le Canard de l’Etang

8 décembre 2011

La proportionnelle aux législatives, c’est pour bientôt ?

 

Publié initialement sur lexpress.fr
Tous les partis de France défendent l’introduction d’une dose de proportionnelle pour les législatives. Tous? Non: l’UMP résiste encore. Certains, au sein du mouvement présidentiel, commencent, toutefois, à changer d’avis. 

Un petit parti en terme de représentativité à l’Assemblée nationale a tendance à militer pour l’introduction d’une dose de proportionnelle aux législatives. Normal: cela lui permettrait d’entrer au Parlement, ou d’accroître sa présence. C’est le cas du Front national, mais aussi du Front de gauche ou de la chrétienne Christine Boutin qui aimerait que 100 députés soient élus ainsi. 

Mais les « gros » partis que sont l’UMP et le PS peuvent-ils leur emboîter le pas? Au PS, c’est fait. Mais sous la contrainte de leurs partenaires écologistes. L’accord signé avec eux prévoit une dose de proportionnelle sur la base de 15 à 20% des députés. Cette fourchette -et non un chiffre précis- montre en tout cas combien il fut difficile de s’entendre sur cette question de la proportionnelle. 

« Il faut d’abord réfléchir au redécoupage et ne pas agir dans l’urgence », justifie l’élu Europe Ecologie-Les Verts, David Cormand, membre du bureau exécutif et délégué des élections, qui reconnait que les négociations furent complexes. Les Verts plaidaient, d’ailleurs au départ, pour une proportionnelle intégrale, « à l’allemande ».  

Le PS, lui, ne militait que pour « une soixantaine de députés élus sur ce mode de scrutin ». « Je suis globalement pour le scrutin majoritaire uninominal, mais, avec une touche de proportionnelle, toutes les tendances pourraient être représentées sur les bancs de l’Assemblée nationale », confie Christophe Borgel, secrétaire national socialiste, chargé de la vie des élections, 

L’Assemblée, « un arc-en-ciel »?

Et l’UMP, alors? Souhaite-t-elle que tous les partis soient représentés? « Mais c’est déjà le cas, réplique le député Alain Marleix, ancien responsable des élections de l’UMP. Vous avez des écolos, des communistes. » Avant de nuancer son propos: « Seule l’extrême droite ne siège pas à l’Assemblée. » 

Selon lui, les députés, qui voteraient en faveur de l’introduction de la proportionnelle, « se tireraient une balle dans le pied ». Pire, « les socialistes se feraient hara-kiri », en ouvrant largement les bancs à leurs concurrents.  

« La Chambre basse ne doit pas être un arc-en-ciel, prévient Marleix, elle est là pour gouverner. La proportionnelle a d’ailleurs tué la quatrième République, parce qu’elle pose des problèmes de gouvernance. »  

La proportionnelle pose surtout la question de l’arrivée aux mandats locaux du FN. Une perspective, qui n’enchante guère Alain Marleix: « Mitterrand, pour tacler la droite, avait introduit la proportionnelle pour les législatives de 1986. Résultat: 35 députés FN avaient été élus. »  

Pour l’écolo David Cormand, il serait finalement normal que le FN soit représenté. « Le FN est-il un parti légal ? Si oui, il peut avoir des représentants du peuple. »  

Mais l’UMP craint pour ses circonscriptions. « La droite pourrait en perdre entre 50 et 100 au profit de la gauche en cas de triangulaire avec un candidat Front national, lors des prochaines législatives », estime David Cormand.  

« Certains, à l’UMP, évoquent la proportionnelle »

Malgré tout, à l’UMP, on commence à se poser la question. Selon Alain Minc, proche du chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy pourrait « l’imposer dès 2012″. Mais l’UMP peut-elle changer d’avis et inscrire cette mesure dans la boîte à idée pour la présidentielle? « Je ne le crois pas, glisse Marleix. La direction de l’UMP n’a pas débattu du sujet. »  

« La question n’est pourtant plus taboue » au sein du parti présidentiel, écrit Guillaume Tabard dans Les Echos. « Certains à l’UMP en discutent, il est vrai, répond Marleix. Des candidats à la députation, qui n’ont pu obtenir de circonscriptions, par exemple, souhaitent une réforme. »  

P.L

5 novembre 2011

Un terroriste français, enfermé au Maroc, veut purger sa peine dans l’Hexagone

Publié initialement sur lexpress.fr

  »L’émir aux yeux bleus », Richard Robert, condamné à la perpétuité pour son implication dans les attentats de Casablanca en 2003, veut être extradé en France. Il est soutenu par des membres du FN. 

 

Richard Robert, vous connaissez? Français et condamné à la réclusion criminelle pour son implication dans les attentats de Casablanca le 16 mai 2003, il purge sa peine dans la prison de Rabat depuis huit ans. Son avocat, Maître Courcelle-Labrousse, tente de le faire extrader vers son pays natal, comme l’y autorise une convention, signée en août 1981 entre l’Hexagone et le Maroc. 

« La demande d’extradition, envoyée en février 2007, est restée lettre morte, regrette François-Xavier Gicquel, fondateur de son comité de soutien, mis en place fin octobre. Sarkozy ne s’intéresse pas aux gens qui ne font pas la Une des médias. » Lors de son procès, Richard Robert a reconnu sa culpabilité. A la tête d’une cellule terroriste au Maroc, il avait participé à l’organisation de camps d’entraînement djihadistes dans le Nord du royaume. « Mais il n’a tué personne », nuance François-Xavier Gicquel, qui ne l’a jamais rencontré. 

« Il a réfléchi sur l’islamisme »

Depuis 2006, Richard Robert veut témoigner auprès des jeunes pour éviter qu’ils ne commettent la même « erreur » que lui. Issu d’une famille catholique de la région de Saint-Etienne, « Richard était un garçon agréable et sans problème », témoigne François-Xavier Gicquel après avoir discuté avec ses parents. Né en 1972, il se convertit à l’islam à l’âge de 18 ans et part, peu après, en Turquie: un séjour de quelques mois au cours duquel il se radicalise. En 1996, il déménage au Maroc afin d’y vivre de petits boulots comme l’import-export de voitures. Et c’est là que Richard Robert se rapproche de certains islamistes qui vont, plus tard, l’élire « émir ». 

