le Canard de l’Etang

29 janvier 2012

Bruno Le Maire à l’heure des doutes

Lu initialement sur L’Express.fr

Bruno Le Maire va faire connaître, ce samedi, les projet de l’UMP, soumis au vote des militants, lors d’un conseil national. Mais depuis qu’on lui a confié le poste de rédacteur du projet du parti, il cultive sa différence dans les propositions. 

Ce samedi, le conseil national de l’UMP aura un drôle de goût pour Bruno Le Maire. Le ministre de l’Agriculture doit en effet y présenter les propositions du parti pour le candidat de la majorité. L’aboutissement de plusieurs mois de travail au service du collectif. 

L’heure n’est pourtant pas à l’auto-satisfaction, plutôt aux doutes. Ces dernières semaines, on l’a vu faire entendre sa différence sur plusieurs sujets, sur la TVA ou la loi sur le génocide arménien. S’il réaffirme « une grande loyauté » envers Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire revendique « un ton singulier ». « Je reste déterminé à défendre mes idées, je ne suis pas un petit robot », explique-t-il à LEXPRESS.fr.  

Surtout, le 16 janvier, il brise un tabou dans une interview accordée à Libération. Le bilan de Nicolas Sarkozy? « Il est bon, mais il faut reconnaître les erreurs », explique-t-il, ciblant, parmi les « échecs » du quinquennat le bouclier fiscal, le débat sur l’identité nationale, ainsi que la hausse du chômage…  

Si le député de la Droite populaireLionnel Luca lui conseille de démissionner, Jean-François Copé préfère minorer. « Personnellement, je ne verse ni dans le triomphalisme, ni dans l’auto-flagellation. Mais après tout, chacun fait comme il le sent », glisse le secrétaire général de l’UMP. 

Pour un membre du gouvernement, les choses sont simples: Bruno Le Maire ne croit plus à la victoire. « Il est convaincu que le président veut avoir raison contre tous et que le syndrome CPE le guette », précise ce ministre. A en croire cette même source, le ministre n’est pas tendre avec le chef de l’Etat. Il estime que le président de la République n’écoute plus qu’une poignée de conseillers de l’Elysée, à l’origine des choix qu’il annoncera dimanche soir à la télévision. Parmi eux: les sondeurs Patrick Buisson et Pierre Giacometti. « A moins d’un miracle, il juge que le lien entre les Français et le président est irrémédiablement abîmé. » 

Y aurait-il quelque amertume chez l’ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin? Bien que pensant avoir réussi à l’Agriculture -il se compare volontiers à son illustre prédécesseur Jacques Chirac dans ce domaine- il a échoué en juin 2011 à obtenir le ministère de l’Economie que le chef de l’Etat lui avait pourtant promis. Pire, c’est son « ami » François Baroin qui obtient le poste… 

A partir de ce moment-là, Bruno Le Maire commence à cultiver sa différence sur le fond, alors qu’il est censé plancher sur le projet de l’UMP, avec l’aide de Jean-François Copé.  

Début septembre, la première mouture du projet UMP qu’il a présentée à Marseille, a fortement déplu. « Oui, cela a été difficile, le projet a été très critiqué », se souvient Bruno Le Maire. Les deux mesures, qu’il prône encore aujourd’hui, ont finalement été retirées du texte, faute d’unanimité: la fiscalisation des allocations familiales et une baisse des allocations chômage des cadres. 

« Je n’ai jamais voulu faire du bruit », assure, aujourd’hui, le ministre, tout de même décu de ne pas avoir pu « aller plus loin » avec ses « idées nouvelles ». Pour ne pas « diviser », il a donc préfèré faire machine arrière pour que, dit-il à Europe 1 le 5 septembre, « la philosophie du projet rassemble l’ensemble des sensibilités de notre famille politique. » Comme un parfum de résignation… 

28 janvier 2012

Sarkozy et l’environnement: du Grenelle au désamour?

Lu initialement sur L’Express.fr

Nathalie Kosciusko-Morizet va défendre, ce samedi, son Grenelle de l’environnement auprès de l’association France Nature environnement. L’occasion pour LEXPRESS.fr de revenir sur l’intérêt de Nicolas Sarkozy pour les questions écologiques. 

