, fonction qu’il a occupé pendant plus d’une décennie, qu’il tape sur la proposition de loi.

« Le législateur n’a pas à dire comment une profession doit travailler »

Stéphane Rozès - capture d'écran - Dailymotion - France Info

Stéphane Rozès – capture d’écran – Dailymotion – France Info

D’abord sur la publication des résultats. Les sénateurs souhaitent que les journaux puissent passer les résultats bruts avant redressement, question de transparence et « moralisation du débat public » – d’après les dires du rapporteur du texte, Jean-Pierre Sueur. Stéphane Rozès prend l’exemple des intentions de vote – minorées – du FN pour illustrer son opposition : « Quand les sondés répondent le FN à 5 %, au final, le chiffre peut monter à 12%. » Un écart facile à comprendre : les sympathisants du parti d’extrême-droite n’ont pas forcément envie de dire pour qui ils veulent voter. « C’est au sondeur, en fonction d’indicateurs variés – attitude lors des précédents scrutins, par exemple -, de se rapprocher au plus près de la réalité », explique-t-il. Le résultat brut « n’aurait donc aucun intérêt aux yeux des électeurs » selon Jérôme Sainte-Marie. Cela représente presque, glisse Stephane Rozès, une désinformation. Frédéric Dabi (Ifop) parle, lui, de « secrets de fabrication » que les instituts n’ont pas à dévoiler.

Second souci, pointé du doigt par Jérôme Sainte-Marie : les marges d’erreur que les instituts ne doivent guère publier : « Les sondages, imparfaits, ne sont pas une science exacte. Plutôt un outil performant, un miroir pour bien comprendre notre société », confie-t-il.

Autre problème – et non des moindres – aux yeux de Stéphane Rozès : l’origine du client. « L’organigramme de sondage doit préciser le nom et la qualité de l’acheteur s’il est différent du commanditaire », peut-on lire sur la proposition de loi. « Il s’agit d’un retour en arrière car le commanditaire est forcément le client, celui qui paie », s’exclame Stéphane Rozès. Et de toute manière, tacle Jérôme Sainte-Marie, « les instituts publient déjà le nom du commanditaire… »

« Le scientifique se doit de montrer comment il a travaillé, ça ne doit pas être tabou », réplique Jean-Pierre Sieur. Réponse du berger à la bergère, en signe de conclusion, du côté de l’ex-sondeur, Stéphane Rozès : « Le législateur n’a pas à dire comment une profession doit travailler. » Il souhaite que la loi ne passe pas.

Or, Jérôme Sainte-Marie est persuadé, lui, que « la loi passera ». Le sondeur de CSA réfléchit d’ailleurs aux raisons qui ont poussé les sénateurs à se prononcer en masse pour la proposition de loi : « Les sondeurs ont une mauvaise réputation, un côté manipulateur. » Chez les législateurs, on évoque les vertus de la transparence… ce qui fait bien rire le directeur général adjoint de CSA : « Et si on demandait aux journalistes de donner leurs sources ou aux médecins le nom de leurs patients… Trop de transparence, jure Jérôme Sainte-Marie, tue la transparence. »

Le gouvernement, lui, s’oppose aux propositions. Celui-ci fera tout pour retarder le passage du texte à l’Assemblée, au grand dam du sénateur Sueur, rapporteur du texte.

Alors à quand un débat et un vote à la Chambre basse ? « Le plus vite possible, espère le sénateur du Loiret. Avant la présidentielle, en juin prochain, suggère-t-il. Ce serait suspect et absurde que l’Assemblée nationale n’inscrive pas le texte à l’ordre du jour alors que les sénateurs, de toutes les obédiences, ont voté à l’unanimité. »

Mais le gouvernement freine des quatre fers à travers la voix de Patrick Ollier, qui a évoqué au Palais du Luxembourg, outre l’éventuelle inapplicabilité du texte, l’inconstitutionnalité de la proposition de loi. « Étonnant, répond Jean-Pierre Sueur, nous avions interrogé le ministère de la Justice qui n’a jamais relevé de risque d’inconstitutionnalité. » Le gouvernement propose une nouvelle phase de discussions avec les sénateurs ? « La proposition de loi est publique depuis le 25 octobre dernier », rappelle le sénateur. Visiblement en colère. Mais pas suivi par les principaux intéressés, les sondeurs…

 

P.L

3 mars 2011

La cour des comptes dénonce le musée «fantôme» des sports

Article publié sur Marianne 2

Mais quel est donc ce musée national du sport? La Cour des comptes fustige dans son dernier rapport public annuel l’établissement labellisé musée de France : pas de local, pas d’installation permanente, aucune priorité. En un mot, un musée virtuel si peu visité…



Musée national du sport - capture d'écran - Dailymotion - sport 365

Musée national du sport – capture d’écran – Dailymotion – sport 365


Le musée du sport national, vous connaissez ? Avec 600 000 objets et documents, il possède l’une des plus importantes collections au monde portant sur l’histoire des sports. Toujours pas ? Pourtant, né en 1963 (!), il vise, selon le ministère des Sports auquel il est rattaché, à « faire découvrir l’éthique du sport, à montrer comment il est le reflet de notre société d’un point de vue historique, sociologique et anthropologique ». En un mot, il se veut le « musée de l’identité sportive ». Noble cause, non ?

Mais il reste méconnu du grand public. La Cour des comptes, dans son rapport annuel, rendu public le 17 février, utilise d’ailleurs le terme de « musée imaginaire » pour qualifier l’établissement public administratif et « musée de France » depuis 2004.  Imaginaire… Ou, plutôt, sans véritable local, ni galerie permanente ni installation. Domicilié au Parc des Princes à partir de 1979, il bénéficie à l’intérieur du stade parisien, de deux étages. Mais sa collection n’a été présentée de manière continue qu’entre 1988 et 1997. L’organisation du Mondial en France a eu raison de ce musée si précaire : les salles ont fermé à ce moment-là, faute d’espace.