 

Menacé, il a dû changer de prison 

Trois ans après sa condamnation, il décide finalement de se reconvertir à la foi chrétienne et de se confesser auprès d’un prêtre: « De manière rudimentaire, dans une salle publique, autour de musulmans », croit savoir François-Xavier Gicquel. Etait-ce un revirement pour faciliter son transfert? « Pas vraiment. Renonçant au Djihad, il voulait réfléchir sur l’islamisme », souligne celui qui est aussi membre du Front national et attaché non titulaire du groupe FN au Conseil régional de Rhône-Alpes. « Richard Robert risque sa vie. Menacé, il a dû changer de prison, avant de devoir revenir dans sa première geôle », s’insurge ce proche de Bruno Gollnisch

Défendu par des membres du FN

L’eurodéputé et conseiller régional de Rhône-Alpes a, lui, choisi de s’emparer du dossier quand il a reçu une lettre des parents de Richard Robert, voilà huit mois: « Ils m’ont ému, glisse-t-il, ce sont des braves gens. Leur fils aimerait être incarcéré près de leur domicile. » Et non bénéficier d’une grâce à l’instar des 300 islamistes marocains repentis et capturés suite aux attentats de Casablanca. « Il serait juste que le roi du Maroc lui accorde une certaine clémence, souligne Bruno Gollnisch, une réduction de peine et, en tout cas, le droit de rentrer en France. » 

Le conseiller régional se serait-il intéressé à cet « émir aux yeux bleus » si ce dernier n’avait pas renoncé à sa foi de l’Islam pour redevenir catholique? « S’il était resté musulman, répond-il, cela ne m’aurait guère dérangé à condition qu’il abjure ses pratiques islamistes de l’époque. » Avant de conclure: « De toute manière, ce dossier ne m’apporte aucune gloire médiatique. » 

François-Xavier Gicquel défend son conseiller régional: « Cela n’a rien à voir avec nos étiquettes politiques. » Selon lui, Bruno Gollnisch aurait été le seul élu à avoir pris le soin de répondre aux parents de Richard Robert, qui auraient envoyé un courrier à chaque représentant élu de la région, de droite ou de gauche.

P.L

14 juillet 2011

Le culot de Roselyne Bachelot

Seule au monde ? A contre-courant ? Roselyne Bachelot, ministre de la Solidarité et de la Cohésion sociale, ne cesse de cultiver sa différence au sein de l’exécutif. La solidarité gouvernementale, cette proche amie de François Fillon ne connaît pas. Ou fait mine de ne guère s’y intéresser. Peu lui importe de gêner ses collègues ministres.

Le mariage  gay ? La ministre n’est pas la seule à défendre l’union homosexuelle, mais elle pense que l’opinion publique l’acceptera un beau jour, ainsi que l’adoption des enfants pour un couple de même sexe.

Martine Aubry évoque devant la place publique les rumeurs qui courent sur sa vie privée et son mari – qui, selon elle, sont véhiculées par des membres de la majorité ? Roselyne Bachelot « comprend (son) indignation, sa révolte » alors que certains ministres dénoncent la méthode de la candidate à la primaire socialiste.

SOS Racisme organise un concert à Paris pour le 14 juillet. Roselyne Bachelot se pointe au rendez-vous et se présente aux côtés du… rebelle Jean-Louis Borloo, du socialiste François Lamy et de l’écologiste Eva Joly (entre autres).

Et cette manie de « déranger » ne date pas d’hier. En 1998, déjà, Roselyne Bachelot votait la loi socialiste instaurant le Pacs. Contre l’avis de ses amis politiques opposés au texte.

Osée, Roselyne !

27 juin 2011

Pays basque : Batasuna, adios la frontière franco-espagnole ?

Interview publiée sur Atlantico

Propos recueillis par P.L

 

Aurore Martin, la militante basque, visée par un mandat d’arrêt européen émis par l’Espagne, a failli être arrêtée, mardi 21 juin. Plusieurs activistes basques ont repoussé les policiers français venus l’interpeler. Elle risque jusqu’à douze ans de prison pour « participation à une organisation terroriste ». Membre de Batasuna, parti interdit en Espagne pour ses liens supposés avec l’ETA, mais autorisé en France, elle venait de sortir de six mois de clandestinité. Mais qui se cache derrière cette formation politique ?

Aurore Martin, la militante basque, visée par un mandat d’arrêt européen émis par l’Espagne, a failli être arrêtée, mardi 21 juin.

Aurore Martin, la militante basque, visée par un mandat d’arrêt européen émis par l’Espagne, a failli être arrêtée, mardi 21 juin.  Crédit Reuters

Atlantico : Comment qualifier la formation basque « Batasuna » (dont le nom est revendiqué par ses membres mais n’est plus autorisé depuis 2003) ? Y a-t-il une différence entre la partie espagnole et la branche française du parti ?

Barbara Loyer : Batasuna est un parti indépendantiste basque. Il veut fonder un nouvel État souverain qui ferait disparaître à cet endroit la frontière franco-espagnole en rassemblant des territoires de France et d’Espagne. La nouvelle  frontière devrait passer au milieu du département des Pyrénées-Atlantiques. Elle inclurait, théoriquement, Bayonne mais pas la partie de son agglomération qui se trouve dans le département des Landes.

Cet Etat devrait être bascophone. Batasuna se déclare socialiste. Les militants tiennent des discours politiques avec un vocabulaire utilisé à l’ordinaire par la gauche, notamment les mots « répressions », « peuple », « torture », etc. C’est important pour comprendre que les déclarations de solidarité viennent plutôt de partis de gauche.

Théoriquement, Batasuna est en France l’expression du même projet politique que le parti du même nom interdit en Espagne mais doit s’adapter au contexte légal des élections françaises.

Quels sont les combats que porte ce parti indépendantiste ?

Ce sont ceux de l’extrême gauche, d’une contestation des systèmes politiques actuels.  Le vocabulaire qu’ils emploient leur permet de converger avec les mouvements des Indignés dans de nombreux pays d’Europe, mais, à la différence des Indignés, l’idéologie nationaliste inscrit les actions de Batasuna dans des tactiques  à court et moyen terme beaucoup plus réfléchies, pour une stratégie à long terme.