Elle aura à coeur de défendre le bilan de « son » Grenelle. Nathalie Kosciusko-Morizet s’apprête à passer, ce samedi, un oral de quinze minutes auprès de l’association France Nature Environnement (FNE). Sur le modèle de ce qu’avait fait Nicolas Hulot en 2007 avec son « pacte écologique », FNE veut entendre ce que les candidats à la présidentielle ont à dire sur le sujet de l’écologie. 

La tâche est lourde pour NKM, tant Nicolas Sarkozy s’est éloigné de ses premières amours pour le développement durable, matérialisées par le Grenelle de l’environnement. En mars 2010, le chef de l’Etat lâchait même: « L’environnement, ça commence à bien faire ». Et début janvier 2012, il critiquait les règles écologiques administratives trop « tatillonnes ». 

La ministre de l’Ecologie préférera certainement insister sur les prochains mois, voire sur le prochain quinquennat en cas de victoire de Nicolas Sarkozy en mai prochain. Pour le moment, l’UMP ne propose rien de plus que « la poursuite du travail du Grenelle », perçu comme une « révolution » au parti majoritaire, comme l’affirme le député sarkozyste Alain Gest. « La Cour des comptes nous a même reprochés d’avoir vu trop grand, notamment sur les transports et les économies d’énergie », claironne l’élu de la Somme, chargé des questions d’énergie à l’UMP.  

Son collègue des Bouches-du-Rhône, Eric Diard, qui s’occupe des questions d’écologie, se félicite, lui, de la création de « la taxe sur les véhicules bonus-malus qui a fait que la France possède désormais le parc automobiles le moins polluant d’Europe. » A propos du Grenelle, « le bilan est parfois mitigé, admet l’élu. La réduction des déchets avance lentement, par exemple. Mais ce n’est pas en six mois que cela se joue, il faudra attendre plusieurs années ».  

Un bilan « mitigé »

Le rapporteur de la loi Grenelle II, le député radical Bertrand Pancher, abonde en ce sens. « Il y a eu des avancées » mais « la France pourrait mieux faire ».  

« Des décisions sont prises au niveau national sans toujours se préoccuper des caractéristiques des territoires », avance cet élu de la Meuse. Qui prend l’exemple de l’obligation d’installer devant chaque cours d’eau une bande de plantation ou d’herbes: « Il est parfois dur d’appliquer cette règle en raison de certains terrains drainés. »  

Autre difficulté évoquée par l’élu radical: l’opposition des habitants à l’installation d’éoliennes terrestres qui augmentent petit à petit. « Dans ma circonscription de Bar-le-Duc, explique Pancher, il y en a presque 300, ce qui pose des problèmes de télévision et de nuisances visuelles. » 

L’installation de cette source d’énergie sur le territoire français reste toutefois insuffisante, selon Jean-Louis Bel, président du syndicat des énergies renouvelables. « Il ne faut pas confondre déception et impatience », sourit Eric Diard.  

Des mesures fiscales incitatives dans le projet UMP

Des couacs, il y en a eu et il y en aura toujours, compte tenu de l’ampleur des décisions actées dans le Grenelle. La Cour des comptes en a retenu un majeur dans un rapport récent, qui critique le volet fiscal du Grenelle « pas respecté, incohérent, (et) inefficace ». « On a échoué sur la taxe carbone, admet Eric Diard, mais ce n’est pas de notre faute, le Conseil constitutionnel a censuré le texte. » 

Plus que le contenu même du Grenelle, ce sont les récents propos du chef de l’Etat, qui interpellent les associations. France nature environnement a très certainement hâte d’entendre ce que Nicolas Sarkozy, par le biais de NKM, a à leur dire.

P.L

17 janvier 2012

« Il ne faut rien attendre d’un sommet électoraliste »

Publié par canarddeletang dans ministres-gouvernement, Parlement, politique francaise
Publié initialement sur L’Express.fr

Nicolas Sarkozy organise, ce mercredi, un sommet social. A l’occasion, le chef de l’Etat accueillera les partenaires sociaux. S’il ne fallait prendre qu’une mesure pour lutter contre la crise, quelle serait-elle ?