Une partie des pièces a déménagé en juin 2008 dans le XIIIe arrondissement de Paris, boulevard de France, dans les locaux de la secrétaire d’État au Sport (Chantal Jouanno actuellement). Une « vitrine » – nom du pseudo-musée – qui n’expose que… 350 objets : 1200 m2, trois salles contiguës au premier étage avec une boutique au rez-de-chaussée. La « vitrine »,  aura coûté la bagatelle de 4.4 millions d’euros. L’enveloppe initiale ne prévoyait pourtant que… 3.5 millions. Le chantier avait, de surcroît, pris « des retards en cascade » selon les dires de la Cour des comptes.

A l’intérieur, des objets nécessaires à la pratique sportive, comme le gant de boxe de Marcel Cerdan ; des objets témoignant de l’organisation d’une compétition (affiches par exemple), mais aussi des œuvres artistiques, notamment  la prestigieuse coupe dite « Gravelotte » des premiers jeux d’Athènes en 1896. La « vitrine » se compose d’une galerie permanente, « Le sport s’expose », et d’expositions temporaires.

Or, le succès, en revanche, s’est fait attendre. Entre juin 2008 et septembre 2009, seuls 11 173 visiteurs ont pris la peine de passer l’entrée, une moyenne de… 50 personnes par jour. Et cela malgré un ticket d’accès bon marché : 4 euros au tarif plein et gratuité pour les mineurs. Au total, le musée a gagné, durant cette période, seulement 23 000 euros.

C’est bien connu, la quantité ne fait pas la qualité… sauf quand celle-ci manque aussi à l’appel. La Cour des comptes souligne « le champ muséologique très vaste », et met en lumière « l’absence de définition des priorités ». La preuve ? Le musée a mis en place un conseil scientifique et culturel consultatif en novembre 1991 pour « définir la stratégie d’enrichissement de la collection ». Mais il ne s’est réuni qu’une fois l’an entre 1992 et 1995 et aucune trace d’un quelconque compte rendu ultérieur… jusqu’à la métamorphose du musée en un établissement public en 2006 qui prévoit en principe un conseil d’administration en compagnie d’une instance scientifique (selon la loi sur « les musées de France »), saisie avant toute acquisition d’objets.

La Cour des comptes précise que ce musée « n’est pas parvenu à formuler une stratégie précise en matière d’enrichissement de la collection, sinon en se contentant de souligner la complexité de cette entreprise ». Un projet culturel et scientifique a été redéfini en novembre 2010. Mais il reste encore au ministère de la Culture de soumettre l’approbation. Le musée évolue certes, mais au pas d’escargot…

Le rapport fustige, par ailleurs, le manque d’engagement (« une attention limitée », écrivent les magistrats) du ministère des Sports qui alloue au musée un budget de 0.9 millions d’euros. Pendant longtemps, sa tutelle était « éclatée entre deux services du ministère (…) la direction des sports devait définir les orientations générales du musée » sans avoir à s’occuper de l’administratif et des finances. Cette dichotomie a cessé en 2008… Mais les problèmes ne se sont pas arrêtés pour autant : l’actuel directeur général (nommé conjointement par les ministres du Sport et de la Culture) n’a reçu une lettre de mission qu’onze mois après sa nomination. A cause de grèves à la Poste ?

Mais pas de panique : l’optimisme est de mise, la ministre des Sports, dans un droit de réponse publié par le rapport, évoque, pour le musée, « un nouveau cap dans son développement ». Un protocole d’accord a même été signé en mai 2010 entre le ministère du Sport, le musée et le maire de Nice pour que l’établissement s’installe dans la ville dirigée par Christian Estrosi à l’intérieur du prochain « grand stade » : une mise à disposition d’une surface de plus de 5000 m2. Mais la galerie dans le XIIIe arrondissement ne disparaît pas tout de suite : le ministère des Sports a signé un bail courant jusqu’à fin 2012… 

 

P.L

13 février 2011

Proposer l’interdiction du tabac pour créer le buzz ? Raté…

Article publié sur Marianne 

Ou comment se débrouiller pour qu’on parle (un peu) de vous dans les médias… Jacques Attali propose d’interdire le tabac en France. Une mesure controversée et peu reprise dans les médias.

 



Serge Gainsbourg - capture d'écran - Dailymotion - ina

Serge Gainsbourg – capture d’écran – Dailymotion – ina


La Finlande a voté, en automne 2010, l’interdiction du tabac à l’orée de l’année 2040 et les moins de 18 ans n’ont plus le droit de fumer. Jacques Attali propose, lui, de transposer cette mesure… en France, une magnifique martingale pour désendetter l’Etat.

Car, il faut le dire – et Attali s’y colle -, la cigarette, c’est bien pire que le terrible Mediator. Il n’y qu’à voir les statistiques que l’ex-conseiller de Mitterrand s’empresse de noter : « Personne, absolument personne, ne se demande pourquoi on ne traite pas avec la même sévérité un produit totalement inutile, à la nocivité aujourd’hui avérée, consommé chaque jour par 1,3 milliard de personnes dans le monde et qui fait chaque année 5 millions de morts, soit plus que le sida et le paludisme réunis. » Le médicament conçu par Servier, n’aurait, en revanche, causé qu’entre 500 et 2000 morts… Or, critiqué par le monde médical, il avait pris l’eau voilà deux ans.

Le (très) libéral socialiste souligne certes que des mesures ont été prises pour « réduire l’usage » du tabac dans l’espace public. Il évoque certes le prix d’un paquet de clopes qui grimpe de manière régulière. Mais simplement pour tacler les producteurs de cigarettes : « La hausse (…) ne fait qu’augmenter les profits des compagnies et les revenus des États, coupables de complicité d’empoisonnement. » Mais les faits sont là : les Français fument beaucoup (« 25% » d’entre eux), y compris les jeunes, et surtout les femmes, comme le rappelle, à juste titre, Jacques Attali.