Cette stratégie est explicitement celle de former un mouvement politique commun en France et en Espagne. Le fait que la coalition indépendantiste basque Bildu ait eu un tel succès en Espagne et que l’ETA poursuive sa lente évolution vers la disparition (bien qu’on trouve encore ses caches d’explosifs) change la donne, côté français. En effet, les indépendantistes basques en France ont été soucieux, jusqu’à maintenant, de ne pas se laisser dépasser par les partisans de la lutte armée.

Ils ont déjà bien du mal à s’implanter électoralement, et le développement du terrorisme en France leur porterait préjudice. Si l’ETA disparaît, cette inhibition est levée et une lutte interne entre nationalistes basques, en France comme en Espagne, va se développer, pour occuper le devant de la scène et gagner des parts de l’électorat.  Le fait d’apparaître comme victime est utile pour atteindre cet objectif.

Il faut écouter les discours comme des éléments de stratégies politiques mises en œuvre à des moments réfléchis. Il est utile aujourd’hui en France de commencer à faire bouger les associations et les partis sur un agenda politique que l’on maîtrise. Il faut inscrire le peuple basque dans les priorités du Pays basque, maintenant, après le succès de Bildu en Espagne et à la faveur du mouvement des indignés qui crée un élan dont il faut utiliser l’énergie. C’est de la politique, pas de l’idéalisme.

La question du mandat d’arrêt européen visant la militante basque Aurore Martin peut être traitée sur le plan juridique des libertés publiques en Europe. Le problème ici est le lien implicite fait entre la liberté des individus et celle d’un ‘peuple basque » que représenterait la militante concernée. Ce lien est trompeur.  Pour l’instant, en France, Batasuna ne représente rien sur le plan électoral. Il n’est pas plus le peuple basque que les électeurs de l’UMP qui portent des noms basque et parlent la langue basque.

Batasuna est interdit par la justice espagnole pour ses supposés liens avec l’ETA. Qu’en est-il exactement ?

Selon moi, les liens de Bastasuna avec l’ETA et l’idéologie totalitaire de cette organisation ne sont pas supposés mais réels. Il me semble que c »est un vrai problème que des militants de gauche ne soulèvent pas la contradiction qui existe, dans ce cas présent, entre le discours de gauche et la pensée totalitaire. Il ne faut pas seulement juger des discours mais des pratiques politiques.

22 juin 2011

Droite et centre en 2012 : Printemps des prétendants

On avance, on avance, on avance… La présidentielle de 2012 arrive vite et, forcément, petits et grands candidats s’agitent. Présentent candidature. S’excitent. S’envoient piques et fleurs. Le printemps des prétendants a démarré, c’est entendu.

Christine Boutin, la dernière à s’être déclarée, veut porter les couleurs de son mini-parti chrétien-démocrate. Cette ancienne ministre veut « apaiser la France ». Noble cause ? Certes. Est-elle la seule  ? Pas vraiment. Le gaulliste Galouzeau de Villepin, « déterminé », lui aussi, à se présenter en 2012, en a marre que « tout ce qui touche à la politique devienne scandale ». Aveu de candidature…

L’ex-ministre de l’Ecologie, l’assez populaire Jean-Louis Borloo aurait pu, lui aussi, raconter la même histoire. Celui qui se voyait déjà Premier ministre sous Sarkozy voilà quelques mois se prépare, selon ses proches, à « gagner la présidentielle ». Va et veut-il vraiment y aller ? Il ne cesse, il est vrai, de répéter que le chef de l’Etat dresse les Français les uns contre les autres. Surtout depuis que DSK est hors-jeu.

Une sortie de piste dont devrait aussi profiter le centriste indépendant (et solitaire) François Bayrou, censé pouvoir voler quelques voix au centre-gauche. Des sociaux-démocrates (issus de l’aile droite du PS) aux quelques radicaux de gauche, dont le parti (le PRG) a déclaré vouloir peut-être présenter quelqu’un en 2012Jean-Pierre Baylet, voire Bernard Tapie – avant d’envisager, finalement, de participer à la primaire PS.

Forcément, ils veulent tous porter la voix des plus faibles. Des oubliés du quinquennat, ceux à qui l’on pense avant une élection, comme le dit si bien le chasseur Frédéric Nihous, pourtant proche de l’UMP – puisque membre du « comité de liaison », le regroupement des partis amis de la majorité. Ce dernier, qu’on n’entend (presque) pas non plus depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, a décidé de (re)mettre son fusil sur ses épaules pour défendre « les ruraux et les agriculteurs ».

Un thème cher au chef de l’Etat… à l’approche de l’échéance de 2012. Le président de la République, impopulaire dans les sondages, ne s’est pas encore déclaré candidat à sa réélection. Mais les signes ne trompent plus. Il se déplace deux fois par semaine dans une région de France. Il propose un moratoire de la fermeture des classes du primaire… à l’orée de la rentrée de septembre 2012. Impose une prime pour certains salariés et prépare son futur staff de campagne – avec, entre autres, le retrait du gouvernement de son ami Hortefeux, voilà quelques mois déjà.

13 avril 2011

Quand le gouvernement se divise depuis les cantonales…

A un an de la présidentielle, certains ministres affichent leurs différences sur plusieurs points.

Depuis les cantonales, les membres du gouvernement ne s’entendent plus. Tous n’ont pas donné, d’abord, la même consigne de vote pour le second tour de l’élection locale. Certains ont clairement affiché leur préférence pour le PS en cas de duel gauche-FN. D’autres ont préféré suivre la voie de Jean-François Copé et du chef de l’Etat, celle du « ni-ni ». Le débat sur la laïcité a suscité, ensuite, des réserves de la part du gaulliste social François Fillon qui a boudé le rendez-vous de l’UMP.

Et ce n’était qu’un début : la règle de la non-reconduite d’un fonctionnaire sur deux ne plaît plus à l’ensemble du gouvernement. François Baroin veut poursuivre la mesure. Le secrétaire d’Etat à la Fonction publique, Georges Tron s’y oppose. Autre fracture : l’immigration légale. Quand Claude Guéant et Xavier Bertrand veulent la réduire, Christine Lagarde ne suit pas ses collègues.

