le Canard de l’Etang

9 juillet 2011

« Pourquoi je veux mettre fin au recrutement des enseignants par concours au niveau national »

 Interview du député (UMP) Grosperrin publiée par Atlantico

Propos recueillis par P.L

 

La commission des affaires culturelles et de l’éducation a rejeté, mercredi 6 juillet, le rapport d’information sur la formation des enseignants. En cause : la proposition controversée de mettre fin au concours national. Selon Jacques Grosperrin, le président de la mission d’information à l’initiative du rapport, ses collègues parlementaires, qui se sont opposés au texte, ont cru qu’il était instrumentalisé par Nicolas Sarkozy. A tort, insiste le député du Doubs.

Atlantico :  Quel est l’origine de votre rapport ?

Jacques Grosperrin : Il y a eu, entre septembre et octobre 2010, une grosse polémique sur la mise en place d’une « stagiarisation » des enseignants qui venaient d’obtenir le Capes. A ce moment-là, j’avais demandé à la présidente de la commission des Affaires culturelles et de l’éducation, Michèle Tabarot, qu’elle diligente une mission au sujet du recrutement et de la formation des enseignants. On s’était rendu compte que les résultats scolaires de nos collégiens et lycéens n’étaient pas très bons au niveau des pays de l’OCDE.

Cela a mis du temps et le président de la République, au moment de ses vœux au Grand Palais en 2011, a évoqué la formation des enseignants. Depuis, les choses ont évolué de manière naturelle à l’Assemblée nationale et j’ai été nommé president-rapporteur de la mission d’information. Ce qu’on voulait, c’est aussi dresser un premier bilan de la réforme dite de « masterisation »

Pourquoi vouloir supprimer le recrutement par concours ?

Nous voulons supprimer ces concours au niveau national, mais pas au niveau régional. Il convient, en effet, selon la vingtième proposition, de « remplacer le concours par le master et confier aux autorités académiques ou aux établissements le soin de recruter, sur la base d’un entretien professionnel, les enseignants. »

Nous voulons quelque chose de plus réaliste. En ce moment, il y a des masters, une formation en cinq ans. Et à la fin, l’enseignant doit être capable d’enseigner. Et de l’autre côté, il y a un concours qui évalue la même chose que le master, c’est-à-dire des conceptions académiques.

On veut dans un premier temps revoir la formation des enseignants dans son ensemble : à savoir, à la fin des trois ans de licence, organiser un concours pour l’entrée en Master 1. Ce serait un concours académique que l’on appellerait « admissibilité pour le Capes ». « L’admission pour le Capes », ce serait pour la fin du Master 2.

Durant ces deux années, l’étudiant sera de temps en temps dans un établissement scolaire : primaire, secondaire, etc. Ils seraient en situation pratique, de gestion d’une classe. Le jour où les masters seront bien organisés, le concours disparaîtra de fait. J’en suis certain, d’ici dix à quinze ans, quand l’opinion publique sera prête. La priorité sera de faire un recrutement au niveau local, voire régional, pour que nos professeurs arrêtent de partir dans des zones sensibles, difficiles, et afin qu’ils ne soient plus expatriés à plusieurs centaines de kilomètres de chez eux où on les dégoûte du métier. Je ne veux plus de déracinement des enseignants avec, à la clé, parfois, un abandon de certains par manque de motivation… Les académies prendraient alors les meilleurs étudiants, qui sortent d’un master, avec un concours régional. Et je voudrais aussi que les chefs d’établissement fassent partie des jurys de concours.  

Certains syndicats vous accuse de vouloir « exploser la fonction publique »…

(soupir) Les syndicats ne jouent pas le rôle de syndicats. Ce que j’attends d’eux, c’est qu’ils s’interrogent sur les conditions de travail des élèves, des enseignants, sur la formation de ces derniers, sur le programme d’enseignement, sur ce qu’il se passe à l’école. Et non pas uniquement sur leur raison d’être : « plus de moyens, toujours, plus de profs » Ils sont sur des notions budgétaires. Ils sont en manque d’idées, manque de créativité… Ils sont déboussolés depuis Claude Allègre. Ils se cherchent… Peut-être pas tous les syndicats… Mais la plupart d’entre eux, en tout cas, ceux qui s’opposent à moi.

Pourquoi vos collègues, toutes tendances politiques confondues, ont-ils rejeté votre rapport ?

Ils ne devaient pas voter le contenu du rapport : celui-ci a été voté le 29 juin dernier à la majorité par les quinze membres de la mission d’information (composée de six députés socialistes et divers gauche et neuf membres de la majorité présidentielle, ndlr). Ce sont les seuls compétents à juger du contenu, autrement dit, des 20 propositions du rapport.

La mission d’information, d’ailleurs, n’était pas au complet. Le jour du vote, ce 29 juin, 4 socialistes étaient présents et ils ont préféré s’abstenir. Marie-Hélène Amiable, seule députée communiste de la mission d’information, a rejeté le contenu. Et il y avait six députés UMP et ils ont dit oui au contenu.

En revanche, mes collègues ont voté, mercredi 6 juillet, contre… la publication du rapport. Cela aurait été un acte démocratique de dire oui à ladite publication. C’est une première depuis vingt ans…

Les députés de la commission n’étaient pas nombreux lors du vote sur la publication du rapport. Seul un tiers de la commission… Sûrement en raison des vacances.

Pourquoi un tel rejet ? Ils étaient persuadés, y compris mes trois collègues de droite qui ont voté non avec les socialistes, que la vingtième proposition portant sur la fin du recrutement par concours national, m’avait été soufflé par le chef de l’Etat ou par le ministre de l’Education nationale. Selon eux, j’aurais été instrumentalisé. C’est archi-faux ! Une rumeur… Les deux ne m’ont jamais demandé des comptes… Je n’ai pas rencontré Nicolas Sarkozy… J’ai uniquement vu Luc Chatel et Valérie Pécresse, à l’époque ministre de l’Enseignement supérieur pour une audition commune.