Au-delà du danger lié à la consommation du tabac, cette mesure aurait des effets néfastes. N’en déplaise à l’écrivain Attali qui sous-estime les nombreuses conséquences : « On remettrait en cause quelques emplois », souligne-t-il. Seulement quelques-uns? « Les États perdraient quelques recettes ; on encouragerait pour un temps le marché noir (déjà important ) ; on devrait faire quelques dépenses pour désintoxiquer ceux qui le sont. »

L’idée saugrenue, forcément, dérange du côté des principaux intéressés :  les buralistes, par la voix de leur patron, Pascal Montredon (à la tête de la confédération des buralistes), se montrent « abasourdis » et parlent de « propos totalitaires ».

« On gagnerait tant en qualité et en espérance de vie que le bilan, même économique, serait évidemment partout positif », martèle l’économiste Jacques Attali. « Pourquoi pas supprimer le soleil qui provoque chaque jour des cancers de la peau ? », ironise Yves Trévilly, porte-parole de British American Tobacco France.

Pas de panique : l’économiste, qui a planché pour Nicolas Sarkozy sur la croissance en 2008, n’avait pas été repris à 100%. Loin de là : les propositions de la commission du docteur Attali – dont celle sur la libéralisation des taxis – avait été peu suivies…

Et, de toute manière, son idée ne fait guère la « une » de la presse, ce matin : pas une ligne dans La Tribune, Le Figaro ou Les Échos ; ni sur les sites d’information comme Mediapart, Rue89 et Slate.fr (site cofondé par Jacques Attali). Rien qu’une brève dans La Croix, L’Humanité, Le Parisien, Libération. Et un petit article dans les colonnes de France Soir. Pas vraiment un succès…

7 février 2011

Divergences entre amis socialistes et écolos

On le sait, il en faut peu pour que des membres d’une famille politique se divisent : une actualité et, hop,  l’analyse diverge.

 Même s’il ne pèse plus grand-chose dans la vie politique, même si l’heure de cet amoureux des montres est passée, ses déclarations de la semaine dernière ont fait (un peu) de bruit : d’abord, Julien Dray, simple député de l’Essonne, s’est moqué des gentils conseils d’ami que tous les socialistes adressent ces temps-ci à Jean-Luc Mélenchon – soit de calmer ses critiques envers leur préféré (?) Strauss-Kahn.

Oui, suggère Julien Dray, on peut écouter le président du Parti de gauche, candidat à la présidentielle.

Le député socialiste ne demande, par ailleurs, pas la démission de Michèle Alliot-Marie. Ou, du moins, pas avec autant de fougue, que ses compères de parti, tels Ayrault et Hamon.

 Les socialistes n’ont pas le monopole du « débat interne »  à gauche. Ça chamaille aussi chez les écolos. La juge Joly, qui presse son concurrent Hulot à « se décider » (comme Yannick Jadot, eurodéputé vert), évoque le soutien de Dany Cohn Bendit à sa candidature pour 2012. Ce dernier, pourtant, n’a jamais caché qu’il envisageait aussi qu’« Europe-Écologie » ne présente… personne à la présidentielle. En échange, toutefois, d’un accord en vue des prochaines législatives avec les socialistes. Et là, le trublion de Mai 68, pour éviter un nouveau 21 avril, invite le candidat des verts à reculer au profit de son homologue-candidat socialiste si les sondages indiquent, à trois mois du scrutin national, que le Front national pourrait passer le second tour de la présidentielle.

 Autre source d’embarras pour les Ecolos : Borloo et NKM. Éva Joly tacle autant Marine Le Pen que l’ancien ministre de l’Ecologie. Problème, Jean-Vincent Placé, bras-droit de Cécile Duflot, qui, certes, tape sur la loi « Grenelle 2 », chantonne des mots doux pour qualifier la première partie du texte issu du grenelle de l’environnement… avant d’encenser Nathalie Kosciusko-Morizet, la « Ségolène de 2017 »…

7 février 2011

Web-séries :s’engager pour se faire connaître

Article publié dans Marianne

On ne compte plus les Web-séries sur la Toile, des productions souvent auto-financées avec de jeunes comédiens. L’idée ? Se faire connaître et partager sa passion. Mais pas seulement : il s’agit aussi de transmettre certains messages. Souvent d’ordre écologique.



Dessin - Louison

Dessin – Louison

Les séries ne se regardent plus qu’à la télévision. On peut les suivre sur le Net, où elles sont diffusées à outrance. Le nombre de visionnages et leur popularité grimpent en flèche. Parmi ces feuilletons, certaines surfent sur la vague écolo. Et traitent de développement durable, sujet à la mode par les temps qui courent.

Chacun son format (des épisodes de 2 à 10 minutes, en général), chacun son ton. Quelques séries défendent leurs idées par l’humour au premier degré, en particulier grâce à l’effet de blagues – pas toujours réussies – qui se succèdent. C’est le cas de Planète Bureau, une série qui vise à sensibiliser les entreprises aux éco-gestes. Elle est née d’une collaboration entre une agence de communication engagée, ICOM, et une troupe de théâtre, La compagnie du 4. Trois volets ont déjà été diffusés avec un thème par épisode.

D’abord, le covoiturage, décrit comme une manière « conviviale » de se déplacer qui permet une économie d’essence et d’accident de la route, rappelle l’une des personnages féminins. Peu dupe, toutefois. Ce mode de transports resterait peu populaire, regrette-t-elle, faussement affectée. Celle-ci n’arrive pas à « convaincre ses collègues ».

La série se penche aussi sur le gaspillage de papier et des bouteilles en plastique. Et là non plus, la protagoniste peine à responsabiliser les membres de sa boîte. Exemple, l’un des personnages, sceptique, ne veut pas changer ses habitudes et passer à l’eau du robinet… car il préfère l’eau gazeuse.

Pathétique ? Ridicule ? Un peu…   Bienvenue au pays des « Bisounours » !


Épisode 1 : « co-voiturage… ô désespoir »
envoyé par Planete-Bureau. – Gag, sketch et parodie humouristique en video.