La prochaine présidentielle provoque aussi quelques remous chez les ministres. Nicolas Sarkozy coule dans les sondages, François Fillon, voire Alain Jupé, apparaissent comme des outsiders pour représenter la majorité présidentielle en 2012.

Et dans ce contexte, l’ancien N°2 du gouvernement Fillon, le radical valoisien Jean-Louis Borloo s’échappe de l’UMP, construit sa candidature au nom d’un rassemblement « centriste, écologique et social ».

Du coup, ses concurrents de l’intérieur appellent au rassemblement de toute la droite et du centre. Outre Copé et Larcher, François Fillon – qui avait été reconduit à Matignon à la place de l’ex-ministre de l’Ecologie, candidat au poste de Premier ministre, à l’époque – et Alain Juppé – qui, à la suite d’une défaite aux législatives en 2007 avait été remplacé dans sa fonction de ministre d’Etat par… Borloo – ont critiqué la volonté d’indépendance du patron des radicaux valoisiens. Il faut se rassembler dés le premier tour et non éparpiller les voix, ont-ils rappelé.

Le ministre de la Ville, Maurice Leroy (NC), se montre, au contraire, ravi de l’éventuelle candidature de Borloo.  Elle permettrait, selon lui, d’éviter la défaite de la droite en disqualifiant la gauche pour le second tour de la présidentielle.

Borloo pourrait en effet « choper » les voix de certains villepinistes pour gêner l’ex-Premier ministre s’il se lançait à l’aventure. Attirer des centristes de Bayrou, pas dupe de la manœuvre politicienne. Capter une partie de l’électorat écologiste tenté par le populaire Hulot, son « ami » qui vient, lui, de se présenter officiellement à la présidentielle. Et peut-être quelques sympathisants de centre-gauche, charmés par DSK.

Des électeurs utiles au chef de l’Etat s’il veut passer le premier tour en 2012… Or, au vu des sondages quotidiens, c’est loin d’être gagné. Nicolas Sarkozy se voit régulièrement talonné par le candidat socialiste et Marine Le Pen.  La stratégie chère à Buisson de se rapprocher des idées du FN, depuis l’affaire des Roms à l’été dernier, devait permettre d’abattre la formation d’extrême droite comme lors du dernier scrutin de 2007. L’échec est patent.

Le président de la République a, en outre, irrité son électorat de centre-droit. Le chef de l’Etat s’en serait-il rendu compte ? Aurait-il donc proposé au centriste Borloo de s’émanciper pour que Nicolas Sarkozy puisse se sauver ? Y aurait-il un pacte entre les deux pour que l’un reste à l’Elysée et que l’autre gagne Matignon en 2012 ?

Des interrogations qui n’engagent que l’auteur… ou pas.

P.L

3 mars 2011

La Dame du PS cherche idées concrètes

Rattraper le temps perdu. Reprendre l’ascendant médiatique sur son concurrent socialiste. Qui a pris un tour d’avance sur le terrain des caméras et de la presse. Sans pour autant évoquer celui des idées, faute de pouvoir le faire, mandat à Washington oblige. Aubry veut dépasser DSK, ancré en pôle position des sondages depuis des lustres.

La Première secrétaire a donc accéléré le tempo. Et va présenter le programme du PS, plus tôt que prévu. Avant les cantonales, comme expliqué au Monde, daté du 3 mars. Quelques propositions plutôt vagues sur l’emploi des jeunes ou sur la construction de logements sociaux. Quelques piques adressées au chef de l’Etat. En matière de sécurité, dont le bilan de Sarkozy est « terrible ». Sur la réforme des collectivités territoriales, que la maire de Lille veut « abroger ». Et, bien sûr, sur la façon de gouverner du président de la République. Sa manière « d’opposer les Français », l’instauration d’une « concurrence » entre les gens à tous les étages, sa vision dichotomique des jeunes : soit « paresseux », soit « délinquant ».

Mais quand il s’agit de détailler certaines mesures, là, Martine Aubry se la joue absente. Les journalistes du journal vespéral posent une question, et hop, une pirouette pour ne pas y répondre. Trop tôt ? Faut préparer une fiche. Le temps presse. Exemple : la Première secrétaire va-t-elle ramener le déficit à 3% ? Aucune idée, Aubry n’apporte aucune piste. Elle préfère évoquer l’Europe puis contrer le pacte de stabilité de Sarkozy et de Merkel : « Il faut remettre en ordre les finances publiques, mais avec un autre chemin, compatible avec la croissance, en France comme en Europe », explique-t-elle.

Et ce projet dont elle vient de présenter les grandes lignes, est-ce le sien ou celui du PS? « C’est le projet pour faire gagner notre candidat, mais surtout le projet que la France et les Français attendent », assure la Dame du Nord.

Les yeux visiblement rivés sur son autre concurrent. Pas celui de Washington. Mais celui à sa gauche, l’ancien sénateur Mélenchon, camarade ex-socialiste qui veut mener le pays sous l’étiquette Front de gauche avec la Gauche unitaire – à fond derrière lui – et en compagnie des communistes – encore méfiants. Car le candidat avance, pas à pas. Il court les plateaux télé pour débattre avec ses opposants comme Le Pen ou encore Daubresse et Jacob (pour ne citer qu’eux). Et histoire de détailler son programme, mesure après mesure (plus ou moins) concrète. Au contraire, donc, d’Aubry…

P.L

7 février 2011

Web-séries :s’engager pour se faire connaître

Article publié dans Marianne

On ne compte plus les Web-séries sur la Toile, des productions souvent auto-financées avec de jeunes comédiens. L’idée ? Se faire connaître et partager sa passion. Mais pas seulement : il s’agit aussi de transmettre certains messages. Souvent d’ordre écologique.



Dessin - Louison

Dessin – Louison

Les séries ne se regardent plus qu’à la télévision. On peut les suivre sur le Net, où elles sont diffusées à outrance. Le nombre de visionnages et leur popularité grimpent en flèche. Parmi ces feuilletons, certaines surfent sur la vague écolo. Et traitent de développement durable, sujet à la mode par les temps qui courent.

