le Canard de l’Etang

11 avril 2012

Les sondages de la campagne les plus drôles

Lu initialement sur L’Express.fr

Choix électoral des Français en fonction de leurs pratiques sexuelles ou de leur consommation de pain, le candidat préféré pour partir en vacances… Les sondages insolites ne manquent pas durant cette campagne. 

Il n’y a pas que les intentions de vote que les instituts de sondages scrutent de près. Ce jeudi, deux études ont de quoi laisser pantois. 

Tout d’abord, les lecteurs de Direct Matin ont pu découvrir, dans le train ou dans le bus, que les Françaises choisiraient, pour faire le ménage, d’abord Nathalie Arthaud, la candidate de Lutte ouvrière (crédité d’environ 0.5% pour le premier tour) selon Mediaprism pour Le Journal des femmes

Arrive en deuxième position une autre femme, la candidate écologiste Eva Joly, puis en troisième, le candidat du NPA Philippe Poutou. Trois candidats de gauche et d’extrême gauche sont donc plébiscités pour effectuer les tâches ménagères. Les intéressés apprécieront sans doute. 

Les hommes veulent plus que les femmes des vacances avec des politiques

Mais pourquoi publier un tel sondage? « Mediaprism et le Journal des Femmes passent chaque semaine au crible les grands thèmes de la campagne électorale. Parler ‘politique’, c’est l’occasion de débattre, mais aussi de sourire », explique Justine Boivin, du magazine féminin en ligne.  

Autre étude décalé du jour: « avec quel candidat voudriez-vous partir en vacances? » Vous avez envie de savoir? Pas de panique, Voyagermoinscher.com a sollicité OpinionWay. Et c’est François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon qui obtiennent les meilleurs scores (19 et 17%, respectivement).  

On apprend à l’occasion que les hommes sont davantage prêts à partir avec un présidentiable que les femmes. A noter que les 18-24 ans préféreraient le président-candidat pour leurs congés; alors que les séniors, un éléctorat plutôt à droite, choissisent, eux, François Hollande. 

Ce n’est guère la première fois que les instituts de sondage publient ce genre d’enquêtes un peu insolites.  

Exemple: Harris Interactive, pour l’Auto-journal a posé, début mars, la question de l’année:« Et si un candidat était une voiture? » Nicolas Sarkozy serait donc une Porsche 911 (ou un Hummer), François Hollande, une Renault Scenic (voire une Twingo). François Bayrou, lui, est associé à la même Renault que son adversaire socialiste, mais aussi à une Citroën 2 CV. 

La moitié des Français veut que les candidats fassent attention à leur ligne

Encore plus drôle: Opinion Way s’est intéressé, fin mars, au choix électoral des Français en fonction de leurs… pratiques sexuelles. Sans voir de rapport à première vue, on constate que les électeurs de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen sont plus insatisfaits sexuellement. Que les partisans de François Bayrou font moins l’amour que les Français de gauche.  

Opinion Way, encore lui, a aussi sondé début février le choix des électeurs en fonction de leur consommation du pain. Incroyable mais vrai! 

On découvre ainsi, stupéfait (ou pas), que celui qui mange du pain à tous les repas, pour tous les mets, vote plutôt Nicolas Sarkozy (à 30%). Du coup, cela signifie-t-il que les ceux qui en mangent pas ou peu préfèrent François Hollande? Non, pas du tout. L’ »ennemi » de la baguette, tradition française depuis la nuit des temps, veut plutôt glisser un bulletin « Marine Le Pen » dans l’urne. Etrange, non? 

Conceptions de philosophie selon le choix du vote

Les valeurs, les idées… Philosophie Magazine a voulu connaitre, fin février, avec Ipsos, le choix électoral des Français par rapport à leurs conceptions d’ordre général. Les « hollandais » sont un peu plus convaincus que les « sarkozystes » que l’homme est bon (72% contre 66%).  

On est ravi d’apprendre, aussi, que les interrogés souhaitant voter pour le candidat PS sont plus méfiants vis-à-vis des élus que les Français pro-UMP. Et, sans surprise, on lit que les partisans d’un vote à gauche pensent que la priorité du chef de l’Etat concerne le bien-être de la population. Davantage, en tout cas, que la sécurité, priorité des électeurs de droite (néanmoins partagés sur la question).  

Bon, là au moins, on se rapproche un peu plus de politique… 

PL

26 mars 2012

La banlieue, éternelle perdante de la campagne électorale

Lu initialement sur L’Express.fr

Dans les banlieues, certains craignent que l’affaire Mohamed Merah n’aboutisse à une stigmatisation des quartiers populaires. Et rêvent toujours que les candidats s’emparent de ce sujet. François Hollande devrait s’y montrer un peu plus. 

Ce lundi soir, François Hollande tiendra une réunion politique en Seine-Saint-Denis, à Bondy. Un petit meeting qui a lieu, peu de temps après une visite à Evry, chez Manuel Valls. Et avant un Grenelle des quartiers populaires, initialement prévu en mars, mais finalement organisé le 7 avril.  

Nicolas Sarkozy, lui, s’est déplacé, il y a quinze jours, de l’autre côté du périphérique, à Meaux, chez Jean-François Copé. Comme François Bayrou, dans les Hauts-de-Seine, le 22 février.  

Un déplacement par-ci, un déplacement par-là, pendant la campagne électorale. Et c’est tout?  

Conscient de la faible place laissée aux banlieues dans cette campagne, l’association AC-Le feu a squatté, trois jours fin février, un hôtel parisien pour interpeller les candidats à la présidentielle.  