Regarder la vidéo en cliquant ici.

 

P.L

14 juillet 2011

Le culot de Roselyne Bachelot

Seule au monde ? A contre-courant ? Roselyne Bachelot, ministre de la Solidarité et de la Cohésion sociale, ne cesse de cultiver sa différence au sein de l’exécutif. La solidarité gouvernementale, cette proche amie de François Fillon ne connaît pas. Ou fait mine de ne guère s’y intéresser. Peu lui importe de gêner ses collègues ministres.

Le mariage  gay ? La ministre n’est pas la seule à défendre l’union homosexuelle, mais elle pense que l’opinion publique l’acceptera un beau jour, ainsi que l’adoption des enfants pour un couple de même sexe.

Martine Aubry évoque devant la place publique les rumeurs qui courent sur sa vie privée et son mari – qui, selon elle, sont véhiculées par des membres de la majorité ? Roselyne Bachelot « comprend (son) indignation, sa révolte » alors que certains ministres dénoncent la méthode de la candidate à la primaire socialiste.

SOS Racisme organise un concert à Paris pour le 14 juillet. Roselyne Bachelot se pointe au rendez-vous et se présente aux côtés du… rebelle Jean-Louis Borloo, du socialiste François Lamy et de l’écologiste Eva Joly (entre autres).

Et cette manie de « déranger » ne date pas d’hier. En 1998, déjà, Roselyne Bachelot votait la loi socialiste instaurant le Pacs. Contre l’avis de ses amis politiques opposés au texte.

Osée, Roselyne !

13 avril 2011

Quand le gouvernement se divise depuis les cantonales…

A un an de la présidentielle, certains ministres affichent leurs différences sur plusieurs points.

Depuis les cantonales, les membres du gouvernement ne s’entendent plus. Tous n’ont pas donné, d’abord, la même consigne de vote pour le second tour de l’élection locale. Certains ont clairement affiché leur préférence pour le PS en cas de duel gauche-FN. D’autres ont préféré suivre la voie de Jean-François Copé et du chef de l’Etat, celle du « ni-ni ». Le débat sur la laïcité a suscité, ensuite, des réserves de la part du gaulliste social François Fillon qui a boudé le rendez-vous de l’UMP.

Et ce n’était qu’un début : la règle de la non-reconduite d’un fonctionnaire sur deux ne plaît plus à l’ensemble du gouvernement. François Baroin veut poursuivre la mesure. Le secrétaire d’Etat à la Fonction publique, Georges Tron s’y oppose. Autre fracture : l’immigration légale. Quand Claude Guéant et Xavier Bertrand veulent la réduire, Christine Lagarde ne suit pas ses collègues.

La prochaine présidentielle provoque aussi quelques remous chez les ministres. Nicolas Sarkozy coule dans les sondages, François Fillon, voire Alain Jupé, apparaissent comme des outsiders pour représenter la majorité présidentielle en 2012.

Et dans ce contexte, l’ancien N°2 du gouvernement Fillon, le radical valoisien Jean-Louis Borloo s’échappe de l’UMP, construit sa candidature au nom d’un rassemblement « centriste, écologique et social ».

Du coup, ses concurrents de l’intérieur appellent au rassemblement de toute la droite et du centre. Outre Copé et Larcher, François Fillon – qui avait été reconduit à Matignon à la place de l’ex-ministre de l’Ecologie, candidat au poste de Premier ministre, à l’époque – et Alain Juppé – qui, à la suite d’une défaite aux législatives en 2007 avait été remplacé dans sa fonction de ministre d’Etat par… Borloo – ont critiqué la volonté d’indépendance du patron des radicaux valoisiens. Il faut se rassembler dés le premier tour et non éparpiller les voix, ont-ils rappelé.

Le ministre de la Ville, Maurice Leroy (NC), se montre, au contraire, ravi de l’éventuelle candidature de Borloo.  Elle permettrait, selon lui, d’éviter la défaite de la droite en disqualifiant la gauche pour le second tour de la présidentielle.