Chacun son format (des épisodes de 2 à 10 minutes, en général), chacun son ton. Quelques séries défendent leurs idées par l’humour au premier degré, en particulier grâce à l’effet de blagues – pas toujours réussies – qui se succèdent. C’est le cas de Planète Bureau, une série qui vise à sensibiliser les entreprises aux éco-gestes. Elle est née d’une collaboration entre une agence de communication engagée, ICOM, et une troupe de théâtre, La compagnie du 4. Trois volets ont déjà été diffusés avec un thème par épisode.

D’abord, le covoiturage, décrit comme une manière « conviviale » de se déplacer qui permet une économie d’essence et d’accident de la route, rappelle l’une des personnages féminins. Peu dupe, toutefois. Ce mode de transports resterait peu populaire, regrette-t-elle, faussement affectée. Celle-ci n’arrive pas à « convaincre ses collègues ».

La série se penche aussi sur le gaspillage de papier et des bouteilles en plastique. Et là non plus, la protagoniste peine à responsabiliser les membres de sa boîte. Exemple, l’un des personnages, sceptique, ne veut pas changer ses habitudes et passer à l’eau du robinet… car il préfère l’eau gazeuse.

Pathétique ? Ridicule ? Un peu…   Bienvenue au pays des « Bisounours » !


Épisode 1 : « co-voiturage… ô désespoir »
envoyé par Planete-Bureau. – Gag, sketch et parodie humouristique en video.

 

De ce feuilleton au ton comique, un brin raté, un brin tordu, on passe au sombre univers de la Web-série The Coat, une fiction née en 2007 (9 épisodes diffusés), qui dresse le tableau d’un monde, ravagé par une explosion et sans humanité. Une vision d’un futur possible ? « Nous voulions montrer ce que pourrait devenir la terre si on ne fait rien aujourd’hui », explique l’un des trois créateurs, Mathieu Caillière. Le metteur en scène et acteur principal pointe les dangers « du réchauffement climatique, de la montée des eaux, de la fonte des glaciers ». A la naissance de ce projet, en 2007 – « à une époque où l’on ne parlait pas beaucoup d’écologie » -, il travaillait dans le domaine du développement durable.

Et lui, aussi, a toujours voulu sensibiliser. « Éteindre la lumière, fermer le robinet », ça reste important, ce sont des gestes utiles. Mais, promis, pas d’approche moralisatrice dans la série. Vraiment ? Ne joue-t-elle pas sur nos peurs ? Sur un certain catastrophisme ambiant ?

Elle débute par le réveil du protagoniste. Seul, il découvre un monde… différent et décoiffant. Au départ, peu d’action et beaucoup de lenteur. Puis, au fil des épisodes, tout s’accélère. Le héros croise des survivants… craintifs, anxieux. Ce qui révèle « une insécurité, un retour au côté primitif de l’homme », comme l’explique Mathieu Caillière. Qui évoque ensuite la quête du personnage qu’il interprète : rejoindre une terre d’espoir, la seule poche d’humanité encore existante : Babylone. « C’est la cité du mystère, l’éden de l’espoir », sourit le metteur en scène.


The Coat – Bande-Annonce 01
envoyé par Seb-PJ. – Regardez des web séries et des films.

 


Le futur, d’autres web-séries en parlent aussi. Exemple : Le Visiteur du Futur, un feuilleton qui évoque le sauvetage de la planète (« sauver le monde ») sur un ton plus léger. Mais ce n’était guère l’idée de départ : « J’ai d’abord créer quelque chose qui n’existait pas à la télévision, une science-fiction humoristique », raconte le créateur et scénariste de la série, François Descraques. La première saison propose, au début, quelques épisodes à histoire bouclée : « Des sketchs » indépendants et « facile à réaliser ».



Le visiteur du futur EPISODE 1
envoyé par FrancoisDescraques. – Cliquez pour voir plus de vidéos marrantes.

 

Mais comme la série, qui « vise un public large », fonctionne bien, le créateur a « changé la formule » en cours de route. Et écrit une intrique sur du plus long cours. Les épisodes de la saison 2 (l’épisode 7 vient d’être diffusé) durent plus longtemps – dix minutes environ -, sont « plus pertinents » et reliés les uns aux autres. Il s’agissait dorénavant, pour le créateur, de « montrer ce que c’est de vouloir transformer le monde, ce que cela peut impliquer dans la vie de tout les jours. Les gens n’ont pas tous envie, y compris moi, confie François Descraques, de changer leurs habitudes et faire des sacrifices pour le bien de la planète. »

Et il s’emploie à illustrer son propos à l’écran par l’absurde. Le visiteur du futur recommande par exemple de ne pas manger de sandwichs, de ne proposer aucun rendez-vous galant à une fille, de n’acheter aucune bouteille de lait, mais encore de ne pas se rendre à une boulangerie. Des actions qui, selon le visiteur du futur, conduiraient à la catastrophe dans un temps éloigné du présent.

Mais on en a tous cure, croit savoir François Descraques : « Personne ne veut renoncer à son bonheur, à son plaisir, excepté, peut-être, des moines bouddhistes », sourit-il.

Tous égoïstes ?

03 Nicolas Sarkozy 1er : pour une nouvelle taxe carbonne !
envoyé par lesmiettesTV. – Cliquez pour voir plus de vidéos marrantes.


Cette série SF, un brin délirante, un brin philosophique, n’a, en fait, rien de politique. Au contraire de « La quête sans Fin », une production presque théâtrale qui met en scène une époque médiévale avec, entre autres, deux protagonistes, le preux chevalier Nicolas 1er et la fée Golène… Qui font référence, bien sûr, à l’actuel chef d’État et à la candidate socialiste à la présidentielle de 2007. Les deux créateurs – et acteurs, au passage  -, Jonathan et Isabelle Meli, ne veulent pas s’arrêter en si bon chemin : ils prévoient de créer un nouveau personnage pour une saison 2 : « Une femme qui vole aux étrangers pour rendre aux Français », allusion non masquée à Marine Le Pen, qui vient d’être « adoubée » présidente du FN.