Philippe Poutou, Clémentine Autain pour Jean-Luc Mélenchon, François Hollande, Eva Joly sont venus entendre les doléances de cette association, née après les émeutes de 2005.  

Banlieues stigmatisées

« Mais, ni François Bayrou, ni Nicolas Sarkozy ont honoré l’invitation », regrette Fatima Hani, secrétaire national de AC-Le feu. Peut-être viendront-ils le 14 avril prochain. Ce jour-là, l’association organise un débat national. « Si les dix candidats à l’Elysée ne viennent pas, on saura pourquoi », sourit Fatima Hani, pessimiste.  

Entre temps, un événement a chamboulé la campagne. La mort de Mohamed Merah, après ses assassinats perpétrés à Toulouse et Montauban, a projeté sous les feux médiatiques le thème de la sécurité.  

Quant aux banlieues, elles risquent d’être encore plus stigmatisées. « Cela peut véhiculer des amalgames, des stéréotypes comme le jeune de banlieue qui serait un prédélinquant », craint Jérôme Perronnet, directeur général des services auprès de la maire de Chanteloup-les-Vignes. De la banlieue, on en parle que quand c’est spectaculaire: des voitures qui brûlent, par exemple. Le développement d’une maison de la petite enfance, ça n’intéresse pas. »  

« On parle de nos quartiers populaires, reconnaît Fatima Hani. Mais on ne l’évoque que sous l’aspect sécuritaire et répressif. C’est devenu un sujet réchauffé à chaque présidentielle, que l’on utilise à des fins électoralistes. » Et la responsable de AC-Le Feu d’évoquer, en particulier, un « amalgame entre immigration et problème économique ». 

Les candidats ne connaissent pas les banlieues

Proche de Ségolène Royal, Kamel Chibli, ancien responsable de Désirs d’avenir, reconnaît volontiers, que depuis le début de la campagne, seuls les aspects ‘sécurité’ et ‘logement’ sont évoqués dans le débat public.  

Mais pourquoi? Est-ce parce que les candidats considèrent, chiffres à l’appui, qu’ils ne glaneront que peu de voix en banlieue en raison de la forte abstention dans ces quartiers? « A ce moment-là, cela ne sert à rien d’aller dans une crèche par exemple, s’agace Jérôme Perronnet, qui travaille au auprès de la maire de Chanteloup-les-Vignes.  

Les candidats n’y connaissent « pas grand-chose à la banlieue », croit-on à la mairie de Chanteloup-les-Vignes (UMP), une commune qui a bénéficié d’une partie des aides versées par l’Etat ces dernières années pour rénover les quartiers 

Et c’est justement pour « sensibiliser François Hollande » que le PS a organisé, début avril, le fameux Grenelle des banlieues, baptisé « printemps des quartiers populaires ». Il y aura aussi une visite en région parisienne pour le candidat du PS: « Sûrement à Mantes-la Jolie, voire à Aubervilliers », confie Kamel Chibli, qui espère y associer Ségolène Royal

Après les tueries de Toulouse et Montauban, et parce qu’il sait que la droite occupe avec force le terrain de la sécurité, François Hollande semble vouloir passer la seconde au sujet des banlieues. Face à Nicolas Sarkozy, dont le mot « Kärcher » est toujours collé à ses basques, François Hollande veut essayer de faire entendre sa musique.

PL

21 mars 2012

Tuerie de Toulouse: Bayrou, Mélenchon, Dupont-Aignan et Arthaud ne veulent pas d’une trêve de la campagne

Lu initialement sur L’Express.fr

Certains candidats ont pris la décision de poursuivre leur campagne, après le meurtre d’un professeur et de trois enfants dans une école juive de Toulouse. C’est le cas de Jean-Luc Mélenchon et de François Bayrou qui a maintenu un meeting, ce lundi, à Grenoble. Mais peut-on réellement parler de trêve pour les autres prétendants? 

Il y a ceux qui suspendent leur campagne et il y a les autres. Comme François Bayrou qui, malgré la tuerie de Toulouse, a maintenu, ce lundi soir son discours à Grenoble. Avec une nuance introduite par le porte-parole du MoDem, Yann Wehrling: « Ce n’était pas un meeting ordinaire. Il a voulu adresser un message lors d’une réunion de réflexion nationale. »  

Sans oublier, pour autant, de faire de la politique. Dans sa prise de parole, le candidat a expliqué qu’il y a un « degré de violence, de stigmatisation dans la société française (…). Et ceci n’est pas sans rapport avec la responsabilité publique. »  

D’où la réplique d’Alain Juppé, ce mardi matin, qui ne souhaite pas qu’on « ajoute de l’ignoble à l’horrible ». François Hollande, sur BFMTV, ne se mouille pas beaucoup: « Ceux qui ont une responsabilité doivent maitriser leur vocabulaire », souffle le candidat du PS, qui a annulé un meeting à Rennes qu’il devait tenir, ce mardi, avec Ségolène Royal. 

Le ministre des Affaires étrangères « va trop loin, il n’a pas compris le message », réplique-t-on du côté du MoDem. Et, de toute manière, assure Wehrling, « Bayrou a dit ce qu’il a toujours dit sur les tensions au sein de la société ». 

« Ne pas mettre notre bouillante démocratie entre parenthèse » (Mélenchon)

François Bayrou est certes allé à Grenoble et ne s’est pas rendu, lundi soir, à la synagogue parisienne en compagnie, entre autres, de Nicolas Sarkozy et de François Hollande. Mais il a « intégré l’information dans sa campagne »: « Son agenda risque d’être modifié dans les prochains jours », croit-on savoir au siège du Mouvement démocrate.  