Le PS fait souvent des coups tordus… On arrive à l’élection présidentielle. Ils sont à court d’idées. Ils sont dans une démarche anti-démocratique ! Les socialistes, je les sens crispés, perdus. Leur candidat fétiche n’est plus là. On aurait voté la deuxième année du second mandat, ce serait passé…

Et trois de mes « amis » politiques ont suivi l’opposition dans le vote. Parmi eux, il y avait Marc Bernier, un villepiniste, René Couanau, un député sans groupe parlementaire qui a quitté l’UMP, ainsi que Bernard Debré. J’ai eu, avec lui, une discussion franche. Il n’avait rien compris, d’autant plus qu’il n’avait pas participé au vote sur le contenu du rapport. Bon, il ne pouvait pas l’être car seuls les quinze parlementaires de la mission d’information – et il n’en faisait pas partie – ont voté sur ce contenu.

Le gros problème de mes collègues est le suivant : ils arrivent en commission au milieu d’un brouhaha, ils savent que les élections législatives arrivent vite… Des enseignants leur ont remonté les bretelles en leur disant : « Grosperrin veut supprimer le concours » alors que je pense qu’il sera supprimé dans une décennie.

Faire de la politique, c’est être courageux. C’est poser les vraies questions, les vrais problèmes. Avec Jean-François Copé et Christian Jacob, vous le voyez bien, on est dans le débat d’idées. On ne s’interdit rien. Aucun tabou ! A l’UMP, on veut améliorer le système…

Que va devenir le rapport provisoire ? Va-t-il garnir l’intérieur d’une armoire de l’Assemblée nationale ?

Non, il sera publié. Alain Boissinot, le recteur de l’académie de Versailles qui n’est pas de droite – je ne sais ce qu’il est, d’ailleurs –  pense que ces concours nationaux disparaîtront…

Je vais réunir les membres de la mission d’information : renégocier, rediscuter sur les propositions de la mission. Il y aura un nouveau vote, avant que le rapport ne repasse devant la commission fin septembre, début octobre prochain.

 

6 mai 2011

Et le gagnant est… Mitterrand !

Les sondages pour la présidentielle se multiplient et se ressemblent. Tous montrent un président… battu par Marine Le Pen et ses trois concurrents de gauche. François Hollande, l’un d’entre eux, pense pouvoir gagner, le vent en poupe.

Les dés ne seraient pourtant pas pipés et Moscovici s’en fait l’écho. Tout excès de confiance serait néfaste, prévient le député strauss-kahnien.

Oui, devenir le deuxième président socialiste de la Ve République n’est pas chose aisée. Surtout avec plusieurs candidats potentiels qui se livrent en coulisses une lutte impardonnable, avant la primaire PS… Angoisse, angoisse (lire ici)…

« Reproduire le succès de François Mitterrand, un rêve réalisable? », s’interroge la presse de gauche, avec un arrière-goût de nostalgie. Mediapart se demande dans un livre ce que sont devenues les 110 propositions de 1981 chères à l’ex-président de la République (lien payant). En organisant un débat Montebourg-Hollande. Tout fier, Edwy Plenel : « Nous sommes les premiers à fêter sa victoire ». Peut-être…

Mais d’autres titres de presse s’emparent aussi du sujet. Séquence émotion et nostalgie obligatoire : L’Express, par exemple, propose à Laurent Fabius de songer… à la soirée électorale du 10 mai 1981.

P.L

13 avril 2011

Quand le gouvernement se divise depuis les cantonales…

A un an de la présidentielle, certains ministres affichent leurs différences sur plusieurs points.

Depuis les cantonales, les membres du gouvernement ne s’entendent plus. Tous n’ont pas donné, d’abord, la même consigne de vote pour le second tour de l’élection locale. Certains ont clairement affiché leur préférence pour le PS en cas de duel gauche-FN. D’autres ont préféré suivre la voie de Jean-François Copé et du chef de l’Etat, celle du « ni-ni ». Le débat sur la laïcité a suscité, ensuite, des réserves de la part du gaulliste social François Fillon qui a boudé le rendez-vous de l’UMP.

Et ce n’était qu’un début : la règle de la non-reconduite d’un fonctionnaire sur deux ne plaît plus à l’ensemble du gouvernement. François Baroin veut poursuivre la mesure. Le secrétaire d’Etat à la Fonction publique, Georges Tron s’y oppose. Autre fracture : l’immigration légale. Quand Claude Guéant et Xavier Bertrand veulent la réduire, Christine Lagarde ne suit pas ses collègues.

La prochaine présidentielle provoque aussi quelques remous chez les ministres. Nicolas Sarkozy coule dans les sondages, François Fillon, voire Alain Jupé, apparaissent comme des outsiders pour représenter la majorité présidentielle en 2012.

Et dans ce contexte, l’ancien N°2 du gouvernement Fillon, le radical valoisien Jean-Louis Borloo s’échappe de l’UMP, construit sa candidature au nom d’un rassemblement « centriste, écologique et social ».

Du coup, ses concurrents de l’intérieur appellent au rassemblement de toute la droite et du centre. Outre Copé et Larcher, François Fillon – qui avait été reconduit à Matignon à la place de l’ex-ministre de l’Ecologie, candidat au poste de Premier ministre, à l’époque – et Alain Juppé – qui, à la suite d’une défaite aux législatives en 2007 avait été remplacé dans sa fonction de ministre d’Etat par… Borloo – ont critiqué la volonté d’indépendance du patron des radicaux valoisiens. Il faut se rassembler dés le premier tour et non éparpiller les voix, ont-ils rappelé.

Le ministre de la Ville, Maurice Leroy (NC), se montre, au contraire, ravi de l’éventuelle candidature de Borloo.  Elle permettrait, selon lui, d’éviter la défaite de la droite en disqualifiant la gauche pour le second tour de la présidentielle.