« Une taxe contre tout sujet qui salit la nature»

« Il est possible de dresser un parallèle entre l’époque actuelle et le Moyen-Âge », explique Jonathan Meli. Avec une préférence : l’utilisation d’un ton léger, comique, caricatural et démagogique pour traiter « de sujets marronniers qui reviennent à intervalle régulière dans les médias ». Y compris, donc, l’écologie, thème central du troisième épisode (sur 9 déjà en ligne) : « A l’époque, on parlait beaucoup de la taxe carbone. On s’en est servi pour l’histoire : Nicolas 1er décide d’instaurer un impôt pour tout sujet qui salit la nature. » Ou comment inventer une taxe populaire…

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que ce couple parle d’écologie. Dans une précédente Web-série, Un jour de plus, aujourd’hui défunte, les deux avaient évoqué, le temps d’un épisode, les animaux en voix de disparition et ces « hommes pollueurs et méchants ».

« Ce qu’on recherche, c’est de faire réfléchir les gens », conclut Jonathan Meli, apôtre d’une « éducation populaire ». Mais non prise de tête.

Décidément, la vague verte n’a pas fini de se déployer…

7 février 2011

Mouvements de jeunes des partis politiques : pourquoi faire ?

 

Article publié dans Marianne

A quoi sert vraiment un mouvement de jeunes ? Marianne a posé la question à des responsables de petits mouvements de jeunes. Porter la voix des aînés à outrance, se chercher d’éventuels nouveaux électeurs… Marquer sa différence ? A peine…

 

Louison

 

 

Dessin : Louison

 

 

« Quand je ne suis pas d’accord avec François (Bayrou), je lui dis, confie François-Xavier Pénicaud. Et il écoute. » Pour illustrer son propos, le président des Jeunes Démocrates cite le mouvement des retraites à l’automne dernier. Selon lui, le troisième homme de la présidentielle de 2007 ne comprenait pas pourquoi les jeunes descendaient dans la rue et il avait voulu lui expliquer que ces jeunes avaient battu le pavé pour une bonne raison : « Ils manifestent une inquiétude quant à leur insertion professionnelle », avait-il défendu à l’époque.

Le premier rôle serait-il alors de taper sur les chefs? Tous, peu importe les obédiences, insistent sur la présence d’un débat interne à la famille politique. Quitte à reconnaître des désaccords entre deux générations d’une même structure… Il faut pouvoir exister.


Au diapason et s’opposer pour s’opposer

 

(François-Xavier Pénicaud - photo : Charles Cadiet - cc)

(François-Xavier Pénicaud – photo : Charles Cadiet – cc)

 

 

D’abord, qui dit plus jeune, dit aussi plus ouvert sur des questions sociétales. Les Jeunes démocrates veulent se différencier du MoDem sur « l’homosexualité et l’euthanasie », jure François-Xavier Pénicaud, bénévole du MoDem. Les jeunes pour la France, eux, disent se distinguer « sur des mesurettes », comme lors du débat sur le travail du dimanche : Christophe Bentz, leur président – salarié -, était « pour », son parti contre.

Mais pas seulement : ils prétendent ne pas avoir toujours les  « mêmes analyses politiques », croit savoir Christophe Bentz… Son homologue des Radicaux de Gauche, Sandra-Élise Revieriego, abonde en ce sens et donne un exemple récent : « Lorsque Jean-Michel Baylet a évoqué dans une tribune la possibilité d’un Front républicain avec le Parti radical valoisien de Jean-Louis Borloo, nous lui avons exprimé notre désaccord. » La jeune femme, pas rémunérée par son parti, mais salariée dans une agence de communication publique, précise : « Le problème ? Le parti de Jean-Louis Borloo est intégré à l’UMP. »

Mais a-t-elle une chance de se faire écouter ? Pas sûr… Mais peu importe, finalement. Les beaux discours suffisent : « Les Jeunes démocrates portent la voix de la jeunesse auprès du MoDem et la voix du MoDem à la jeunesse », murmure François-Xavier Pénicaud. Sandra-Elise Reviriego parle des Jeunes Radicaux comme d’une « force de négociation et de proposition », pour les aînés du parti. Et Isabelle Ignace des Jeunes Solidaires d’avancer l’idée d’une « plus-value considérable » provenant de ces militants dans la fleur de l’âge.

Alors, s’opposer pour s’opposer ? Un peu… Car, au final, « ils restent de la même famille que leurs aînés, avec une doctrine, un projet et des valeurs communes », comme l’admet le Secrétaire général des Jeunes Communistes, Pierric Annoot. Et, « à 99% », les Jeunes démocrates ont les mêmes idées que François Bayrou. Christophe Bentz résume : « Il s’agit d’une entité dirigée par un seul chef. »

D’ailleurs, c’est la direction du parti qui, parfois, nomme les pions. Au MPF, par exemple. Une élection démocratique pour élire le responsable ? « Cela ne marcherait que difficilement », botte-t-il en touche. Avant de se justifier, le sourire aux lèvres : « Je n’ai tué aucun concurrent, je connaissais presque tout le monde au sein de la formation, toute la pyramide hiérarchique, j’étais le second de mon prédécesseur.» Ainsi Christophe Bentz a-t-il été nommé pour sa proximité au mouvement de Philippe de Villiers. Et au mérite…


des jeunes… soumis

 

 

 

(Sandra-Elise Reviriego - photo : JRG - cc)

(Sandra-Elise Reviriego – photo : JRG – cc)

 

 

Les mouvements de jeunes se soumettent à la parole du grand manitou. Une mission, finalement, assez facile. Sur leur site, les Jeunes radicaux de gauche indiquent : « Notre désir de diffuser le radicalisme et de contribuer à son renouvellement et à sa pérennité ne peut être effectué que dans le cadre du Parti Radical de Gauche et à son profit. » Tout est dit…

Pierric Annoot, du Mouvement des Jeunes Communistes (MJC), résume assez bien cet état d’esprit : « Quand on entend Benjamin Lancar, président des Jeunes populaires, on a l’impression que Sarkozy est un dieu. » Aucune critique ne serait la bienvenue, tout est bien, tout est beau au gouvernement : message reçu cinq sur cinq.

Et du côté de l’extrême-droite, « le FNJ a toujours été soumis à l’autorité de Jean-Marie Le Pen », confie David Rachline, l’ex-président du mouvement. Ce qui laisse comprendre pourquoi l’autorité a facilement glissé du père vers la fille, à un tel point que « vingt des vingt-deux secrétaires régionaux du FNJ sont « marinistes » », comme il nous l’avait expliqué juste avant l’élection de Marine Le Pen à la tête du FN.