 

De ce feuilleton au ton comique, un brin raté, un brin tordu, on passe au sombre univers de la Web-série The Coat, une fiction née en 2007 (9 épisodes diffusés), qui dresse le tableau d’un monde, ravagé par une explosion et sans humanité. Une vision d’un futur possible ? « Nous voulions montrer ce que pourrait devenir la terre si on ne fait rien aujourd’hui », explique l’un des trois créateurs, Mathieu Caillière. Le metteur en scène et acteur principal pointe les dangers « du réchauffement climatique, de la montée des eaux, de la fonte des glaciers ». A la naissance de ce projet, en 2007 – « à une époque où l’on ne parlait pas beaucoup d’écologie » -, il travaillait dans le domaine du développement durable.

Et lui, aussi, a toujours voulu sensibiliser. « Éteindre la lumière, fermer le robinet », ça reste important, ce sont des gestes utiles. Mais, promis, pas d’approche moralisatrice dans la série. Vraiment ? Ne joue-t-elle pas sur nos peurs ? Sur un certain catastrophisme ambiant ?

Elle débute par le réveil du protagoniste. Seul, il découvre un monde… différent et décoiffant. Au départ, peu d’action et beaucoup de lenteur. Puis, au fil des épisodes, tout s’accélère. Le héros croise des survivants… craintifs, anxieux. Ce qui révèle « une insécurité, un retour au côté primitif de l’homme », comme l’explique Mathieu Caillière. Qui évoque ensuite la quête du personnage qu’il interprète : rejoindre une terre d’espoir, la seule poche d’humanité encore existante : Babylone. « C’est la cité du mystère, l’éden de l’espoir », sourit le metteur en scène.


The Coat – Bande-Annonce 01
envoyé par Seb-PJ. – Regardez des web séries et des films.

 


Le futur, d’autres web-séries en parlent aussi. Exemple : Le Visiteur du Futur, un feuilleton qui évoque le sauvetage de la planète (« sauver le monde ») sur un ton plus léger. Mais ce n’était guère l’idée de départ : « J’ai d’abord créer quelque chose qui n’existait pas à la télévision, une science-fiction humoristique », raconte le créateur et scénariste de la série, François Descraques. La première saison propose, au début, quelques épisodes à histoire bouclée : « Des sketchs » indépendants et « facile à réaliser ».



Le visiteur du futur EPISODE 1
envoyé par FrancoisDescraques. – Cliquez pour voir plus de vidéos marrantes.

 

Mais comme la série, qui « vise un public large », fonctionne bien, le créateur a « changé la formule » en cours de route. Et écrit une intrique sur du plus long cours. Les épisodes de la saison 2 (l’épisode 7 vient d’être diffusé) durent plus longtemps – dix minutes environ -, sont « plus pertinents » et reliés les uns aux autres. Il s’agissait dorénavant, pour le créateur, de « montrer ce que c’est de vouloir transformer le monde, ce que cela peut impliquer dans la vie de tout les jours. Les gens n’ont pas tous envie, y compris moi, confie François Descraques, de changer leurs habitudes et faire des sacrifices pour le bien de la planète. »

Et il s’emploie à illustrer son propos à l’écran par l’absurde. Le visiteur du futur recommande par exemple de ne pas manger de sandwichs, de ne proposer aucun rendez-vous galant à une fille, de n’acheter aucune bouteille de lait, mais encore de ne pas se rendre à une boulangerie. Des actions qui, selon le visiteur du futur, conduiraient à la catastrophe dans un temps éloigné du présent.

Mais on en a tous cure, croit savoir François Descraques : « Personne ne veut renoncer à son bonheur, à son plaisir, excepté, peut-être, des moines bouddhistes », sourit-il.

Tous égoïstes ?

03 Nicolas Sarkozy 1er : pour une nouvelle taxe carbonne !
envoyé par lesmiettesTV. – Cliquez pour voir plus de vidéos marrantes.


Cette série SF, un brin délirante, un brin philosophique, n’a, en fait, rien de politique. Au contraire de « La quête sans Fin », une production presque théâtrale qui met en scène une époque médiévale avec, entre autres, deux protagonistes, le preux chevalier Nicolas 1er et la fée Golène… Qui font référence, bien sûr, à l’actuel chef d’État et à la candidate socialiste à la présidentielle de 2007. Les deux créateurs – et acteurs, au passage  -, Jonathan et Isabelle Meli, ne veulent pas s’arrêter en si bon chemin : ils prévoient de créer un nouveau personnage pour une saison 2 : « Une femme qui vole aux étrangers pour rendre aux Français », allusion non masquée à Marine Le Pen, qui vient d’être « adoubée » présidente du FN.


« Une taxe contre tout sujet qui salit la nature»

« Il est possible de dresser un parallèle entre l’époque actuelle et le Moyen-Âge », explique Jonathan Meli. Avec une préférence : l’utilisation d’un ton léger, comique, caricatural et démagogique pour traiter « de sujets marronniers qui reviennent à intervalle régulière dans les médias ». Y compris, donc, l’écologie, thème central du troisième épisode (sur 9 déjà en ligne) : « A l’époque, on parlait beaucoup de la taxe carbone. On s’en est servi pour l’histoire : Nicolas 1er décide d’instaurer un impôt pour tout sujet qui salit la nature. » Ou comment inventer une taxe populaire…

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que ce couple parle d’écologie. Dans une précédente Web-série, Un jour de plus, aujourd’hui défunte, les deux avaient évoqué, le temps d’un épisode, les animaux en voix de disparition et ces « hommes pollueurs et méchants ».

« Ce qu’on recherche, c’est de faire réfléchir les gens », conclut Jonathan Meli, apôtre d’une « éducation populaire ». Mais non prise de tête.

Décidément, la vague verte n’a pas fini de se déployer…

7 février 2011

Mouvements de jeunes des partis politiques : pourquoi faire ?