Borloo pourrait en effet « choper » les voix de certains villepinistes pour gêner l’ex-Premier ministre s’il se lançait à l’aventure. Attirer des centristes de Bayrou, pas dupe de la manœuvre politicienne. Capter une partie de l’électorat écologiste tenté par le populaire Hulot, son « ami » qui vient, lui, de se présenter officiellement à la présidentielle. Et peut-être quelques sympathisants de centre-gauche, charmés par DSK.

Des électeurs utiles au chef de l’Etat s’il veut passer le premier tour en 2012… Or, au vu des sondages quotidiens, c’est loin d’être gagné. Nicolas Sarkozy se voit régulièrement talonné par le candidat socialiste et Marine Le Pen.  La stratégie chère à Buisson de se rapprocher des idées du FN, depuis l’affaire des Roms à l’été dernier, devait permettre d’abattre la formation d’extrême droite comme lors du dernier scrutin de 2007. L’échec est patent.

Le président de la République a, en outre, irrité son électorat de centre-droit. Le chef de l’Etat s’en serait-il rendu compte ? Aurait-il donc proposé au centriste Borloo de s’émanciper pour que Nicolas Sarkozy puisse se sauver ? Y aurait-il un pacte entre les deux pour que l’un reste à l’Elysée et que l’autre gagne Matignon en 2012 ?

Des interrogations qui n’engagent que l’auteur… ou pas.

P.L

17 mars 2011

A l’assemblée nationale, une règle du jeu

Il était une fois une Assemblée nationale. Dans l’hémicycle, des groupes parlementaires. Des députés, tantôt assidus, tantôt cancres et maîtres de l’école buissonnière. Leur jeu préféré ? Se chamailler en séance plénière, en commission. Ou face aux ministres, parfois sur place pour répondre aux questions des élus du peuple.

Aux acides interrogations visant la majorité, voire le chef de l’Etat, les membres du gouvernement répliquent sans broncher. De temps en temps, le verbe piquant. En ligne de mire : l’opposition, forcément coupable d’un quelconque délit médiatisé… Le (timide) Premier ministre profite parfois de ses (délicieux) moments au sein du Palais Bourbon pour lancer certaines piques à la gauche. François Fillon, comme ses collègues, ne s’en lasse pas. Ce qui provoque, (presque) à chaque fois, huées chez les uns, applaudissements chez les autres… Un brouhaha qui oblige le maître des lieux (pas toujours Bernard Accoyer) à calmer ses parlementaires par ce timide « Je vous en prie ».

Mais, on le sait, cela ne calme pas les travées… Cris, pantalonnades, gestes de mauvaise humeur restent la règle du jeu… Or, nous ne sommes pas à l’abri d’une lueur d’espoir,  d’un « moment de grâce », comme le dit un éditorialiste

Quand un député, atteint d’un cancer du pancréas, revient à l’Assemblée nationale suite à quelques mois d’absence, c’est toute une Assemblée, membres du gouvernement compris, qui se lève pour le féliciter du combat contre la mort qu’il mène. Emu, touché, Patrick Roy, apparenté PS, a remercié, le 15 mars, ses amis politiques, ainsi que ses opposants de droite, de leur soutien. Avant de clore son discours par un « la vie est belle »… Le président de l’Assemblée, Bernard Accoyer – celui-ci l’a beaucoup soutenu -, a même versé une larme à la fin de sa prise de parole.

Vingt-quatre heures avant d’annoncer sa volonté de porter plainte contre… un un autre collègue, cette fois communiste, Maxime Gremetz. Un véritable comédien qui, visiblement, préfère le cinéma à la politique. Quoiqu’entre ces deux termes, la frontière demeure poreuse… Le député s’offusque que deux voitures ne soient pas bien garé à l’extérieur de l’enceinte. Plutôt que d’écouter NKM évoquer la « catastrophe » japonaise… Les bonnes habitudes ne disparaissent jamais.

P.L

3 mars 2011

Sondages: gouvernement et sondeurs la main sur le frein

Article publié sur Marianne 2

Le Sénat a voté à l’unanimité une proposition de loi sur les sondages politiques. Mais le texte est à la fois peu apprécié par le gouvernement et par les sondeurs. L’Assemblée nationale va-t-elle s’emparer de cette proposition de loi et la porter jusqu’au bout ?