Un soutien… qui n’a guère payé ? Rachline, qui a « toujours nié » que son marinisme lui permettrait de « bouger dans l’organigramme » a été débarqué de la tête de l’organisation de jeunesse, pour devenir – quand même – secrétaire national… à la communication numérique.

S’ils ne peuvent s’opposer dans le champ des idées, il reste peut-être l’autonomie administrative comme gage d’indépendance. Une pirouette utilisée par les Jeunes communistes, qui « choisissent seul leur direction et leurs orientations politiques » – selon Pierric Annoot : « Nous sommes indépendants » du parti dirigé par Pierre Laurent. « 50 % de nos militants ne sont pas encartés au PCF, les adhérents ne sont pas obligés de cotiser pour les deux formations », glisse le jeune homme, salarié du mouvement, qui a, lui, choisi d’avoir les deux cartes. Pour donner l’exemple ?

 

des jeunes… peu nombreux

 

 

(capture d'écran Dailymotion de Pierric Annoot - MJCF - cc)

(capture d’écran Dailymotion de Pierric Annoot – MJCF – cc)

 

 

D’autres mouvements de jeunes ne peuvent, par exemple, gérer seuls leur budget : Christophe Bentz le dit sans envergure : « Selon les années, on peut recevoir entre 15 000 et 20 000 euros. » Cela dépend donc…

Les plus aisés parmi les mouvements de jeunes ? Les Jeunes communistes ont droit à un budget de… 500 000 euros. Ce qui peut paraître logique quand on sait que le PCF se hisse au troisième rang des forces politiques les plus riches de France (selon les chiffres du rapport 2009 de la Commission nationale des comptes de campagnes et des financements politiques). Une richesse – au passage – paradoxale pour un parti qui dispose certes d’une belle assise d’élus locaux, mais qui semble en voie d’extinction lors des échéances nationales…

Par ailleurs, les Jeunes communistes, mouvement né en 1920, ne forment pas le mouvement le plus important. Si podium il y avait, la formation monterait sur la deuxième marche : on compte 12 000 adhérents à la JC, soit plus qu’au MJS (5 500 personnes pour le mouvement socialiste apparu en 1993), mais moins que les Jeunes UMP, un mouvement né en… 2002 et regroupant 30 000 âmes.

Les Jeunes démocrates, qui peuvent compter sur un budget de 36 000 euros, sont, eux, 7000. Mais toute personne de moins 33 ans, qui s’inscrit au MoDem, entre automatiquement dans la liste des adhérents des J-Dem (et vice et versa). Un moyen, peut-être, de gonfler leurs chiffres ? Car il faut bien le rappeler, les Français affiliés aux sections jeunes des partis politique ne sont pas si nombreux : 65 000 têtes.

Et la proportion entre jeunes et ainés au sein d’une même famille politique varient selon les formations. Seulement 850 membres des Jeunes radicaux de gauche pour environ 10 000 au sein du PRG (8.5%). Mais 3 000 chez les Jeunes pour la France pour 17 000 au MPF (soit 17.6% de jeunes dans l’ensemble).

 

A la recherche de l’électeur jeune et perdu, les mouvements aiment se retrouver

 

 

(Christophe Bentz - photo : Antoine Lascaut - cc)

 

 

Alors, pourquoi, diable, y a-t-il des mouvements de jeunes ? « On ne s’adresse pas de la même manière aux jeunes, on ne perçoit pas les choses de la même manière », explique Christophe Bentz. Les jeunes, croit-il savoir, aiment se retrouver en réunions, en soirées, car c’est « sympathique », concède le président des JPF.

 

(Christophe Bentz – photo : Antoine Lascaut – cc)


Et certains éditoriaux – « destinés aux Jeunes » – figurent ainsi (et uniquement) sur leur site. Mais « cela m’arrive d’écrire des communiqués qui seront aussi en « une » du site du MPF », glisse quand même Christophe Bentz. Les Jeunes Communistes ne publient pas non plus que des communiqués en direction de leur génération : « On lutte (aussi) contre l’emprisonnement des opposants politiques à travers le monde », martèle – sans rire – Pierric Annoot. Les formations de jeunes ne s’adressent donc pas seulement aux jeunes (à leurs ouailles)… Aux aînés aussi !

 

 

« Nous ne nous situons pas dans un carcan communautaire », se défend Christophe Bentz. Le président privilégie « le dialogue inter-générationnel entre l’expérience des aînés et l’activisme des jeunes, une génération qui tracte beaucoup dans les marchés. » De quoi faire taire les éventuelles accusations de jeunisme qui toucheraient ces mouvements : oui, les jeunes aiment leurs vieux…

La distribution des tracts n’a pas lieu seulement devant les étales ou à la sortie de métro : dans les lycées et à la fac, aussi, comme le font les jeunes anticapitalistes, non pas regroupés autour d’un mouvement ordinaire, mais au sein de plusieurs comités locaux informels auprès d’établissements scolaires (il y aurait entre 500 et 600 adhérents environ, gérés par « une quarantaine de secrétaires nationaux », glisse l’un d’eux, Jean-Baptiste Tondu).

Peu importe le nombre de jeunes adhérents, pourvu qu’il y ait du prosélytisme politique… Il faut tracter… pour attirer de futurs militants. Autrement dit, d’éventuels électeurs en vue des prochains scrutins. Et s’ils veulent draguer le plus gros parti de France, le groupe des abstentionnistes, il y a (encore) beaucoup de travail…

29 janvier 2011

Le grand rassemblement des centres, « facçon puzzle »

Publié sur Marianne 2

Hervé Morin et Jean Arthuis ont lancé ce matin leur confédération centriste, une alliance en vue de présenter un candidat du centre à la présidentielle. Un rapprochement pour contrer Jean-Louis Borloo. Les deux hommes, en revanche, ne sont pas d’accord sur tout, bien au contraire. L’un veut se rapprocher de Bayrou, l’autre non…

Ils s’étaient donnés rendez-vous, à l’Assemblée nationale, dans une petite salle, à 12h15. Une conférence de presse pour officialiser leur entente, leur alliance. Celle du centre. Ou, plutôt, des centres, puisque la famille reste – depuis 2007 – éparpillée entre la majorité (le Nouveau centre, le Parti radical), l’opposition (le MoDem), et les autres (l’Alliance centriste). Jean Arthuis et Hervé Morin arrivent finalement une demi-heure en retard : il fallait bien se laisser désirer par la foule de journalistes, présents à l’occasion.