Cette vraie-fausse campagne n’est pas du goût du Front de gauche: « Quand les candidats se déplacent à Toulouse, quand François Bayrou tient son meeting, quand François Hollande maintient son interview, ce mardi matin, sur BFMTV/RMC, c’est plutôt un affichage de trêve », avance Eric Coquerel, conseiller de Jean-Luc Mélenchon, qui ajoute: « En réalité, la campagne est toujours là. Nous ne gelons pas la nôtre. » 

Même ton chez le candidat du Front de gauche: « Poursuivre la campagne, c’est un acte de résistance morale, intellectuelle et affective », a lancé Mélenchon, dont l’agenda n’a pas été modifié. « Nous ne sommes pas à la merci d’un dégénéré, il ne fait pas la loi, il ne nous impose pas son rythme, nous le rattraperons et il paiera », a-t-il insisté. 

« J’ai envie de dénoncer cette comédie de l’union nationale et je n’y jouerai pas » (Arthaud)

Nicolas Dupont-Aignan, interrogé par L’Express, abonde en ce sens: « Ce serait donner raison à l’assassin que de tout arrêter, ce serait déplacé de tout stopper (…) La pudeur doit être de mise. Mais elle n’interdit pas de réfléchir. De même que la compassion n’est pas incompatible avec le fait de faire campagne pour exprimer sa vision de la France. Je remarque cependant que certains ont tendance à surjouer en ce moment. » 

Surjouer donne toujours une mauvaise comédie, ce que dénonce Nathalie Arthaud, candidate de Lutte ouvrière: « Je n’ai absolument pas envie d’aller dans ce sens-là de l’union nationale, d’un temps suspendu, où nous serions tous ensemble, unis », a-t-elle déclaré sur France Culture, tout en qualifiant de « barbares et horribles » les événements de Toulouse. « J’ai envie de dénoncer cette comédie de l’union nationale et je n’y jouerai pas », a-t-elle ajouté. 

Luca s’en prend à Hollande

De son côté, François Hollande dit maintenir la suspension de sa campagne. Ce mardi matin, il s’est rendu au Pré-Saint-Gervais, en Seine-Saint-Denis, participant après la minute de silence pour les victimes de la tuerie à une réunion oecuménique puis un déjeuner avec des jeunes, entouré de quelques journalistes. 

Un peu plus tôt, il était aussi l’invité de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV-RMC. Une intervention médiatique jugée « indécente » pour le député UMP Lionnel Luca.  

Dans un communiqué intitulé « Trêve de plaisanterie », l’élu des Alpes-maritimes écrit: « Devant l’épouvantable tragédie de Toulouse et suivant l’exemple du président de la République, tous les candidats ont déclaré suspendre la campagne électorale. Tous, sauf un: le candidat socialiste qui était, comme prévu, interviewé sur RMC-BFMTV ce matin! »
« Que veut donc dire pour celui-ci le mot trêve? Quel respect pour la parole donnée? », demande Lionnel Luca. 

PL (avec d’autres journalistes)

23 février 2012

« Marine Le Pen stigmatise les musulmans »

Publié par canarddeletang dans culture, partis de droite, politique francaise, Societe

Interview initialement publiée sur L’Express.fr

Marine Le Pen a-t-elle déclenché la polémique sur la viande halal à des fins politiques? Selon le politologue Dominique Reynié, le FN cherche avant tout à se radicaliser. 

Marine Le Pen a affirmé, ce samedi, que toute la viande distribuée en Ile-de-France serait, à l’insu des consommateurs, « exclusivement » de la viande halal. Ce mardi matin, elle a confirmé ses propos sur France Inter. Le politologue Dominique Reynié, président du think-tank Fondapol, proche de l’UMP et auteur de l’ouvrage Populisme, la pente fatale (Plon, 2011), réagit à cette polémique.
Pourquoi Marine Le Pen s’attaque à la viande halal?

C’est tactique, elle cherche à cliver: Marine Le Pen veut retrouver un certain radicalisme. Ses propos sont moins saillants, moins contrastés que lorsque son père s’exprimait quand il était patron du FN. Elle a modéré son propos depuis le début de sa présidence. Or, la société s’est durcie. Celle-ci a modifié son point de vue sur l’immigration, son rapport avec les juges, le rapport hommes-femmes.  

Je prends un exemple qui me semble parlant: François Berléand avait dit qu’Eva Joly ne devrait pas être candidate à la présidentielle car elle avait un accent et qu’elle n’était pas vraiment française. Personne n’avait repris ses propos, passés comme une lettre à la poste. Il y a dix ans, ils auraient été vivement fustigés.  

Avant, on ne parlait pas assez des problèmes interculturels, de l’immigration. Ces sujets n’étaient abordés que par les partis de protestations, ils en avaient le monopole. Or, petit à petit, les partis de gouvernement ont commencé à aborder ces thèmes. Et ils ont eu raison: il faut aborder, discuter, et régler les problèmes de manière sereine.  

Il s’agit d’évoquer les règles de la diversité dans nos sociétés multiculturelles. On peut discuter de l’alimentation dans les cantines, du ramadan d’une personne en plein procès (est-il plus faible à cette période et faut-il en prendre considération?). Mais pas comme le FN le fait. Ce parti aborde ces questions dans des termes non constructifs, de manière outrancière. Marine Le Pen joue sur les peurs.  