 



Hugues Portelli, sénateur UMP - capture d'écran- Dailymotion - UMP
Hugues Portelli, sénateur UMP – capture d’écran- Dailymotion – UMP

 

Rendre la production et la publication de sondages plus transparentes, une noble cause ? La proposition de loi, chère à Hugues Portelli (UMP) et Jean-pierre Sueur (PS), et votée, lundi 14 février, à l’unanimité au Sénat, pose des questions légitimes : « Elle part d’un bon sentiment », estime Stéphane Rozès – directeur de l’agence de conseil, CAP -, interrogé par Marianne 2. « Il fallait faire quelque chose » pour améliorer le texte datant de 1977 à propos de l’encadrement des sondages politiques.

Mais c’est quoi, un sondage ? Les sénateurs apportent dans leur proposition de loi une définition plus précise et Stéphane Rozès, ancien dirigeant de l’institut de sondage CSA, n’y voit aucun inconvénient. La presse publie souvent, en effet, le résultat de « consultations diverses non représentatives » (qui se distinguent, donc, des sondages).

Stéphane Rozès rejoint aussi les rédacteurs du texte qui proposent de réformer la commission des sondages et de renforcer ses prérogatives. Elle est actuellement composée de neuf magistrats et de deux « experts » en sciences politiques, en droit public et en mathématiques. Il s’agirait d’équilibrer la balance des deux « groupes » (6+5 au lieu de 9+2 à l’origine).

La commission des sondages « n’est pas inerte », se plaint Jérôme Sainte-Marie, directeur général adjoint de CSA. « Elle vérifie que les sondeurs appliquent bien les règles mais ne vérifie pas la vérité publiée », tient-il à préciser.

« Je suis pour qu’il y ait, également, des représentants de la droite et de la gauche », avance Stéphane Rozès. Qui prône, au passage, pour que la commission des sondages recueille l’ensemble des questions posées par les instituts de sondage de telle manière à ce que le journal, client d’un sondage, ne puisse pas oublier de passer une interrogation dans ses colonnes ou procéder à un tri opportun. « Il serait bon, par ailleurs, que chacun puisse savoir pourquoi un commanditaire a choisi tel ou tel institut et pourquoi », recommande l’ancien sondeur.

Mais son accord s’arrête là. Car les sénateurs, des « non-spécialistes, mal conseillés », croit-il savoir, « n’apportent pas les bonnes réponses ». L’ancien patron de l’institut de sondage rejoint l’avis du… gouvernement, représenté, lors du vote à la chambre haute, par Patrick Ollier. Le ministre des Relations avec le parlement salue certes « le bon travail et les bonnes intentions » des sénateurs chargés d’élaborer le texte. En revanche, ce dernier trouve les solutions proposées « inapplicables ».

Stéphane Rozès botte en touche : « Je ne m’exprime qu’en tant qu’ancien dirigeant d’un institut de sondage ». Et c’est comme ex-patron du département politique – opinion de CSA, fonction qu’il a occupé pendant plus d’une décennie, qu’il tape sur la proposition de loi.

« Le législateur n’a pas à dire comment une profession doit travailler »

Stéphane Rozès - capture d'écran - Dailymotion - France Info

Stéphane Rozès – capture d’écran – Dailymotion – France Info

D’abord sur la publication des résultats. Les sénateurs souhaitent que les journaux puissent passer les résultats bruts avant redressement, question de transparence et « moralisation du débat public » – d’après les dires du rapporteur du texte, Jean-Pierre Sueur. Stéphane Rozès prend l’exemple des intentions de vote – minorées – du FN pour illustrer son opposition : « Quand les sondés répondent le FN à 5 %, au final, le chiffre peut monter à 12%. » Un écart facile à comprendre : les sympathisants du parti d’extrême-droite n’ont pas forcément envie de dire pour qui ils veulent voter. « C’est au sondeur, en fonction d’indicateurs variés – attitude lors des précédents scrutins, par exemple -, de se rapprocher au plus près de la réalité », explique-t-il. Le résultat brut « n’aurait donc aucun intérêt aux yeux des électeurs » selon Jérôme Sainte-Marie. Cela représente presque, glisse Stephane Rozès, une désinformation. Frédéric Dabi (Ifop) parle, lui, de « secrets de fabrication » que les instituts n’ont pas à dévoiler.