 

Article publié dans Marianne

A quoi sert vraiment un mouvement de jeunes ? Marianne a posé la question à des responsables de petits mouvements de jeunes. Porter la voix des aînés à outrance, se chercher d’éventuels nouveaux électeurs… Marquer sa différence ? A peine…

 

Louison

 

 

Dessin : Louison

 

 

« Quand je ne suis pas d’accord avec François (Bayrou), je lui dis, confie François-Xavier Pénicaud. Et il écoute. » Pour illustrer son propos, le président des Jeunes Démocrates cite le mouvement des retraites à l’automne dernier. Selon lui, le troisième homme de la présidentielle de 2007 ne comprenait pas pourquoi les jeunes descendaient dans la rue et il avait voulu lui expliquer que ces jeunes avaient battu le pavé pour une bonne raison : « Ils manifestent une inquiétude quant à leur insertion professionnelle », avait-il défendu à l’époque.

Le premier rôle serait-il alors de taper sur les chefs? Tous, peu importe les obédiences, insistent sur la présence d’un débat interne à la famille politique. Quitte à reconnaître des désaccords entre deux générations d’une même structure… Il faut pouvoir exister.


Au diapason et s’opposer pour s’opposer

 

(François-Xavier Pénicaud - photo : Charles Cadiet - cc)

(François-Xavier Pénicaud – photo : Charles Cadiet – cc)

 

 

D’abord, qui dit plus jeune, dit aussi plus ouvert sur des questions sociétales. Les Jeunes démocrates veulent se différencier du MoDem sur « l’homosexualité et l’euthanasie », jure François-Xavier Pénicaud, bénévole du MoDem. Les jeunes pour la France, eux, disent se distinguer « sur des mesurettes », comme lors du débat sur le travail du dimanche : Christophe Bentz, leur président – salarié -, était « pour », son parti contre.

Mais pas seulement : ils prétendent ne pas avoir toujours les  « mêmes analyses politiques », croit savoir Christophe Bentz… Son homologue des Radicaux de Gauche, Sandra-Élise Revieriego, abonde en ce sens et donne un exemple récent : « Lorsque Jean-Michel Baylet a évoqué dans une tribune la possibilité d’un Front républicain avec le Parti radical valoisien de Jean-Louis Borloo, nous lui avons exprimé notre désaccord. » La jeune femme, pas rémunérée par son parti, mais salariée dans une agence de communication publique, précise : « Le problème ? Le parti de Jean-Louis Borloo est intégré à l’UMP. »

Mais a-t-elle une chance de se faire écouter ? Pas sûr… Mais peu importe, finalement. Les beaux discours suffisent : « Les Jeunes démocrates portent la voix de la jeunesse auprès du MoDem et la voix du MoDem à la jeunesse », murmure François-Xavier Pénicaud. Sandra-Elise Reviriego parle des Jeunes Radicaux comme d’une « force de négociation et de proposition », pour les aînés du parti. Et Isabelle Ignace des Jeunes Solidaires d’avancer l’idée d’une « plus-value considérable » provenant de ces militants dans la fleur de l’âge.

Alors, s’opposer pour s’opposer ? Un peu… Car, au final, « ils restent de la même famille que leurs aînés, avec une doctrine, un projet et des valeurs communes », comme l’admet le Secrétaire général des Jeunes Communistes, Pierric Annoot. Et, « à 99% », les Jeunes démocrates ont les mêmes idées que François Bayrou. Christophe Bentz résume : « Il s’agit d’une entité dirigée par un seul chef. »

D’ailleurs, c’est la direction du parti qui, parfois, nomme les pions. Au MPF, par exemple. Une élection démocratique pour élire le responsable ? « Cela ne marcherait que difficilement », botte-t-il en touche. Avant de se justifier, le sourire aux lèvres : « Je n’ai tué aucun concurrent, je connaissais presque tout le monde au sein de la formation, toute la pyramide hiérarchique, j’étais le second de mon prédécesseur.» Ainsi Christophe Bentz a-t-il été nommé pour sa proximité au mouvement de Philippe de Villiers. Et au mérite…


des jeunes… soumis

 

 

 

(Sandra-Elise Reviriego - photo : JRG - cc)

(Sandra-Elise Reviriego – photo : JRG – cc)

 

 

Les mouvements de jeunes se soumettent à la parole du grand manitou. Une mission, finalement, assez facile. Sur leur site, les Jeunes radicaux de gauche indiquent : « Notre désir de diffuser le radicalisme et de contribuer à son renouvellement et à sa pérennité ne peut être effectué que dans le cadre du Parti Radical de Gauche et à son profit. » Tout est dit…

Pierric Annoot, du Mouvement des Jeunes Communistes (MJC), résume assez bien cet état d’esprit : « Quand on entend Benjamin Lancar, président des Jeunes populaires, on a l’impression que Sarkozy est un dieu. » Aucune critique ne serait la bienvenue, tout est bien, tout est beau au gouvernement : message reçu cinq sur cinq.

Et du côté de l’extrême-droite, « le FNJ a toujours été soumis à l’autorité de Jean-Marie Le Pen », confie David Rachline, l’ex-président du mouvement. Ce qui laisse comprendre pourquoi l’autorité a facilement glissé du père vers la fille, à un tel point que « vingt des vingt-deux secrétaires régionaux du FNJ sont « marinistes » », comme il nous l’avait expliqué juste avant l’élection de Marine Le Pen à la tête du FN.

Un soutien… qui n’a guère payé ? Rachline, qui a « toujours nié » que son marinisme lui permettrait de « bouger dans l’organigramme » a été débarqué de la tête de l’organisation de jeunesse, pour devenir – quand même – secrétaire national… à la communication numérique.

S’ils ne peuvent s’opposer dans le champ des idées, il reste peut-être l’autonomie administrative comme gage d’indépendance. Une pirouette utilisée par les Jeunes communistes, qui « choisissent seul leur direction et leurs orientations politiques » – selon Pierric Annoot : « Nous sommes indépendants » du parti dirigé par Pierre Laurent. « 50 % de nos militants ne sont pas encartés au PCF, les adhérents ne sont pas obligés de cotiser pour les deux formations », glisse le jeune homme, salarié du mouvement, qui a, lui, choisi d’avoir les deux cartes. Pour donner l’exemple ?