Borloo pourrait en effet « choper » les voix de certains villepinistes pour gêner l’ex-Premier ministre s’il se lançait à l’aventure. Attirer des centristes de Bayrou, pas dupe de la manœuvre politicienne. Capter une partie de l’électorat écologiste tenté par le populaire Hulot, son « ami » qui vient, lui, de se présenter officiellement à la présidentielle. Et peut-être quelques sympathisants de centre-gauche, charmés par DSK.

Des électeurs utiles au chef de l’Etat s’il veut passer le premier tour en 2012… Or, au vu des sondages quotidiens, c’est loin d’être gagné. Nicolas Sarkozy se voit régulièrement talonné par le candidat socialiste et Marine Le Pen.  La stratégie chère à Buisson de se rapprocher des idées du FN, depuis l’affaire des Roms à l’été dernier, devait permettre d’abattre la formation d’extrême droite comme lors du dernier scrutin de 2007. L’échec est patent.

Le président de la République a, en outre, irrité son électorat de centre-droit. Le chef de l’Etat s’en serait-il rendu compte ? Aurait-il donc proposé au centriste Borloo de s’émanciper pour que Nicolas Sarkozy puisse se sauver ? Y aurait-il un pacte entre les deux pour que l’un reste à l’Elysée et que l’autre gagne Matignon en 2012 ?

Des interrogations qui n’engagent que l’auteur… ou pas.

P.L

17 mars 2011

A l’assemblée nationale, une règle du jeu

Il était une fois une Assemblée nationale. Dans l’hémicycle, des groupes parlementaires. Des députés, tantôt assidus, tantôt cancres et maîtres de l’école buissonnière. Leur jeu préféré ? Se chamailler en séance plénière, en commission. Ou face aux ministres, parfois sur place pour répondre aux questions des élus du peuple.

Aux acides interrogations visant la majorité, voire le chef de l’Etat, les membres du gouvernement répliquent sans broncher. De temps en temps, le verbe piquant. En ligne de mire : l’opposition, forcément coupable d’un quelconque délit médiatisé… Le (timide) Premier ministre profite parfois de ses (délicieux) moments au sein du Palais Bourbon pour lancer certaines piques à la gauche. François Fillon, comme ses collègues, ne s’en lasse pas. Ce qui provoque, (presque) à chaque fois, huées chez les uns, applaudissements chez les autres… Un brouhaha qui oblige le maître des lieux (pas toujours Bernard Accoyer) à calmer ses parlementaires par ce timide « Je vous en prie ».

Mais, on le sait, cela ne calme pas les travées… Cris, pantalonnades, gestes de mauvaise humeur restent la règle du jeu… Or, nous ne sommes pas à l’abri d’une lueur d’espoir,  d’un « moment de grâce », comme le dit un éditorialiste

Quand un député, atteint d’un cancer du pancréas, revient à l’Assemblée nationale suite à quelques mois d’absence, c’est toute une Assemblée, membres du gouvernement compris, qui se lève pour le féliciter du combat contre la mort qu’il mène. Emu, touché, Patrick Roy, apparenté PS, a remercié, le 15 mars, ses amis politiques, ainsi que ses opposants de droite, de leur soutien. Avant de clore son discours par un « la vie est belle »… Le président de l’Assemblée, Bernard Accoyer – celui-ci l’a beaucoup soutenu -, a même versé une larme à la fin de sa prise de parole.

Vingt-quatre heures avant d’annoncer sa volonté de porter plainte contre… un un autre collègue, cette fois communiste, Maxime Gremetz. Un véritable comédien qui, visiblement, préfère le cinéma à la politique. Quoiqu’entre ces deux termes, la frontière demeure poreuse… Le député s’offusque que deux voitures ne soient pas bien garé à l’extérieur de l’enceinte. Plutôt que d’écouter NKM évoquer la « catastrophe » japonaise… Les bonnes habitudes ne disparaissent jamais.

P.L

3 mars 2011

La Dame du PS cherche idées concrètes

Rattraper le temps perdu. Reprendre l’ascendant médiatique sur son concurrent socialiste. Qui a pris un tour d’avance sur le terrain des caméras et de la presse. Sans pour autant évoquer celui des idées, faute de pouvoir le faire, mandat à Washington oblige. Aubry veut dépasser DSK, ancré en pôle position des sondages depuis des lustres.

La Première secrétaire a donc accéléré le tempo. Et va présenter le programme du PS, plus tôt que prévu. Avant les cantonales, comme expliqué au Monde, daté du 3 mars. Quelques propositions plutôt vagues sur l’emploi des jeunes ou sur la construction de logements sociaux. Quelques piques adressées au chef de l’Etat. En matière de sécurité, dont le bilan de Sarkozy est « terrible ». Sur la réforme des collectivités territoriales, que la maire de Lille veut « abroger ». Et, bien sûr, sur la façon de gouverner du président de la République. Sa manière « d’opposer les Français », l’instauration d’une « concurrence » entre les gens à tous les étages, sa vision dichotomique des jeunes : soit « paresseux », soit « délinquant ».

Mais quand il s’agit de détailler certaines mesures, là, Martine Aubry se la joue absente. Les journalistes du journal vespéral posent une question, et hop, une pirouette pour ne pas y répondre. Trop tôt ? Faut préparer une fiche. Le temps presse. Exemple : la Première secrétaire va-t-elle ramener le déficit à 3% ? Aucune idée, Aubry n’apporte aucune piste. Elle préfère évoquer l’Europe puis contrer le pacte de stabilité de Sarkozy et de Merkel : « Il faut remettre en ordre les finances publiques, mais avec un autre chemin, compatible avec la croissance, en France comme en Europe », explique-t-elle.

Et ce projet dont elle vient de présenter les grandes lignes, est-ce le sien ou celui du PS? « C’est le projet pour faire gagner notre candidat, mais surtout le projet que la France et les Français attendent », assure la Dame du Nord.