Second souci, pointé du doigt par Jérôme Sainte-Marie : les marges d’erreur que les instituts ne doivent guère publier : « Les sondages, imparfaits, ne sont pas une science exacte. Plutôt un outil performant, un miroir pour bien comprendre notre société », confie-t-il.

Autre problème – et non des moindres – aux yeux de Stéphane Rozès : l’origine du client. « L’organigramme de sondage doit préciser le nom et la qualité de l’acheteur s’il est différent du commanditaire », peut-on lire sur la proposition de loi. « Il s’agit d’un retour en arrière car le commanditaire est forcément le client, celui qui paie », s’exclame Stéphane Rozès. Et de toute manière, tacle Jérôme Sainte-Marie, « les instituts publient déjà le nom du commanditaire… »

« Le scientifique se doit de montrer comment il a travaillé, ça ne doit pas être tabou », réplique Jean-Pierre Sieur. Réponse du berger à la bergère, en signe de conclusion, du côté de l’ex-sondeur, Stéphane Rozès : « Le législateur n’a pas à dire comment une profession doit travailler. » Il souhaite que la loi ne passe pas.

Or, Jérôme Sainte-Marie est persuadé, lui, que « la loi passera ». Le sondeur de CSA réfléchit d’ailleurs aux raisons qui ont poussé les sénateurs à se prononcer en masse pour la proposition de loi : « Les sondeurs ont une mauvaise réputation, un côté manipulateur. » Chez les législateurs, on évoque les vertus de la transparence… ce qui fait bien rire le directeur général adjoint de CSA : « Et si on demandait aux journalistes de donner leurs sources ou aux médecins le nom de leurs patients… Trop de transparence, jure Jérôme Sainte-Marie, tue la transparence. »

Le gouvernement, lui, s’oppose aux propositions. Celui-ci fera tout pour retarder le passage du texte à l’Assemblée, au grand dam du sénateur Sueur, rapporteur du texte.

Alors à quand un débat et un vote à la Chambre basse ? « Le plus vite possible, espère le sénateur du Loiret. Avant la présidentielle, en juin prochain, suggère-t-il. Ce serait suspect et absurde que l’Assemblée nationale n’inscrive pas le texte à l’ordre du jour alors que les sénateurs, de toutes les obédiences, ont voté à l’unanimité. »

Mais le gouvernement freine des quatre fers à travers la voix de Patrick Ollier, qui a évoqué au Palais du Luxembourg, outre l’éventuelle inapplicabilité du texte, l’inconstitutionnalité de la proposition de loi. « Étonnant, répond Jean-Pierre Sueur, nous avions interrogé le ministère de la Justice qui n’a jamais relevé de risque d’inconstitutionnalité. » Le gouvernement propose une nouvelle phase de discussions avec les sénateurs ? « La proposition de loi est publique depuis le 25 octobre dernier », rappelle le sénateur. Visiblement en colère. Mais pas suivi par les principaux intéressés, les sondeurs…

 

P.L

7 février 2011

Divergences entre amis socialistes et écolos

On le sait, il en faut peu pour que des membres d’une famille politique se divisent : une actualité et, hop,  l’analyse diverge.

 Même s’il ne pèse plus grand-chose dans la vie politique, même si l’heure de cet amoureux des montres est passée, ses déclarations de la semaine dernière ont fait (un peu) de bruit : d’abord, Julien Dray, simple député de l’Essonne, s’est moqué des gentils conseils d’ami que tous les socialistes adressent ces temps-ci à Jean-Luc Mélenchon – soit de calmer ses critiques envers leur préféré (?) Strauss-Kahn.

Oui, suggère Julien Dray, on peut écouter le président du Parti de gauche, candidat à la présidentielle.

Le député socialiste ne demande, par ailleurs, pas la démission de Michèle Alliot-Marie. Ou, du moins, pas avec autant de fougue, que ses compères de parti, tels Ayrault et Hamon.