 

des jeunes… peu nombreux

 

 

(capture d'écran Dailymotion de Pierric Annoot - MJCF - cc)

(capture d’écran Dailymotion de Pierric Annoot – MJCF – cc)

 

 

D’autres mouvements de jeunes ne peuvent, par exemple, gérer seuls leur budget : Christophe Bentz le dit sans envergure : « Selon les années, on peut recevoir entre 15 000 et 20 000 euros. » Cela dépend donc…

Les plus aisés parmi les mouvements de jeunes ? Les Jeunes communistes ont droit à un budget de… 500 000 euros. Ce qui peut paraître logique quand on sait que le PCF se hisse au troisième rang des forces politiques les plus riches de France (selon les chiffres du rapport 2009 de la Commission nationale des comptes de campagnes et des financements politiques). Une richesse – au passage – paradoxale pour un parti qui dispose certes d’une belle assise d’élus locaux, mais qui semble en voie d’extinction lors des échéances nationales…

Par ailleurs, les Jeunes communistes, mouvement né en 1920, ne forment pas le mouvement le plus important. Si podium il y avait, la formation monterait sur la deuxième marche : on compte 12 000 adhérents à la JC, soit plus qu’au MJS (5 500 personnes pour le mouvement socialiste apparu en 1993), mais moins que les Jeunes UMP, un mouvement né en… 2002 et regroupant 30 000 âmes.

Les Jeunes démocrates, qui peuvent compter sur un budget de 36 000 euros, sont, eux, 7000. Mais toute personne de moins 33 ans, qui s’inscrit au MoDem, entre automatiquement dans la liste des adhérents des J-Dem (et vice et versa). Un moyen, peut-être, de gonfler leurs chiffres ? Car il faut bien le rappeler, les Français affiliés aux sections jeunes des partis politique ne sont pas si nombreux : 65 000 têtes.

Et la proportion entre jeunes et ainés au sein d’une même famille politique varient selon les formations. Seulement 850 membres des Jeunes radicaux de gauche pour environ 10 000 au sein du PRG (8.5%). Mais 3 000 chez les Jeunes pour la France pour 17 000 au MPF (soit 17.6% de jeunes dans l’ensemble).

 

A la recherche de l’électeur jeune et perdu, les mouvements aiment se retrouver

 

 

(Christophe Bentz - photo : Antoine Lascaut - cc)

 

 

Alors, pourquoi, diable, y a-t-il des mouvements de jeunes ? « On ne s’adresse pas de la même manière aux jeunes, on ne perçoit pas les choses de la même manière », explique Christophe Bentz. Les jeunes, croit-il savoir, aiment se retrouver en réunions, en soirées, car c’est « sympathique », concède le président des JPF.

 

(Christophe Bentz – photo : Antoine Lascaut – cc)


Et certains éditoriaux – « destinés aux Jeunes » – figurent ainsi (et uniquement) sur leur site. Mais « cela m’arrive d’écrire des communiqués qui seront aussi en « une » du site du MPF », glisse quand même Christophe Bentz. Les Jeunes Communistes ne publient pas non plus que des communiqués en direction de leur génération : « On lutte (aussi) contre l’emprisonnement des opposants politiques à travers le monde », martèle – sans rire – Pierric Annoot. Les formations de jeunes ne s’adressent donc pas seulement aux jeunes (à leurs ouailles)… Aux aînés aussi !

 

 

« Nous ne nous situons pas dans un carcan communautaire », se défend Christophe Bentz. Le président privilégie « le dialogue inter-générationnel entre l’expérience des aînés et l’activisme des jeunes, une génération qui tracte beaucoup dans les marchés. » De quoi faire taire les éventuelles accusations de jeunisme qui toucheraient ces mouvements : oui, les jeunes aiment leurs vieux…

La distribution des tracts n’a pas lieu seulement devant les étales ou à la sortie de métro : dans les lycées et à la fac, aussi, comme le font les jeunes anticapitalistes, non pas regroupés autour d’un mouvement ordinaire, mais au sein de plusieurs comités locaux informels auprès d’établissements scolaires (il y aurait entre 500 et 600 adhérents environ, gérés par « une quarantaine de secrétaires nationaux », glisse l’un d’eux, Jean-Baptiste Tondu).

Peu importe le nombre de jeunes adhérents, pourvu qu’il y ait du prosélytisme politique… Il faut tracter… pour attirer de futurs militants. Autrement dit, d’éventuels électeurs en vue des prochains scrutins. Et s’ils veulent draguer le plus gros parti de France, le groupe des abstentionnistes, il y a (encore) beaucoup de travail…

1 janvier 2011

Vœux des politiques : le blabla du 31 décembre

Hervé Morin a adressé ses voeux aux Français depuis sa cuisine le 31 décembre 2010.

Ils recommencent chaque année. Entre le 30 décembre et le jour du Nouvel An, les politiques adressent (presque) tous leurs vœux aux Français. Un message destiné à leurs électeurs, cette fois-ci, à deux ans de la présidentielle. Un exercice ludique et intéressé. Une communication finement préparée.

Il s’agit d’abord de se présenter comme le commun des mortels dans une période de crise. Hervé Morin, debout dans sa cuisine, débute son allocution par un mignon : je me trouve « dans le lieu que j’aime le plus ». Puis continue son récit, sans avoir peur d’en faire trop. Il assure aimer préparer les repas ainsi que le « bon vin ». Et alors que préfère-t-il? Le ballon de rouge ou le verre de blanc? On aimerait savoir…

François Bayrou, aussi filmé de chez lui, reste plus mesuré. De son bureau, derrière une bibliothèque, en petit pull, enfilé sur une cravate noire, il évoque les gens « dans le chagrin » puis les otages français, dont des journalistes. Fatigué, le patron du Mouvement démocrate se montre naturel et termine même par un joli sourire adressée à ses ouailles. Ceux qui lui ont envoyé des mots doux, des messages de soutien quand il a eu ce malaise, voilà quelques jours.