Il y a donc une volonté affichée de stigmatiser les musulmans?

Bien sûr. Elle manipule les données en cherchant à stigmatiser les musulmans. Peu importe l’exactitude de ses propos. Ce n’est pas grave. Jouer sur la métaphore de l’invasion, de l’acculturation, de l’occupation suffit. Les partis d’extrême droite ont toujours été perçus comme étant collaborateurs, mais là, le FN se prend pour un résistant.  

Sur la viande halal, cela renvoie à l’idée que des cultures exogènes sont importées avant d’être déployées dans la société d’accueil. Si on écoute Marine Le Pen, on pourrait penser que cette culture externe parvient à se développer et menacer la culture d’accueil. La viande halal touche aussi au repas, à la famille, donc cela peut toucher tout le monde.  

Pourtant, Marine Le Pen a entrepris depuis des mois une stratégie de dédiabolisation du FN. Cela est contradictoire de sa part?

Non, je ne crois pas. Elle n’a pas dit, comme un parti d’extrême droite aurait pu dire autrefois, que le musulman est inférieur. Elle dit: nous sommes accueillants, ils sont envahissants. Elle se présente comme un défenseur de la culture française. Toutefois, sa stratégie est limite car la frontière avec l’islamophobie n’est pas loin. Avec ce débat, elle se situe sur le fil du rasoir.  

Cela dit, tout le monde lui tombe dessus mais c’est à son avantage. Autant, son voyage à Vienne, où elle a côtoyé des racistes, était une erreur politique en contradiction avec sa stratégie de dédiabolisation. Autant avec ce débat, elle parvient à ses fins. 

PL

4 février 2012

Pourquoi les sympathisants de syndicats votent de plus en plus Le Pen

Lu initialement sur L’Express.fr

Selon un sondage réalisé par l’Ifop, 25% des sympathisants de FO et 22% de ceux de la CGT veulent voter Le Pen à l’élection présidentielle. Comment expliquer ces scores aussi élevés? 

Encore un sondage qui ne laissera pas indifférent. Selon une étude de l’Ifop, parue dans L’Humanité de ce vendredi matin, 19% des actifs proches d’un syndicat souhaitent voter Marine Le Pen.  

C’est l’organisation Force ouvrière qui est la plus touchée par la percée du Front national dans le monde des salariés. Selon l’Ifop, 25% de leurs sympathisants voudraient glisser un bulletin Front national dans l’urne. Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, interrogé par L’Express, ne se montre « pas vraiment surpris ». « Dans un contexte de crise, c’est normal qu’il y ait un vote contestataire de la part de gens dans la difficulté. »  

« Il y a, à FO, une diversité d’opinions, confirme Jérôme Fourquet, auteur de l’étude. Et dans les années 1970 et 1980, une part importante d’ouvriers proches du RPR et du gaullisme se tournait vers FO. » Et non vers la CGT et la CFDT, historiquement liés au PCF et au PS.  

« Petit à petit, cet électorat de la droite ouvrière a lentement glissé vers l’extrême droite, comme on l’a vu à l’occasion des élections cantonales de mars 2011 au cours desquelles les partis de droite ont souvent été battus dans les cantons populaires au profit de la gauche et du FN. La droite ‘populaire’ a abandonné Sarkozy », analyse Fourquet.  

Une part non négligeable des salariés de gauche a aussi rejoint le parti de Marine Le Pen. Ce que le sondage démontre. 22%, 17% et 13% des sympathisants, respectivement, de la CGT, de la CFDT et de Sud pensent voter pour la présidente du Front national. « Certains ouvriers, politiquement de gauche, n’y voient pas d’incompatibilité », estime Jérôme Fourquet.  

« Un rejet du système »

La preuve: la moitié des sympathisants de la CGT, proches du FN, préfèreraient voter Hollande à Sarkozy au deuxième tour de la présidentielle de mai 2012.  

Ces derniers sont « touchés par les délocalisations, par la concurrence des produits fabriqués à l’étranger, et sensibles aux questions européennes », selon Fourquet, c’est-à-dire les thèmes de campagne du FN. Ce dernier « a capté les colères, les craintes et la demande de protection de cette classe populaire ». 

« Ce n’est donc pas un vote d’adhésion, avance Joseph Thouvenel, vice-président de la CFTC -dont 21% des sympathisants penchent pour un vote FN-, mais un rejet du système et des hommes politiques, qui selon les salariés, ne représentent plus le pays. » Le syndicaliste songe à toutes « ces promesses non tenues ». 

« Consigne de vote »

Son homologue de FO, Jean-Claude Mailly pointe aussi du doigt « nos élites politiques » qui « devraient se poser quelques questions. »  

Pas la faute des syndicats, donc? « Tous les acteurs, syndicats et partis politiques, ont leur part de responsabilité, reconnaît Laurence Laigo, secrétaire nationale de la CFDT, chargée de la relation avec le monde politique. Il faut aller à la rencontre des salariés et leur donner des réponses face aux manques de repères. »  

Selon elle, « les propositions de Marine Le Pen ne sont pas porteuses d’avenir ». Les syndicats luttent donc contre les idées du FN. Sans grand succès, pour l’instant. Que faire de plus? « Pas grand-chose, répond Mailly, le syndicat ne doit pas non plus donner de consigne de vote. »

PL

30 janvier 2012

Sarkozy, le Gerhard Schröder français?