A peine assis, le président du Nouveau centre lance : « Ça suffit, les photos, on en refera à la fin. » Des clichés utiles : on pourra y voir l’ex-ministre de la Défense qui donne, tout sourire, l’accolade à « Jean » Arthuis, président de l’Alliance centriste. Ce dernier, aussi à la tête de la Commission des Finances au Sénat, laisse à son collègue le premier mot.

De toute manière, les deux tiennent le même discours : ils veulent « construire une confédération centriste », une « association politique » (au même titre qu’un parti politique) ; « poser la première brique de la maison centriste », « histoire de discuter et porter nos valeurs autour d’un projet, puis d’un candidat », comme l’explique l’ancien bras droit de François Bayrou. Avant de préciser : « Ce ne sera pas, en revanche, une fusion de formations politiques ». Trop compliqué à réaliser, bien sûr…

Promis, chaque parti restera « autonome ». Avec ses propres idées. Qui, parfois, diffèrent. Hervé Morin le sait bien, mais botte aussitôt en touche : « Nous avons plus de choses en commun que de différences. » Par exemple ? Alors, d’abord, « les valeurs de liberté, de solidarité, et l’idée selon laquelle l’Europe permet de réguler l’économie et la finance ». Puis le passé, évoqué par son collègue Jean Arthuis : « Nous avons cheminé ensemble », au temps de l’UDF. Un parti qui n’a, d’ailleurs, pas disparu juridiquement. Et dont l’adhésion, en tant que parti fondateur du Mouvement démocrate, à la formation de François Bayrou a été renouvelée hier soir. Pour trois ans, lors d’une Assemblée générale au siège de l’UDF, au 133 bis, Rue de l’Université, à Paris.

Mais pourquoi, diable, le parti, créé par Valéry Giscard d’Estaing, végète-t-il encore ainsi ?  Pourquoi ne pas le dissoudre comme le RPR en 2002 ? « Car l’UDF, c’est un patrimoine », glisse Jean Arthuis, nostalgique de cette formation de centre-droit – « au frigidaire » depuis trois ans -, qui a assisté au rendez-vous de la veille. En présence d’autres membres du bureau politique et de son président, François Bayrou, réélu à son poste.

Le sénateur de Mayenne n’a pas totalement rompu avec le Béarnais. Il a voté pour lui, hier soir. Les parlementaires de l’Alliance centriste, bénéficient d’une partie du financement public du MoDem. Et son parti demeure un mouvement associé de l’UDF. Toutefois, Jean Arthuis ne cache plus qu’il aimerait un beau jour occuper les locaux de cette ancienne force centriste : « Bayrou ne s’y oppose pas. »

Le candidat à la dernière présidentielle reste dans les esprits de nos deux centristes. Mais divise, forcément. Morin ne veut plus entendre parler de François Bayrou, refuse toute discussion avec le troisième homme de la présidentielle de 2007. « Ce n’est pas la position du NC », justifie, humblement, son président, qui avait rejoint Nicolas Sarkozy dans l’entre-deux tour de 2007, alors qu’il avait bataillé auparavant pour le candidat du centre.

Les problèmes ne s’arrêtent pas là : Jean Arthuis souhaite que le candidat centriste ne se couche pas dès le premier tour du prochain scrutin, mais plutôt « qu’il discute » avec les deux qui l’auront devancé. Que ce soit un candidat de droite et/ou de gauche. Or, là, Hervé Morin ne rejoint pas non plus son collègue. Discuter ? Pas de problème, mais avec le représentant de la droite, uniquement.

En avant toute pour « l’Union centriste »?

« Il faut accepter nos différences et la diversité d’appréciation » de chaque membre de famille, glisse Hervé Morin. Y compris au sein de son propre parti, divisé, pour ne pas changer : Jean-Christophe Lagarde et François Sauvadet, qui préférerait une alliance plus large avec Jean-Louis Borloo, rejettent l’idée de cette alliance. Jean Arthuis, lui, évoque un simple « problème de communication. » Et du côté du NC ?  Rien de grave, ou presque : « Les choses sont très claires entre nous », réplique Hervé Morin, un brin irrité. Avant de riposter par une pirouette : « A l’UMP, aussi, il y a des différences, entre ceux qui pensent que les Français travaillent 35h par semaine et ceux qui croient qu’ils sont plutôt à 39h. » Même chose au PS, contrarié entre les partisans d’une « social-démocratie et ceux qui pensent que Mélenchon est l’avenir de la gauche ».

Et l’avenir du centre, avec ou sans Jean-Louis Borloo ? Son mouvement, le Parti radical, se décidera le 15 mai prochain s’il s’émancipe, ou non, de l’UMP. L’ancien N°2 du gouvernement vise aussi au noble rassemblement du centre, sa propre réunion des sensibilités républicaines et gaullistes sociales. Hervé Morin et Jean Arthuis clament haut et fort que l’ancien maire de Valenciennes a toute sa place dans l’Alliance. « Le 16 mai, il sera avec nous », imagine Hervé Morin. Encore faut-il que les Valoisiens s’écartent de l’UMP, condition sine qua non de tout rapprochement à la confédération.

Mais pourquoi ne pas l’attendre, Borloo, alors ? Les deux hommes donnent en effet l’impression de vouloir contrer l’ancien maire de Valenciennes. « On écarte personne », jure Jean Arthuis, « confiant ». « C’est en marchant qu’on avance », lance-t-il, comme pour mieux défendre le rassemblement des centres. On avance… et on discute à compter de ce jour. Car, il faut bien le dire, « les cantonales arrivent vite, elles ont lieu avant mai : en mars ». Avec quelle étiquette les candidats vont-ils se présenter ? Sous quel nom ? « La confédération pourrait s’appeler ‘l’Union centriste’ », propose Jean Arthuis. Un nom qui ne semble pas ravir le président du NC : « Ils se présenteront tous comme il veulent ». Le plus important, pour les cantonales, c’est le candidat, et pas l’étiquette, explique Hervé Morin.

Comme s’il n’était pas confiant en la réussite de son projet…

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