Les socialistes Martine Aubry et Ségolène Royal utilisent le même argument : la carte de la proximité avec les faibles, les ‘petites’ gens. Une pensée pour les pauvres, pour les « gens en difficulté » (dixit Ségolène Royal), voire les « malades » (Martine Aubry).

Nicolas Sarkozy, il faut bien le dire, en prend, lui, pour son grade. Ses opposants en appellent au rassemblement. A « la force du progrès, de la gauche, des Français qui veulent que ça change », confie la candidate socialiste de 2007. L’alternance, glisse-t-elle, « nous y parviendrons tous ensemble ». Comme c’est beau :  chaque Français devrait verser sa petite larme. Mais attendez, ce n’est pas tout : la Première secrétaire du PS propose de reconstruire, ne riez pas, une « France juste, forte et confiante ». Françaises, Français, sortez vos petits mouchoirs.

L’avenir, les centristes en parlent aussi. François Bayrou cite ses thèmes de prédilection : l’éducation, les emplois. Hervé Morin, son ancien bras droit mais désormais concurrent, préfère fixer ses priorités pour 2011. Partir « à la rencontre des Français » à l’occasion d’un tour de Gaulle. Et tracer la voie « du rassemblement » de la famille centriste, éclatée et divisée.

Morin, Villepin : même combat. Le meilleur ennemi de l’actuel chef de l’Etat, président de République solidaire, rend presque publique sa candidature pour 2012 avec un cultissime : « Vous pouvez comptez sur moi. » Ah oui?

De ces remue-ménage, le président de la République, distant et froid, n’en a cure : il angle son message traditionnel de fin d’année sur le Front National, ces partisans du retour des monnaies nationales : Nicolas Sarkozy soutient, explique-t-il, « l’euro » et … « François Fillon ». Comme si on en doutait encore.

Restent les cancres, ceux qui ne veulent tenter l’exercice de la vidéo. Cécile Duflot refuse de jouer le jeu, comme l’a rappelé TF1 au 20h du 31 : la patronne d’Europe-Ecologie-les Verts n’en verrait guère « l’utilité ». Fainéante, l’écolo?

Les communistes préfèrent, peu à tort, d’ailleurs, la comédie. Le parti, vieux briscard de 90 balais, présente une parodie du discours de Nicolas Sarkozy. Amusant ! (Au passage, la Une n’a pas voulu passer des extraits de cette vidéo dans son dernier journal télévisé de l’année 2010). 

Quant à leur encombrant ami du Parti de Gauche, le terrible Jean-Luc Mélenchon, il écrit ceci sur son blog : « D’aucuns sollicitent mes précieux souhaits pour l’avenir. A condition d’avoir le bon gout de les formuler en images. Une vidéo. Comme Bayrou, Villepin et ainsi de suite. Caramba ! Que n’y ai-je pensé ! J’aurais été beau comme un camion neuf devant son parking. « Mes chers compatriotes, jusque là vous deviez écouter le chef de l’état. Cela vous collait les boules si vous ne l’aimiez pas ou ça vous mettait en jambes pour les huitres si vous étiez de son bord. Dorénavant, vous devrez écouter aussi les hautes pensées et larges visées de tous ses concurrents d’hier et de demain, plus tous ceux qui se la pètent grave. Françaises, français, ayez pitié des ces malheureux, ils croient bien faire ! » Moi, j’écoute Sarkozy le soir du 31. Un point c’est tout ! Juste pour le boulot. »

Bonne année…

P.L

3 décembre 2010

Sous l’ombre des primaires écolo

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Les socialistes n’ont pas le monopole des primaires. La formation écologiste prépare, elle aussi, un vote de ses militants en vue de se trouver un candidat pour la présidentielle. Deux personnes ont déjà fait connaître leur envie de se présenter.

Une femme et un homme.

Une débutante en politique contre un habitué de ses arcanes.

Une ancienne magistrate face à un vieux briscard de l’écologie politique, aujourd’hui député de Paris.

Un membre du rassemblement Europe-Ecologie, cher à Daniel Cohn-Bendit, contre l’un des fondateurs des Verts.

C’est pourtant l’ex-juge d’instruction franco-norvégienne qui part favorite. Et non l’ancien député européen, autrefois membre du gouvernement Jospin.

Alors, forcément, ce dernier, moins médiatisé que sa concurrente, cherche à se faire entendre. En tapant sur les doigts de Cécile Duflot. La secrétaire nationale d’EELV ne serait pas assez « neutre », regrette-t-il dans une interview donnée au JDD. Car, depuis plusieurs semaines, la Première secrétaire fait part de sa préférence, sa « copine » Eva Joly. Devant les caméras et sur les ondes des radios.

Et cette attitude a le don d’agacer le candidat Yves Cochet. S’est-il aussi emporté quand il a eu vent du classement des plus gros penseurs de la planète qui accorde une jolie 32e place à sa patronne?

 

P.L

25 novembre 2010

République et Territoires

Chronique politique (semaine 3) sur A2P Radio

 

« Cette semaine, vous vouliez revenir sur l’actualité de l’ancien Premier-ministre, Jean-Pierre Raffarin, qui crée son propre mouvement au sein de l’UMP au Sénat…

 

 République et Territoires…Deux termes, deux notions apposées l’une à l’autre. Qui se rapportent presque à une thèse d’histoire ou à un sujet de philo au bac…  Comme si le sénateur Raffarin avait retrouvé au fond d’un tiroir la copie de l’étudiant Raffarin?

 

 Le titre du mouvement, en tout cas, met en lumière son appartenance au sénat, la chambre des représentants des collectivités locales, des maires de France…

 

 Le sénateur était déjà à la tête d’un club de réflexion « dialogue et initiative » avec  certains membres du gouvernement et d’autres caciques de la majorité….

 

 Oui c’est vrai…dialoguer, l’ancien premier ministre ne s’en prive pas depuis l’élection de Nicolas Sarkozy….