Les yeux visiblement rivés sur son autre concurrent. Pas celui de Washington. Mais celui à sa gauche, l’ancien sénateur Mélenchon, camarade ex-socialiste qui veut mener le pays sous l’étiquette Front de gauche avec la Gauche unitaire – à fond derrière lui – et en compagnie des communistes – encore méfiants. Car le candidat avance, pas à pas. Il court les plateaux télé pour débattre avec ses opposants comme Le Pen ou encore Daubresse et Jacob (pour ne citer qu’eux). Et histoire de détailler son programme, mesure après mesure (plus ou moins) concrète. Au contraire, donc, d’Aubry…

P.L

3 mars 2011

Sondages: gouvernement et sondeurs la main sur le frein

Article publié sur Marianne 2

Le Sénat a voté à l’unanimité une proposition de loi sur les sondages politiques. Mais le texte est à la fois peu apprécié par le gouvernement et par les sondeurs. L’Assemblée nationale va-t-elle s’emparer de cette proposition de loi et la porter jusqu’au bout ?

 



Hugues Portelli, sénateur UMP - capture d'écran- Dailymotion - UMP
Hugues Portelli, sénateur UMP – capture d’écran- Dailymotion – UMP

 

Rendre la production et la publication de sondages plus transparentes, une noble cause ? La proposition de loi, chère à Hugues Portelli (UMP) et Jean-pierre Sueur (PS), et votée, lundi 14 février, à l’unanimité au Sénat, pose des questions légitimes : « Elle part d’un bon sentiment », estime Stéphane Rozès – directeur de l’agence de conseil, CAP -, interrogé par Marianne 2. « Il fallait faire quelque chose » pour améliorer le texte datant de 1977 à propos de l’encadrement des sondages politiques.

Mais c’est quoi, un sondage ? Les sénateurs apportent dans leur proposition de loi une définition plus précise et Stéphane Rozès, ancien dirigeant de l’institut de sondage CSA, n’y voit aucun inconvénient. La presse publie souvent, en effet, le résultat de « consultations diverses non représentatives » (qui se distinguent, donc, des sondages).

Stéphane Rozès rejoint aussi les rédacteurs du texte qui proposent de réformer la commission des sondages et de renforcer ses prérogatives. Elle est actuellement composée de neuf magistrats et de deux « experts » en sciences politiques, en droit public et en mathématiques. Il s’agirait d’équilibrer la balance des deux « groupes » (6+5 au lieu de 9+2 à l’origine).

La commission des sondages « n’est pas inerte », se plaint Jérôme Sainte-Marie, directeur général adjoint de CSA. « Elle vérifie que les sondeurs appliquent bien les règles mais ne vérifie pas la vérité publiée », tient-il à préciser.

« Je suis pour qu’il y ait, également, des représentants de la droite et de la gauche », avance Stéphane Rozès. Qui prône, au passage, pour que la commission des sondages recueille l’ensemble des questions posées par les instituts de sondage de telle manière à ce que le journal, client d’un sondage, ne puisse pas oublier de passer une interrogation dans ses colonnes ou procéder à un tri opportun. « Il serait bon, par ailleurs, que chacun puisse savoir pourquoi un commanditaire a choisi tel ou tel institut et pourquoi », recommande l’ancien sondeur.

Mais son accord s’arrête là. Car les sénateurs, des « non-spécialistes, mal conseillés », croit-il savoir, « n’apportent pas les bonnes réponses ». L’ancien patron de l’institut de sondage rejoint l’avis du… gouvernement, représenté, lors du vote à la chambre haute, par Patrick Ollier. Le ministre des Relations avec le parlement salue certes « le bon travail et les bonnes intentions » des sénateurs chargés d’élaborer le texte. En revanche, ce dernier trouve les solutions proposées « inapplicables ».

Stéphane Rozès botte en touche : « Je ne m’exprime qu’en tant qu’ancien dirigeant d’un institut de sondage ». Et c’est comme ex-patron du département politique – opinion de CSA, fonction qu’il a occupé pendant plus d’une décennie, qu’il tape sur la proposition de loi.

« Le législateur n’a pas à dire comment une profession doit travailler »

Stéphane Rozès - capture d'écran - Dailymotion - France Info

Stéphane Rozès – capture d’écran – Dailymotion – France Info

D’abord sur la publication des résultats. Les sénateurs souhaitent que les journaux puissent passer les résultats bruts avant redressement, question de transparence et « moralisation du débat public » – d’après les dires du rapporteur du texte, Jean-Pierre Sueur. Stéphane Rozès prend l’exemple des intentions de vote – minorées – du FN pour illustrer son opposition : « Quand les sondés répondent le FN à 5 %, au final, le chiffre peut monter à 12%. » Un écart facile à comprendre : les sympathisants du parti d’extrême-droite n’ont pas forcément envie de dire pour qui ils veulent voter. « C’est au sondeur, en fonction d’indicateurs variés – attitude lors des précédents scrutins, par exemple -, de se rapprocher au plus près de la réalité », explique-t-il. Le résultat brut « n’aurait donc aucun intérêt aux yeux des électeurs » selon Jérôme Sainte-Marie. Cela représente presque, glisse Stephane Rozès, une désinformation. Frédéric Dabi (Ifop) parle, lui, de « secrets de fabrication » que les instituts n’ont pas à dévoiler.

Second souci, pointé du doigt par Jérôme Sainte-Marie : les marges d’erreur que les instituts ne doivent guère publier : « Les sondages, imparfaits, ne sont pas une science exacte. Plutôt un outil performant, un miroir pour bien comprendre notre société », confie-t-il.