Publié par canarddeletang dans Allemagne, partis de droite, politique francaise

Lu initialement sur L’Express.fr

Nicolas Sarkozy vante les réformes engagées par l’ex-chancelier allemand, Gerhard Schröder, pour justifier celles qu’il veut mettre en place. Outre-Rhin, ces mesures avaient été, à leur lancement, critiquées par une partie de la classe politique. 

« En Allemagne, elle a été mise en place en 2004 par un socialiste. » Voilà comment Nicolas Sarkozy a justifié (à tort), dimanche soir, l’augmentation d’1,6 point de la TVA. Le chef de l’Etat pensait au social-démocrate Gerhard Schröder, « un homme de qualité ». 

Ce chancelier est souvent cité par Nicolas Sarkozy. Mais qu’a-t-il fait pour mériter autant de louanges de la part du chef de l’Etat? L’Allemand, au pouvoir de 1998 à 2005, a réformé son Etat-providence, réduit les charges sociales en vue d’améliorer la compétitivité des entreprises. Et ce, contre l’avis des syndicats et d’une partie de l’opposition. Une illustration du « courage », que souhaite incarner le chef de l’Etat.  

Mesures critiquées 

En mars 2003, Gerhard Schröder se trouve donc au plus mal dans les sondages. Il s’appuie alors sur son parti, les sociaux-démocrates du SPD et ces partenaires écologistes de coalition, les Grünen, pour porter les grandes lignes de sa réforme. 

L’opposition chrétienne-démocrate de la CDU soutient, elle, le texte dans son ensemble. Mais puisqu’il faut se démarquer du gouvernement, l’alors chef de l’opposition, Angela Merkel, critique le plan, se demandant si le chancelier « perçoit bien la gravité de la crise » économique.  

L’aile gauche du SPD râle aussi. Mais pas pour les mêmes raisons: Andrea Ypsilanti, patronne en 2003 de la fédération du SPD en Hesse, refuse à l’époque, toute « remise en cause de l’Etat-providence ». Gerhard Schröder s’en défendra plus tard dans une interview à l’hebdomadaire Der Spiegel d’octobre 2006, en faisant un parallèle avec les mobilisations en Allemagne: « Les gens ont manifesté car ils pensaient qu’on cassait le modèle de l’Etat-providence, mais ce n’est pas vrai. » 

L’ex-chancelier a donc réussi à réformer son pays, malgré les critiques venues de gauche, comme de droite. Mais, pour Nicolas Sarkozy, il a pu réussir telle prouesse, grâce à un allié de poids: les syndicats qu’ils jugent, moins « politisés » qu’en France.  

Les défaites du SPD 

Au pouvoir, Gerhard Schröder n’était pas de cet avis. Interrogé parDer Spiegel, il faisait état d’une méfiance non négligeable de leur part: les chefs, de l’époque, des syndicalistes d’IG Metall et de Ver.di, auraient été très « agressifs » à son encontre. Et auraient entravé le processus de mise en place de la réforme, qui commence en 2006, selon lui, à « porter ses fruits ».  

Enfin, dernier axe de la comparaison franco-allemande que dresse Nicolas Sarkozy: Schröder, très impopulaire au moment de la mise en place de ses réformes, est finalement sorti vainqueur des législatives anticipées de 2005. Signe qu’en oeuvrant pour le pays, même lorsqu’on prend des mesures douloureuses, on peut s’en sortir dans les urnes.  

Là aussi, ce n’est pas non plus tout-à-fait exact. Certes, Gerhard Schröder signe une remontée incroyable pour remporter le scrutin, mais son impossiblité à constituer une alliance avec le reste de la gauche le contraint à négocier avec la droite. Au final, il laissera la place de chancelier à Angela Merkel et démissionnera du Bundestag.  

Et c’est sans compter sur les défaites du SPD aux élections locales entre 2003 et 2005. Le parti de Gerhard Schröder s’est vu concurrencer par la gauche de la gauche, ainsi que par l’extrême droite. Le 19 septembre 2004, en Saxe, par exemple, le SPD n’obtient que 10% des suffrages, soit 0,2 points de plus que le NPD (extrême droite).  

Aujourd’hui, le SPD profite de l’impopularité de la coalition de centre-droit d’Angela Merkel, à bout de souffle, à un an des élections générales. Mais, une chose est sûre, le SPD, qui a perdu beaucoup d’adhérents, a eu du mal à tourner la page de la réforme imaginée par Gerhard Schröder. 

En prenant exemple sur l’ex-chancelier, Nicolas Sarkozy risque bien de précipiter l’UMP dans pareille spirale.  

29 janvier 2012

Bruno Le Maire à l’heure des doutes

Lu initialement sur L’Express.fr

Bruno Le Maire va faire connaître, ce samedi, les projet de l’UMP, soumis au vote des militants, lors d’un conseil national. Mais depuis qu’on lui a confié le poste de rédacteur du projet du parti, il cultive sa différence dans les propositions. 

Ce samedi, le conseil national de l’UMP aura un drôle de goût pour Bruno Le Maire. Le ministre de l’Agriculture doit en effet y présenter les propositions du parti pour le candidat de la majorité. L’aboutissement de plusieurs mois de travail au service du collectif. 

L’heure n’est pourtant pas à l’auto-satisfaction, plutôt aux doutes. Ces dernières semaines, on l’a vu faire entendre sa différence sur plusieurs sujets, sur la TVA ou la loi sur le génocide arménien. S’il réaffirme « une grande loyauté » envers Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire revendique « un ton singulier ». « Je reste déterminé à défendre mes idées, je ne suis pas un petit robot », explique-t-il à LEXPRESS.fr.  