 

 Chaque semaine, il retrouve une trentaine de proches sénateurs…Pour discuter, critiquer… Un groupe qui a rencontré le président de la République mardi matin…Afin de lui faire part de son soutien…

 

 Mais sans cacher ses opinions, parfois divergentes…

 

 Vous n’aurez pas ma liberté de penser », aurait-il pu répliquer au chef de l’Etat…

 

 La taxe professionnelle réformée? Il tacle la mesure…

 

 La surenchère sécuritaire de l’été dernier? Il ne cautionne pas…

 

 Le maintien de François Fillon à Matignon? Il évoque sa préférence pour Jean-Louis Borloo..

 

 Une liberté de ton, c’est presque une habitude dans le cercle privé des anciens Premiers ministres de droite…

 

 Alain Juppé (avant son entrée au gouvernement en tant que ministre d’Etat de la Défense), Dominique de Villepin, Jean-Pierre Raffarin, la liste est longue…

 

 Chacun sa musique, chacun ses origines politiques…

Charles de Gaulle, Jacques Chirac pour Alain Juppé et Dominique de Villepin. VGE pour Jean-Pierre Raffarin, un ex-giscardien et ancien membre de l’UDF… Ce dernier représente la tendance libérale-centriste de l’UMP, mouvement qu’il a rejoint à ses débuts en 2002…

 

 Une mouvance déçue, humiliée selon certains, après le remaniement d’il y a 10 jours…

 

 Les centristes  du gouvernement précédent ont été remerciés…de Jean-Louis Borloo (qui vient de quitter  la vice-présidence de l’UMP) à Hervé Morin, de Marc-Philippe Daubresse à Valérie Létard…

 

 Et ils voient tous d’un mauvais œil le retour d’anciens RPR, tel Alain Juppé, François Baroin, MAM ou des sarkozystes pur jus, comme Frédéric Lefebvre…

Philippe Lesaffre

 

20 novembre 2010

Christophe Bentz : « Mon chemin de croix. »

Du simple militant au président (1/4)

 

A la tête des Jeunes pour la France (JPF), Christophe Bentz, 23 ans, évoque son parcours, ses relations avec ses aînés du mouvement pour la France (MPF), ses missions et les réseaux sociaux.

 

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Christophe Bentz, toujours en relation avec les militants du terrain. (Photo : Antoine Lascault)

 

Bien calé dans son bureau, avenue de la Motte-Picquet à Paris, Christophe Bentz évoque son parcours politique. Membre des Jeunes pour la France (JPF) depuis 2007, il se penche sur son « chemin de croix » qui l’a mené jusqu’à la tête du mouvement.  Simple militant au départ, il a gravi les échelons pour devenir, trois ans plus tard, président.

 Christophe Bentz : « Quand je suis entré au MPF en 2007. »

Christophe Bentz : « Les raisons de mon engagement. »

Christophe Bentz : « Mon chemin de croix. »

 « Il n’y a pas eu de concurrent », sourit-il.  Ou presque : « Je les ai tué », plaisante Christophe Bentz. Avant de préciser, la voix grave : « J’ai été nommé au mérite. » Secrétaire général de son prédécesseur, il « connaissai(t) tous les dossiers, tous les militants ».

 La blague de Christophe Bentz : « Les concurrents? Je les ai tous tué d’abord. »

Christophe Bentz : « J’ai été nommé au mérite. »

Christophe Bentz : « Les raisons qui ont poussé les chefs à me nommer. »

 Militant : un statut qu’il lui colle encore à la peau. « J’adore aller à la rencontre des Français, distribuer des tracts », glisse Christophe Bentz.  Qui en précise la finalité : « militer pour convaincre ». Avant une élection. Mais aussi en « hors-campagne », une période propice pour « recruter mieux », explique-t-il : « les citoyens français » sont en effet « plus à l’écoute » à ce moment-là.  Ils savent, selon le président des JPF, que les partis politiques n’ont pas d’arrière-pensées « électoralistes ».

 Christophe Bentz : « Militer hors campagne pour mieux recruter. »

 Christophe Bentz en profite pour définir certains termes, outre le « militantisme » : la « politique » et la « communication », qu’il convient de différencier, selon le président des JPF.

 Christophe Bentz : « Ma définition du militantisme. »

Christophe Bentz : « Ce que je pense des meetings. »

Christophe Bentz : « La politique et la communication, ce n’est pas pareil… »

Christophe Bentz : … »Mais c’est indissociable en 2010. »

Christophe Bentz parle également de sa mission à la présidence des JPF.

 Christophe Bentz : « Je fais tout, y compris le rangement de mon bureau. »

 Et cela prend du temps : « Je travaille plus que 35 heures par semaine », explique-t-il, la voix grave.

 - Christophe Bentz : « Je ne fais pas les 35 heures. »

- Christophe Bentz : « Je rejoins souvent les fédérations. »

- Christophe Bentz : « Je tracte toujours. »

- Christophe Bentz : « A quel moment je fais du terrain? »

 Christophe Bentz semble croire au cumul des mandats : « La politique n’est pas un métier, c’est une vocation, affirme le jeune président, les responsables peuvent être avocat, médecin, ouvrier, salarié… »

Christophe Bentz : « La politique n’est pas un métier. »

Lui, par exemple, quand il a pris sa carte du MPF, voulait devenir « vétérinaire ». Pas président du mouvement des jeunes. Aussi ne veut-il pas dire s’il vise plus tard une implantation locale, une députation ou pas : « Je ne cherche pas de poste », glisse Christophe Bentz. « Au sein de mon parti, j’irai là où on me dira d’aller, mais je ne ferai qu’un mandat. »

 Christophe Bentz : « J’aurais voulu être vétérinaire. »

Christophe Bentz : « Je ne ferai qu’un seul mandat, pas plus. »

Christophe Bentz : « Une autre mission aux JPF? Pourquoi pas! »

Christophe Bentz : « Plus tard, une députation? »

 

Philippe Lesaffre, Antoine Lascault

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