Autre problème – et non des moindres – aux yeux de Stéphane Rozès : l’origine du client. « L’organigramme de sondage doit préciser le nom et la qualité de l’acheteur s’il est différent du commanditaire », peut-on lire sur la proposition de loi. « Il s’agit d’un retour en arrière car le commanditaire est forcément le client, celui qui paie », s’exclame Stéphane Rozès. Et de toute manière, tacle Jérôme Sainte-Marie, « les instituts publient déjà le nom du commanditaire… »

« Le scientifique se doit de montrer comment il a travaillé, ça ne doit pas être tabou », réplique Jean-Pierre Sieur. Réponse du berger à la bergère, en signe de conclusion, du côté de l’ex-sondeur, Stéphane Rozès : « Le législateur n’a pas à dire comment une profession doit travailler. » Il souhaite que la loi ne passe pas.

Or, Jérôme Sainte-Marie est persuadé, lui, que « la loi passera ». Le sondeur de CSA réfléchit d’ailleurs aux raisons qui ont poussé les sénateurs à se prononcer en masse pour la proposition de loi : « Les sondeurs ont une mauvaise réputation, un côté manipulateur. » Chez les législateurs, on évoque les vertus de la transparence… ce qui fait bien rire le directeur général adjoint de CSA : « Et si on demandait aux journalistes de donner leurs sources ou aux médecins le nom de leurs patients… Trop de transparence, jure Jérôme Sainte-Marie, tue la transparence. »

Le gouvernement, lui, s’oppose aux propositions. Celui-ci fera tout pour retarder le passage du texte à l’Assemblée, au grand dam du sénateur Sueur, rapporteur du texte.

Alors à quand un débat et un vote à la Chambre basse ? « Le plus vite possible, espère le sénateur du Loiret. Avant la présidentielle, en juin prochain, suggère-t-il. Ce serait suspect et absurde que l’Assemblée nationale n’inscrive pas le texte à l’ordre du jour alors que les sénateurs, de toutes les obédiences, ont voté à l’unanimité. »

Mais le gouvernement freine des quatre fers à travers la voix de Patrick Ollier, qui a évoqué au Palais du Luxembourg, outre l’éventuelle inapplicabilité du texte, l’inconstitutionnalité de la proposition de loi. « Étonnant, répond Jean-Pierre Sueur, nous avions interrogé le ministère de la Justice qui n’a jamais relevé de risque d’inconstitutionnalité. » Le gouvernement propose une nouvelle phase de discussions avec les sénateurs ? « La proposition de loi est publique depuis le 25 octobre dernier », rappelle le sénateur. Visiblement en colère. Mais pas suivi par les principaux intéressés, les sondeurs…

 

P.L

13 février 2011

Proposer l’interdiction du tabac pour créer le buzz ? Raté…

Article publié sur Marianne 

Ou comment se débrouiller pour qu’on parle (un peu) de vous dans les médias… Jacques Attali propose d’interdire le tabac en France. Une mesure controversée et peu reprise dans les médias.

 



Serge Gainsbourg - capture d'écran - Dailymotion - ina

Serge Gainsbourg – capture d’écran – Dailymotion – ina


La Finlande a voté, en automne 2010, l’interdiction du tabac à l’orée de l’année 2040 et les moins de 18 ans n’ont plus le droit de fumer. Jacques Attali propose, lui, de transposer cette mesure… en France, une magnifique martingale pour désendetter l’Etat.

Car, il faut le dire – et Attali s’y colle -, la cigarette, c’est bien pire que le terrible Mediator. Il n’y qu’à voir les statistiques que l’ex-conseiller de Mitterrand s’empresse de noter : « Personne, absolument personne, ne se demande pourquoi on ne traite pas avec la même sévérité un produit totalement inutile, à la nocivité aujourd’hui avérée, consommé chaque jour par 1,3 milliard de personnes dans le monde et qui fait chaque année 5 millions de morts, soit plus que le sida et le paludisme réunis. » Le médicament conçu par Servier, n’aurait, en revanche, causé qu’entre 500 et 2000 morts… Or, critiqué par le monde médical, il avait pris l’eau voilà deux ans.

Le (très) libéral socialiste souligne certes que des mesures ont été prises pour « réduire l’usage » du tabac dans l’espace public. Il évoque certes le prix d’un paquet de clopes qui grimpe de manière régulière. Mais simplement pour tacler les producteurs de cigarettes : « La hausse (…) ne fait qu’augmenter les profits des compagnies et les revenus des États, coupables de complicité d’empoisonnement. » Mais les faits sont là : les Français fument beaucoup (« 25% » d’entre eux), y compris les jeunes, et surtout les femmes, comme le rappelle, à juste titre, Jacques Attali.

Au-delà du danger lié à la consommation du tabac, cette mesure aurait des effets néfastes. N’en déplaise à l’écrivain Attali qui sous-estime les nombreuses conséquences : « On remettrait en cause quelques emplois », souligne-t-il. Seulement quelques-uns? « Les États perdraient quelques recettes ; on encouragerait pour un temps le marché noir (déjà important ) ; on devrait faire quelques dépenses pour désintoxiquer ceux qui le sont. »

L’idée saugrenue, forcément, dérange du côté des principaux intéressés :  les buralistes, par la voix de leur patron, Pascal Montredon (à la tête de la confédération des buralistes), se montrent « abasourdis » et parlent de « propos totalitaires ».

« On gagnerait tant en qualité et en espérance de vie que le bilan, même économique, serait évidemment partout positif », martèle l’économiste Jacques Attali. « Pourquoi pas supprimer le soleil qui provoque chaque jour des cancers de la peau ? », ironise Yves Trévilly, porte-parole de British American Tobacco France.

Pas de panique : l’économiste, qui a planché pour Nicolas Sarkozy sur la croissance en 2008, n’avait pas été repris à 100%. Loin de là : les propositions de la commission du docteur Attali – dont celle sur la libéralisation des taxis – avait été peu suivies…

Et, de toute manière, son idée ne fait guère la « une » de la presse, ce matin : pas une ligne dans La Tribune, Le Figaro ou Les Échos ; ni sur les sites d’information comme Mediapart, Rue89 et Slate.fr (site cofondé par Jacques Attali). Rien qu’une brève dans La Croix, L’Humanité, Le Parisien, Libération. Et un petit article dans les colonnes de France Soir. Pas vraiment un succès…

7 février 2011

Divergences entre amis socialistes et écolos

On le sait, il en faut peu pour que des membres d’une famille politique se divisent : une actualité et, hop,  l’analyse diverge.