Surtout, le 16 janvier, il brise un tabou dans une interview accordée à Libération. Le bilan de Nicolas Sarkozy? « Il est bon, mais il faut reconnaître les erreurs », explique-t-il, ciblant, parmi les « échecs » du quinquennat le bouclier fiscal, le débat sur l’identité nationale, ainsi que la hausse du chômage…  

Si le député de la Droite populaireLionnel Luca lui conseille de démissionner, Jean-François Copé préfère minorer. « Personnellement, je ne verse ni dans le triomphalisme, ni dans l’auto-flagellation. Mais après tout, chacun fait comme il le sent », glisse le secrétaire général de l’UMP. 

Pour un membre du gouvernement, les choses sont simples: Bruno Le Maire ne croit plus à la victoire. « Il est convaincu que le président veut avoir raison contre tous et que le syndrome CPE le guette », précise ce ministre. A en croire cette même source, le ministre n’est pas tendre avec le chef de l’Etat. Il estime que le président de la République n’écoute plus qu’une poignée de conseillers de l’Elysée, à l’origine des choix qu’il annoncera dimanche soir à la télévision. Parmi eux: les sondeurs Patrick Buisson et Pierre Giacometti. « A moins d’un miracle, il juge que le lien entre les Français et le président est irrémédiablement abîmé. » 

Y aurait-il quelque amertume chez l’ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin? Bien que pensant avoir réussi à l’Agriculture -il se compare volontiers à son illustre prédécesseur Jacques Chirac dans ce domaine- il a échoué en juin 2011 à obtenir le ministère de l’Economie que le chef de l’Etat lui avait pourtant promis. Pire, c’est son « ami » François Baroin qui obtient le poste… 

A partir de ce moment-là, Bruno Le Maire commence à cultiver sa différence sur le fond, alors qu’il est censé plancher sur le projet de l’UMP, avec l’aide de Jean-François Copé.  

Début septembre, la première mouture du projet UMP qu’il a présentée à Marseille, a fortement déplu. « Oui, cela a été difficile, le projet a été très critiqué », se souvient Bruno Le Maire. Les deux mesures, qu’il prône encore aujourd’hui, ont finalement été retirées du texte, faute d’unanimité: la fiscalisation des allocations familiales et une baisse des allocations chômage des cadres. 

« Je n’ai jamais voulu faire du bruit », assure, aujourd’hui, le ministre, tout de même décu de ne pas avoir pu « aller plus loin » avec ses « idées nouvelles ». Pour ne pas « diviser », il a donc préfèré faire machine arrière pour que, dit-il à Europe 1 le 5 septembre, « la philosophie du projet rassemble l’ensemble des sensibilités de notre famille politique. » Comme un parfum de résignation… 

14 décembre 2011

Le FN cajole l’électorat juif

Le vice-président du FN Louis Aliot est rentré d’un voyage en Israël, mardi soir. Ce voyage illustre la volonté de son parti de toucher l’électorat juif. Et ce depuis plusieurs années. 

Lu initialement sur lexpress.fr

 

Le Front national tente le tout pour le tout. Une véritable opération séduction, entamée en 2004, est à l’oeuvre pour draguer l’électorat juif de France, qui boude depuis toujours le vote Le Pen. Le voyage en Israël de Louis Aliot, entre dimanche et mardi soir, en est une nouvelle illustration.

A peine élue députée européenne, en 2004, Marine Le Pen s’inscrit au voyage d’une délégation de parlementaires en Israël, prévue deux ans plus tard, afin d’y rencontrer, entre autres, le chef du gouvernement Ehud Olmert et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Le voyage sera finalement annulé, les autorités israéliennes refusant de rencontrer un réprésentant frontiste. Conséquence des propos de Jean-Marie Le Pen sur le « détail » des chambres à gaz de la Seconde Guerre mondiale.

Pour Marine Le Pen, la tentative de rapprochement avec la communauté juive fait presque figure d’obsession. Depuis près de dix ans, elle cherche à rencontrer quelques-uns de ses membres. Comme le raconte Romain Rosso, journaliste à L’Express, dans son livre La Face cachée de Marine Le Pen (Flammarion), elle décroche un rendez-vous avec le président de l’association France-Israël, l’avocat Gilles-William Goldnadel, en 2004, parfois perçu comme trop à droite, par le Conseil représentatif des institutions juives de France.

Le Crif refuse de recevoir Marine Le Pen. En janvier 2006, son président d’alors, Roger Cukierman, lui tourne carrément le dos.

La victoire symbolique de Washington

Il faut attendre son élection à la tête du FN, en janvier 2011, pour que Marine Le Pen reprenne son opération séduction. Elle accorde au quotidien israélien de centre-gauche Haaretz un entretien et insiste sur l’aspect « pro-sioniste » de sa formation politique. Et explique au Point, en février dernier, que les camps de concentration étaient un « summum de la barbarie ».

Marine Le Pen insiste. Elle veut s’adresser aux juifs de France et s’invite à Radio J en mars 2011. Mais au dernier moment, la radio annule sa venue. « Cette invitation prenait des proportions trop importantes », explique alors Frédéric Haziza, le chef du service politique de la radio de la communauté juive.

Echec et mat? Marine Le Pen ne s’avoue pas vaincue. L’épisode suivant a lieu deux mois plus tard, à l’occasion d’un entretien accordé à Israël Magazine, au cours duquel elle assure que les « juifs n’on rien à craindre du Front national ». Puis en novembre, lors d’un voyage aux Etats-Unis. A Washington, elle finit par croiser l’ambassadeur israélien à l’ONU, Ron Prosor, et échange avec lui sur la situation de l’Europe.