 Les socialistes n’ont pas le monopole du « débat interne »  à gauche. Ça chamaille aussi chez les écolos. La juge Joly, qui presse son concurrent Hulot à « se décider » (comme Yannick Jadot, eurodéputé vert), évoque le soutien de Dany Cohn Bendit à sa candidature pour 2012. Ce dernier, pourtant, n’a jamais caché qu’il envisageait aussi qu’« Europe-Écologie » ne présente… personne à la présidentielle. En échange, toutefois, d’un accord en vue des prochaines législatives avec les socialistes. Et là, le trublion de Mai 68, pour éviter un nouveau 21 avril, invite le candidat des verts à reculer au profit de son homologue-candidat socialiste si les sondages indiquent, à trois mois du scrutin national, que le Front national pourrait passer le second tour de la présidentielle.

 Autre source d’embarras pour les Ecolos : Borloo et NKM. Éva Joly tacle autant Marine Le Pen que l’ancien ministre de l’Ecologie. Problème, Jean-Vincent Placé, bras-droit de Cécile Duflot, qui, certes, tape sur la loi « Grenelle 2 », chantonne des mots doux pour qualifier la première partie du texte issu du grenelle de l’environnement… avant d’encenser Nathalie Kosciusko-Morizet, la « Ségolène de 2017 »…

1 novembre 2010

Nicolas Sarkozy et ses réflexions

 

Le Canard de l’Etang débute une autre carrière, celle de chroniqueur politique à la radio. Première épisode.

Quelques jours après le vote final de la réforme des retraites, que se passe-t-il du côté de l’Elysée ?

Nicolas Sarkozy réfléchit beaucoup. Au mouvement social, d’abord. Le chef de l’Etat vient d’acter la fin des hostilités. Avec, on s’en doute, un sentiment de fierté. Grève après grève, il n’a pas plié. Et a su résister aux pressions de la rue. Au contraire de son intime prédécesseur, Dominique de Villepin, lors des manifs contre CPE. Et peu importe si Olivier Besancenot murmure au Parisien que « la bataille n’est pas terminée »

Autre motif de satisfaction du président: les étudiants peu nombreux voilà sept jours à battre le pavé à l’appel de l’UNEF. Comme les salariés, moins nombreux que les fois précédentes à manifester jeudi dernier.

Et pas de panique : un récent sondage paru dans Ouest France montre que la réforme n’aura pas d’incidence sur ses électeurs de droite, prêts à 61 % à revoter pour lui en 2012.

Alors, gagnant, le chef de l’Etat ?

Oui, mais chut, il ne faut pas le dire. Ses ministres ne doivent piper mot à ce sujet. Les seuls vainqueurs, clament-ils tous comme des moutons, restent les Français, voire  « les plus modestes », comme le dit si bien Eric Besson dans une interview accordée au Figaro.

Mais surtout pas l’exécutif. Non, non, non…

Là, pour une fois, Nicolas Sarkozy rejoint son meilleur ennemi du centre, François Bayrou. Qui a évoqué sur Europe 1, le 31 octobre, deux perdants, le gouvernement autant que les syndicats.

L’ancien candidat à la présidentielle a d’ailleurs évoqué un autre centriste, l’éternel ministre de l’Ecologie. Jean-Louis Borloo qui, selon lui, ne serait pas assez « solide » pour Matignon.

Il plaît au moins à Jean-Pierre Raffarin. L’ex-Premier ministre livre ses pistes pour un acte II du quinquennat, une étape, je cite, « d’apaisement ». Il écrit sur son blog que l’actuel ministre d’Etat semble « capable » d’impulser un nouveau cap plus social. 

Presque cinq mois que ça dure : l’annonce du remaniement par l’Elysée en juin dernier…

Cela passionne les foules, inspire les journalistes, torture les ministres. A ce petit jeu des chaises musicales, le roi s’amuse depuis juin. Ou pas : Nicolas Sarkozy n’arrive guère à se décider. François Fillon doit-il rester ? Des parlementaires le souhaitent. Jean-Louis Borloo doit-il le remplacer ? Quelques ministres n’y voient guère d’inconvénients, comme Fadela Amara, secrétaire d’Etat au logement ou le ministre de la Défense, Hervé Morin, tout deux sur le départ (lire ).