 Même s’il ne pèse plus grand-chose dans la vie politique, même si l’heure de cet amoureux des montres est passée, ses déclarations de la semaine dernière ont fait (un peu) de bruit : d’abord, Julien Dray, simple député de l’Essonne, s’est moqué des gentils conseils d’ami que tous les socialistes adressent ces temps-ci à Jean-Luc Mélenchon – soit de calmer ses critiques envers leur préféré (?) Strauss-Kahn.

Oui, suggère Julien Dray, on peut écouter le président du Parti de gauche, candidat à la présidentielle.

Le député socialiste ne demande, par ailleurs, pas la démission de Michèle Alliot-Marie. Ou, du moins, pas avec autant de fougue, que ses compères de parti, tels Ayrault et Hamon.

 Les socialistes n’ont pas le monopole du « débat interne »  à gauche. Ça chamaille aussi chez les écolos. La juge Joly, qui presse son concurrent Hulot à « se décider » (comme Yannick Jadot, eurodéputé vert), évoque le soutien de Dany Cohn Bendit à sa candidature pour 2012. Ce dernier, pourtant, n’a jamais caché qu’il envisageait aussi qu’« Europe-Écologie » ne présente… personne à la présidentielle. En échange, toutefois, d’un accord en vue des prochaines législatives avec les socialistes. Et là, le trublion de Mai 68, pour éviter un nouveau 21 avril, invite le candidat des verts à reculer au profit de son homologue-candidat socialiste si les sondages indiquent, à trois mois du scrutin national, que le Front national pourrait passer le second tour de la présidentielle.

 Autre source d’embarras pour les Ecolos : Borloo et NKM. Éva Joly tacle autant Marine Le Pen que l’ancien ministre de l’Ecologie. Problème, Jean-Vincent Placé, bras-droit de Cécile Duflot, qui, certes, tape sur la loi « Grenelle 2 », chantonne des mots doux pour qualifier la première partie du texte issu du grenelle de l’environnement… avant d’encenser Nathalie Kosciusko-Morizet, la « Ségolène de 2017 »…

7 février 2011

Web-séries :s’engager pour se faire connaître

Article publié dans Marianne

On ne compte plus les Web-séries sur la Toile, des productions souvent auto-financées avec de jeunes comédiens. L’idée ? Se faire connaître et partager sa passion. Mais pas seulement : il s’agit aussi de transmettre certains messages. Souvent d’ordre écologique.



Dessin - Louison

Dessin – Louison

Les séries ne se regardent plus qu’à la télévision. On peut les suivre sur le Net, où elles sont diffusées à outrance. Le nombre de visionnages et leur popularité grimpent en flèche. Parmi ces feuilletons, certaines surfent sur la vague écolo. Et traitent de développement durable, sujet à la mode par les temps qui courent.

Chacun son format (des épisodes de 2 à 10 minutes, en général), chacun son ton. Quelques séries défendent leurs idées par l’humour au premier degré, en particulier grâce à l’effet de blagues – pas toujours réussies – qui se succèdent. C’est le cas de Planète Bureau, une série qui vise à sensibiliser les entreprises aux éco-gestes. Elle est née d’une collaboration entre une agence de communication engagée, ICOM, et une troupe de théâtre, La compagnie du 4. Trois volets ont déjà été diffusés avec un thème par épisode.

D’abord, le covoiturage, décrit comme une manière « conviviale » de se déplacer qui permet une économie d’essence et d’accident de la route, rappelle l’une des personnages féminins. Peu dupe, toutefois. Ce mode de transports resterait peu populaire, regrette-t-elle, faussement affectée. Celle-ci n’arrive pas à « convaincre ses collègues ».

La série se penche aussi sur le gaspillage de papier et des bouteilles en plastique. Et là non plus, la protagoniste peine à responsabiliser les membres de sa boîte. Exemple, l’un des personnages, sceptique, ne veut pas changer ses habitudes et passer à l’eau du robinet… car il préfère l’eau gazeuse.

Pathétique ? Ridicule ? Un peu…   Bienvenue au pays des « Bisounours » !


Épisode 1 : « co-voiturage… ô désespoir »
envoyé par Planete-Bureau. – Gag, sketch et parodie humouristique en video.

 

De ce feuilleton au ton comique, un brin raté, un brin tordu, on passe au sombre univers de la Web-série The Coat, une fiction née en 2007 (9 épisodes diffusés), qui dresse le tableau d’un monde, ravagé par une explosion et sans humanité. Une vision d’un futur possible ? « Nous voulions montrer ce que pourrait devenir la terre si on ne fait rien aujourd’hui », explique l’un des trois créateurs, Mathieu Caillière. Le metteur en scène et acteur principal pointe les dangers « du réchauffement climatique, de la montée des eaux, de la fonte des glaciers ». A la naissance de ce projet, en 2007 – « à une époque où l’on ne parlait pas beaucoup d’écologie » -, il travaillait dans le domaine du développement durable.

Et lui, aussi, a toujours voulu sensibiliser. « Éteindre la lumière, fermer le robinet », ça reste important, ce sont des gestes utiles. Mais, promis, pas d’approche moralisatrice dans la série. Vraiment ? Ne joue-t-elle pas sur nos peurs ? Sur un certain catastrophisme ambiant ?