Mais la controverse enfle immédiatement. Le diplomate savait-il réellement qui il rencontrait? Le FN assure que oui. L’Etat hébreu jure le contraire.

Aliot a vu « en privé » des parlementaires israéliens

Prochaine étape pour la présidente frontiste: se rendre en Israël, ce qu’elle envisage depuis de longues années, et prendre langue avec le Premier ministre Benyamin Netanyahu. C’est loin d’être gagné… Pour preuve, les difficultés qu’a dû surmonter Louis Alliot.

Le mystère plane autour des rendez-vous du numéro 2 du FN, durant son voyage de trois jours. Il se serait entretenu, « en privé », affirme-t-il sur les ondes de France Inter, avec des « élus locaux » de presque toutes les tendances politiques. Mais il ne veut pas donner de noms. A peine affirme-t-il avoir été « bien » accueilli, alors qu’il ne s’est pas excusé pour les propos de Jean-Marie Le Pen, toujours président d’honneur de son parti.

Il aurait aussi discuté avec des « Français qui vivent en Israël », notamment des « retraités ». D’après Louis Aliot, certains membres de la communauté juive de France et des Franco-Israéliens pourraient voter pour le Front national en 2012.

Cacophonie autour de la position du FN sur la Palestine

Louis Aliot a alterné un discours ferme, puis ouvert, à l’égard de la Palestine. Pour lui, les Palestiniens qui ne reconnaissent pas l’Etat hébreu sont des « terroristes », à qui il ne faut pas « parler ». Dans le même temps, le même Aliot affirme être favorable à la création d’un Etat palestinien.

A ses côtés, Michel Thooris, candidat frontiste aux législatives pour les Français de l’étranger dans la circonscription englobant Israël, a qualifié les colonies juives « d’implantations légitimes ». Une perche tendue aux ultras du gouvernement israélien emmenés par le ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman. Thooris a précisé, au micro de l’AFP, que « les juifs sont chez eux en Judée et Samarie », utilisant le terme des Israéliens pour désigner la Cisjordanie occupée. « Cette position n’engage ni Marine (Le Pen), ni le Front (national) », a dû corriger derechef Louis Aliot.

Quant à la future visite en Israël de Marine Le Pen elle-même, Louis Aliot affirme que ce ne sera guère possible avant mai 2012: « Elle a un emploi du temps chargé. » Les responsables israéliens aussi.

P.L

8 décembre 2011

La proportionnelle aux législatives, c’est pour bientôt ?

 

Publié initialement sur lexpress.fr
Tous les partis de France défendent l’introduction d’une dose de proportionnelle pour les législatives. Tous? Non: l’UMP résiste encore. Certains, au sein du mouvement présidentiel, commencent, toutefois, à changer d’avis. 

Un petit parti en terme de représentativité à l’Assemblée nationale a tendance à militer pour l’introduction d’une dose de proportionnelle aux législatives. Normal: cela lui permettrait d’entrer au Parlement, ou d’accroître sa présence. C’est le cas du Front national, mais aussi du Front de gauche ou de la chrétienne Christine Boutin qui aimerait que 100 députés soient élus ainsi. 

Mais les « gros » partis que sont l’UMP et le PS peuvent-ils leur emboîter le pas? Au PS, c’est fait. Mais sous la contrainte de leurs partenaires écologistes. L’accord signé avec eux prévoit une dose de proportionnelle sur la base de 15 à 20% des députés. Cette fourchette -et non un chiffre précis- montre en tout cas combien il fut difficile de s’entendre sur cette question de la proportionnelle. 

« Il faut d’abord réfléchir au redécoupage et ne pas agir dans l’urgence », justifie l’élu Europe Ecologie-Les Verts, David Cormand, membre du bureau exécutif et délégué des élections, qui reconnait que les négociations furent complexes. Les Verts plaidaient, d’ailleurs au départ, pour une proportionnelle intégrale, « à l’allemande ».  

Le PS, lui, ne militait que pour « une soixantaine de députés élus sur ce mode de scrutin ». « Je suis globalement pour le scrutin majoritaire uninominal, mais, avec une touche de proportionnelle, toutes les tendances pourraient être représentées sur les bancs de l’Assemblée nationale », confie Christophe Borgel, secrétaire national socialiste, chargé de la vie des élections, 

L’Assemblée, « un arc-en-ciel »?

Et l’UMP, alors? Souhaite-t-elle que tous les partis soient représentés? « Mais c’est déjà le cas, réplique le député Alain Marleix, ancien responsable des élections de l’UMP. Vous avez des écolos, des communistes. » Avant de nuancer son propos: « Seule l’extrême droite ne siège pas à l’Assemblée. » 

Selon lui, les députés, qui voteraient en faveur de l’introduction de la proportionnelle, « se tireraient une balle dans le pied ». Pire, « les socialistes se feraient hara-kiri », en ouvrant largement les bancs à leurs concurrents.  