Et le principal concerné, qu’en pense-t-il? Rien, jure-t-il, les cheveux mieux coiffés. Avant de prôner la justice sociale en ces temps amers dans une interview sur Canal +

Autre incertitude : la tête de l’UMP. Xavier Bertrand l’actuel secrétaire général ou Jean-François Copé, patron des députés UMP, telle est la question de l’Elysée. En tout cas, le président de la République attend. Comme si de rien n’était. Et profite d’un emploi du temps chargé. Au point de reporter semaine après semaine, la date du remaniement, véritable calvaire des ministres, certains donnés partant, d’autres restants (lire ici).

Alors c’est pour quand ce remaniement ?

On évoque la mi-novembre. Soit après les rendez-vous internationaux : le sommet de Séoul et la préparation du G20, présidé par Nicolas Sarkozy, son déplacement dès le 2 novembre à Londres pour parler défense et célébrer la relation franco-britannique,  la venue en France du président chinois Hu Jintao, puis, sans rire, la célébration des 40 ans de la mort du général de Gaulle le 9 novembre à Colombey les Deux Eglises.

P.L

8 octobre 2010

Le bouclier de Nicolas, une épée de Damoclès du quinquennat?

2/2

(lire la première partie de cette « fausse enquête » : Nicolas Sarkozy, à la recherche de ses électeurs catholiques : http://url.exen.fr/15942/

Deuxième solution : mettre sur la table du débat public une éventuelle suppression à venir du bouclier fiscal. L’un des symboles du quinquennat de Nicolas a du plomb dans l’aile.

http://cache.20minutes.fr/img/photos/20mn/2010-09/2010-09-29/article_baroin.jpg

(François Baroin, ministre des Finances)

Depuis le début de son élection, le chef de l’Etat jurait pourtant ne pas vouloir  l’abandonner au bord de la route, comme l’exigeait la gauche.

Or, certains responsables de la majorité ont commencé à ne plus soutenir cette mesure mal aimée, en temps de crise économique. D’abord, Alain Juppé. Puis Jean Arthuis, le président centriste de la Commission des Finances du Sénat, favorable à l’exécution du bouclier, mais aussi de l’ISF.

Jean-François Copé a ensuite rejoint la cohorte des frondeurs. Pour plaire à l’opinion, il dit vouloir entamer « une réflexion » sur la suppression des deux mesures. Le doute s’empare jusqu’au sommet de l’Etat : le probable futur ex-Premier ministre François Fillon a, lui, évoqué un dossier plus « tabou » du tout.

Mais pourquoi l’était-il avant, ce bouclier ? Le gouvernement ne pouvait pas y toucher. Une promesse électorale reste une promesse. Et, comme l’a répété Nicolas Sarkozy tout au long de son mandat en cours, l’Allemagne « l’a inscrit dans sa Constitution ». Si cette grande puissance a adopté ce bouclier fiscal, la France peut bien le faire aussi. Sauf que l’affirmation présidentielle est… erronée.

Alors, conscient de cette bourde imparable, l’exécutif a, soudain, fait mine de découvrir…que les Teutons n’avait pas ce genre de dispositif. Et qu’aucun Allemand ne devait payer d’impôt sur sa fortune.

Suite à un voyage outre-Rhin, survenu fin septembre, François Baroin a, répandu cette (bonne ?) nouvelle.  Au risque de s’afficher. Et en prônant, au passage, avec son compère de l’Elysée, la convergence du modèle fiscal français avec l’Allemagne (lire aussi ici).

Du coup, une centaine de députés UMP (dont le modeste Neuilléen Balkany) anticipe. Libres comme l’air, ils proposent dorénavant la suppression pure et simple du bouclier fiscal et de l’ISF , dans la loi du budget 2011, pourtant déjà votée il y a quelques jours.  Le ministre des Finances refuse (voir ici ou ). Ou, du moins, pour l’instant. Car, demain est un autre jour. La réflexion peut perdurer encore longtemps (ou pas). Jusqu’à l’élection de 2012 ?

 P.L

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