Elle débute par le réveil du protagoniste. Seul, il découvre un monde… différent et décoiffant. Au départ, peu d’action et beaucoup de lenteur. Puis, au fil des épisodes, tout s’accélère. Le héros croise des survivants… craintifs, anxieux. Ce qui révèle « une insécurité, un retour au côté primitif de l’homme », comme l’explique Mathieu Caillière. Qui évoque ensuite la quête du personnage qu’il interprète : rejoindre une terre d’espoir, la seule poche d’humanité encore existante : Babylone. « C’est la cité du mystère, l’éden de l’espoir », sourit le metteur en scène.


The Coat – Bande-Annonce 01
envoyé par Seb-PJ. – Regardez des web séries et des films.

 


Le futur, d’autres web-séries en parlent aussi. Exemple : Le Visiteur du Futur, un feuilleton qui évoque le sauvetage de la planète (« sauver le monde ») sur un ton plus léger. Mais ce n’était guère l’idée de départ : « J’ai d’abord créer quelque chose qui n’existait pas à la télévision, une science-fiction humoristique », raconte le créateur et scénariste de la série, François Descraques. La première saison propose, au début, quelques épisodes à histoire bouclée : « Des sketchs » indépendants et « facile à réaliser ».



Le visiteur du futur EPISODE 1
envoyé par FrancoisDescraques. – Cliquez pour voir plus de vidéos marrantes.

 

Mais comme la série, qui « vise un public large », fonctionne bien, le créateur a « changé la formule » en cours de route. Et écrit une intrique sur du plus long cours. Les épisodes de la saison 2 (l’épisode 7 vient d’être diffusé) durent plus longtemps – dix minutes environ -, sont « plus pertinents » et reliés les uns aux autres. Il s’agissait dorénavant, pour le créateur, de « montrer ce que c’est de vouloir transformer le monde, ce que cela peut impliquer dans la vie de tout les jours. Les gens n’ont pas tous envie, y compris moi, confie François Descraques, de changer leurs habitudes et faire des sacrifices pour le bien de la planète. »

Et il s’emploie à illustrer son propos à l’écran par l’absurde. Le visiteur du futur recommande par exemple de ne pas manger de sandwichs, de ne proposer aucun rendez-vous galant à une fille, de n’acheter aucune bouteille de lait, mais encore de ne pas se rendre à une boulangerie. Des actions qui, selon le visiteur du futur, conduiraient à la catastrophe dans un temps éloigné du présent.

Mais on en a tous cure, croit savoir François Descraques : « Personne ne veut renoncer à son bonheur, à son plaisir, excepté, peut-être, des moines bouddhistes », sourit-il.

Tous égoïstes ?

03 Nicolas Sarkozy 1er : pour une nouvelle taxe carbonne !
envoyé par lesmiettesTV. – Cliquez pour voir plus de vidéos marrantes.


Cette série SF, un brin délirante, un brin philosophique, n’a, en fait, rien de politique. Au contraire de « La quête sans Fin », une production presque théâtrale qui met en scène une époque médiévale avec, entre autres, deux protagonistes, le preux chevalier Nicolas 1er et la fée Golène… Qui font référence, bien sûr, à l’actuel chef d’État et à la candidate socialiste à la présidentielle de 2007. Les deux créateurs – et acteurs, au passage  -, Jonathan et Isabelle Meli, ne veulent pas s’arrêter en si bon chemin : ils prévoient de créer un nouveau personnage pour une saison 2 : « Une femme qui vole aux étrangers pour rendre aux Français », allusion non masquée à Marine Le Pen, qui vient d’être « adoubée » présidente du FN.


« Une taxe contre tout sujet qui salit la nature»

« Il est possible de dresser un parallèle entre l’époque actuelle et le Moyen-Âge », explique Jonathan Meli. Avec une préférence : l’utilisation d’un ton léger, comique, caricatural et démagogique pour traiter « de sujets marronniers qui reviennent à intervalle régulière dans les médias ». Y compris, donc, l’écologie, thème central du troisième épisode (sur 9 déjà en ligne) : « A l’époque, on parlait beaucoup de la taxe carbone. On s’en est servi pour l’histoire : Nicolas 1er décide d’instaurer un impôt pour tout sujet qui salit la nature. » Ou comment inventer une taxe populaire…

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que ce couple parle d’écologie. Dans une précédente Web-série, Un jour de plus, aujourd’hui défunte, les deux avaient évoqué, le temps d’un épisode, les animaux en voix de disparition et ces « hommes pollueurs et méchants ».

« Ce qu’on recherche, c’est de faire réfléchir les gens », conclut Jonathan Meli, apôtre d’une « éducation populaire ». Mais non prise de tête.

Décidément, la vague verte n’a pas fini de se déployer…

29 janvier 2011

Le grand rassemblement des centres, « facçon puzzle »

Publié sur Marianne 2

Hervé Morin et Jean Arthuis ont lancé ce matin leur confédération centriste, une alliance en vue de présenter un candidat du centre à la présidentielle. Un rapprochement pour contrer Jean-Louis Borloo. Les deux hommes, en revanche, ne sont pas d’accord sur tout, bien au contraire. L’un veut se rapprocher de Bayrou, l’autre non…

Ils s’étaient donnés rendez-vous, à l’Assemblée nationale, dans une petite salle, à 12h15. Une conférence de presse pour officialiser leur entente, leur alliance. Celle du centre. Ou, plutôt, des centres, puisque la famille reste – depuis 2007 – éparpillée entre la majorité (le Nouveau centre, le Parti radical), l’opposition (le MoDem), et les autres (l’Alliance centriste). Jean Arthuis et Hervé Morin arrivent finalement une demi-heure en retard : il fallait bien se laisser désirer par la foule de journalistes, présents à l’occasion.

A peine assis, le président du Nouveau centre lance : « Ça suffit, les photos, on en refera à la fin. » Des clichés utiles : on pourra y voir l’ex-ministre de la Défense qui donne, tout sourire, l’accolade à « Jean » Arthuis, président de l’Alliance centriste. Ce dernier, aussi à la tête de la Commission des Finances au Sénat, laisse à son collègue le premier mot.