« La Chambre basse ne doit pas être un arc-en-ciel, prévient Marleix, elle est là pour gouverner. La proportionnelle a d’ailleurs tué la quatrième République, parce qu’elle pose des problèmes de gouvernance. »  

La proportionnelle pose surtout la question de l’arrivée aux mandats locaux du FN. Une perspective, qui n’enchante guère Alain Marleix: « Mitterrand, pour tacler la droite, avait introduit la proportionnelle pour les législatives de 1986. Résultat: 35 députés FN avaient été élus. »  

Pour l’écolo David Cormand, il serait finalement normal que le FN soit représenté. « Le FN est-il un parti légal ? Si oui, il peut avoir des représentants du peuple. »  

Mais l’UMP craint pour ses circonscriptions. « La droite pourrait en perdre entre 50 et 100 au profit de la gauche en cas de triangulaire avec un candidat Front national, lors des prochaines législatives », estime David Cormand.  

« Certains, à l’UMP, évoquent la proportionnelle »

Malgré tout, à l’UMP, on commence à se poser la question. Selon Alain Minc, proche du chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy pourrait « l’imposer dès 2012″. Mais l’UMP peut-elle changer d’avis et inscrire cette mesure dans la boîte à idée pour la présidentielle? « Je ne le crois pas, glisse Marleix. La direction de l’UMP n’a pas débattu du sujet. »  

« La question n’est pourtant plus taboue » au sein du parti présidentiel, écrit Guillaume Tabard dans Les Echos. « Certains à l’UMP en discutent, il est vrai, répond Marleix. Des candidats à la députation, qui n’ont pu obtenir de circonscriptions, par exemple, souhaitent une réforme. »  

P.L

5 novembre 2011

Un terroriste français, enfermé au Maroc, veut purger sa peine dans l’Hexagone

Publié initialement sur lexpress.fr

  »L’émir aux yeux bleus », Richard Robert, condamné à la perpétuité pour son implication dans les attentats de Casablanca en 2003, veut être extradé en France. Il est soutenu par des membres du FN. 

 

Richard Robert, vous connaissez? Français et condamné à la réclusion criminelle pour son implication dans les attentats de Casablanca le 16 mai 2003, il purge sa peine dans la prison de Rabat depuis huit ans. Son avocat, Maître Courcelle-Labrousse, tente de le faire extrader vers son pays natal, comme l’y autorise une convention, signée en août 1981 entre l’Hexagone et le Maroc. 

« La demande d’extradition, envoyée en février 2007, est restée lettre morte, regrette François-Xavier Gicquel, fondateur de son comité de soutien, mis en place fin octobre. Sarkozy ne s’intéresse pas aux gens qui ne font pas la Une des médias. » Lors de son procès, Richard Robert a reconnu sa culpabilité. A la tête d’une cellule terroriste au Maroc, il avait participé à l’organisation de camps d’entraînement djihadistes dans le Nord du royaume. « Mais il n’a tué personne », nuance François-Xavier Gicquel, qui ne l’a jamais rencontré. 

« Il a réfléchi sur l’islamisme »

Depuis 2006, Richard Robert veut témoigner auprès des jeunes pour éviter qu’ils ne commettent la même « erreur » que lui. Issu d’une famille catholique de la région de Saint-Etienne, « Richard était un garçon agréable et sans problème », témoigne François-Xavier Gicquel après avoir discuté avec ses parents. Né en 1972, il se convertit à l’islam à l’âge de 18 ans et part, peu après, en Turquie: un séjour de quelques mois au cours duquel il se radicalise. En 1996, il déménage au Maroc afin d’y vivre de petits boulots comme l’import-export de voitures. Et c’est là que Richard Robert se rapproche de certains islamistes qui vont, plus tard, l’élire « émir ». 

 

Menacé, il a dû changer de prison 

Trois ans après sa condamnation, il décide finalement de se reconvertir à la foi chrétienne et de se confesser auprès d’un prêtre: « De manière rudimentaire, dans une salle publique, autour de musulmans », croit savoir François-Xavier Gicquel. Etait-ce un revirement pour faciliter son transfert? « Pas vraiment. Renonçant au Djihad, il voulait réfléchir sur l’islamisme », souligne celui qui est aussi membre du Front national et attaché non titulaire du groupe FN au Conseil régional de Rhône-Alpes. « Richard Robert risque sa vie. Menacé, il a dû changer de prison, avant de devoir revenir dans sa première geôle », s’insurge ce proche de Bruno Gollnisch

Défendu par des membres du FN

L’eurodéputé et conseiller régional de Rhône-Alpes a, lui, choisi de s’emparer du dossier quand il a reçu une lettre des parents de Richard Robert, voilà huit mois: « Ils m’ont ému, glisse-t-il, ce sont des braves gens. Leur fils aimerait être incarcéré près de leur domicile. » Et non bénéficier d’une grâce à l’instar des 300 islamistes marocains repentis et capturés suite aux attentats de Casablanca. « Il serait juste que le roi du Maroc lui accorde une certaine clémence, souligne Bruno Gollnisch, une réduction de peine et, en tout cas, le droit de rentrer en France. » 

Le conseiller régional se serait-il intéressé à cet « émir aux yeux bleus » si ce dernier n’avait pas renoncé à sa foi de l’Islam pour redevenir catholique? « S’il était resté musulman, répond-il, cela ne m’aurait guère dérangé à condition qu’il abjure ses pratiques islamistes de l’époque. » Avant de conclure: « De toute manière, ce dossier ne m’apporte aucune gloire médiatique. » 

François-Xavier Gicquel défend son conseiller régional: « Cela n’a rien à voir avec nos étiquettes politiques. » Selon lui, Bruno Gollnisch aurait été le seul élu à avoir pris le soin de répondre aux parents de Richard Robert, qui auraient envoyé un courrier à chaque représentant élu de la région, de droite ou de gauche.

P.L

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