De toute manière, les deux tiennent le même discours : ils veulent « construire une confédération centriste », une « association politique » (au même titre qu’un parti politique) ; « poser la première brique de la maison centriste », « histoire de discuter et porter nos valeurs autour d’un projet, puis d’un candidat », comme l’explique l’ancien bras droit de François Bayrou. Avant de préciser : « Ce ne sera pas, en revanche, une fusion de formations politiques ». Trop compliqué à réaliser, bien sûr…

Promis, chaque parti restera « autonome ». Avec ses propres idées. Qui, parfois, diffèrent. Hervé Morin le sait bien, mais botte aussitôt en touche : « Nous avons plus de choses en commun que de différences. » Par exemple ? Alors, d’abord, « les valeurs de liberté, de solidarité, et l’idée selon laquelle l’Europe permet de réguler l’économie et la finance ». Puis le passé, évoqué par son collègue Jean Arthuis : « Nous avons cheminé ensemble », au temps de l’UDF. Un parti qui n’a, d’ailleurs, pas disparu juridiquement. Et dont l’adhésion, en tant que parti fondateur du Mouvement démocrate, à la formation de François Bayrou a été renouvelée hier soir. Pour trois ans, lors d’une Assemblée générale au siège de l’UDF, au 133 bis, Rue de l’Université, à Paris.

Mais pourquoi, diable, le parti, créé par Valéry Giscard d’Estaing, végète-t-il encore ainsi ?  Pourquoi ne pas le dissoudre comme le RPR en 2002 ? « Car l’UDF, c’est un patrimoine », glisse Jean Arthuis, nostalgique de cette formation de centre-droit – « au frigidaire » depuis trois ans -, qui a assisté au rendez-vous de la veille. En présence d’autres membres du bureau politique et de son président, François Bayrou, réélu à son poste.

Le sénateur de Mayenne n’a pas totalement rompu avec le Béarnais. Il a voté pour lui, hier soir. Les parlementaires de l’Alliance centriste, bénéficient d’une partie du financement public du MoDem. Et son parti demeure un mouvement associé de l’UDF. Toutefois, Jean Arthuis ne cache plus qu’il aimerait un beau jour occuper les locaux de cette ancienne force centriste : « Bayrou ne s’y oppose pas. »

Le candidat à la dernière présidentielle reste dans les esprits de nos deux centristes. Mais divise, forcément. Morin ne veut plus entendre parler de François Bayrou, refuse toute discussion avec le troisième homme de la présidentielle de 2007. « Ce n’est pas la position du NC », justifie, humblement, son président, qui avait rejoint Nicolas Sarkozy dans l’entre-deux tour de 2007, alors qu’il avait bataillé auparavant pour le candidat du centre.

Les problèmes ne s’arrêtent pas là : Jean Arthuis souhaite que le candidat centriste ne se couche pas dès le premier tour du prochain scrutin, mais plutôt « qu’il discute » avec les deux qui l’auront devancé. Que ce soit un candidat de droite et/ou de gauche. Or, là, Hervé Morin ne rejoint pas non plus son collègue. Discuter ? Pas de problème, mais avec le représentant de la droite, uniquement.

En avant toute pour « l’Union centriste »?

« Il faut accepter nos différences et la diversité d’appréciation » de chaque membre de famille, glisse Hervé Morin. Y compris au sein de son propre parti, divisé, pour ne pas changer : Jean-Christophe Lagarde et François Sauvadet, qui préférerait une alliance plus large avec Jean-Louis Borloo, rejettent l’idée de cette alliance. Jean Arthuis, lui, évoque un simple « problème de communication. » Et du côté du NC ?  Rien de grave, ou presque : « Les choses sont très claires entre nous », réplique Hervé Morin, un brin irrité. Avant de riposter par une pirouette : « A l’UMP, aussi, il y a des différences, entre ceux qui pensent que les Français travaillent 35h par semaine et ceux qui croient qu’ils sont plutôt à 39h. » Même chose au PS, contrarié entre les partisans d’une « social-démocratie et ceux qui pensent que Mélenchon est l’avenir de la gauche ».

Et l’avenir du centre, avec ou sans Jean-Louis Borloo ? Son mouvement, le Parti radical, se décidera le 15 mai prochain s’il s’émancipe, ou non, de l’UMP. L’ancien N°2 du gouvernement vise aussi au noble rassemblement du centre, sa propre réunion des sensibilités républicaines et gaullistes sociales. Hervé Morin et Jean Arthuis clament haut et fort que l’ancien maire de Valenciennes a toute sa place dans l’Alliance. « Le 16 mai, il sera avec nous », imagine Hervé Morin. Encore faut-il que les Valoisiens s’écartent de l’UMP, condition sine qua non de tout rapprochement à la confédération.

Mais pourquoi ne pas l’attendre, Borloo, alors ? Les deux hommes donnent en effet l’impression de vouloir contrer l’ancien maire de Valenciennes. « On écarte personne », jure Jean Arthuis, « confiant ». « C’est en marchant qu’on avance », lance-t-il, comme pour mieux défendre le rassemblement des centres. On avance… et on discute à compter de ce jour. Car, il faut bien le dire, « les cantonales arrivent vite, elles ont lieu avant mai : en mars ». Avec quelle étiquette les candidats vont-ils se présenter ? Sous quel nom ? « La confédération pourrait s’appeler ‘l’Union centriste’ », propose Jean Arthuis. Un nom qui ne semble pas ravir le président du NC : « Ils se présenteront tous comme il veulent ». Le plus important, pour les cantonales, c’est le candidat, et pas l’étiquette, explique Hervé Morin.

Comme s’il n’était pas confiant en la réussite de son projet…

123456...10

LIVRY SUR SEINE |
Le blog des idées non-reçue... |
MoDem de l'Ariège |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Bernard Ramond - Pour que v...
| la republique c'est l'arrac...
| UNI ...